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Avant Paris 2024, la préparation mentale, atout supplémentaire au service de la performance

Les symptômes liés à la dépression et l’anxiété sont très répandus chez les athlètes de haut niveau. Pour faire face à l'adversité et à l'incertitude, ils doivent apprendre à se connaître. Se tourner vers un professionnel de la préparation mentale peut permettre de trouver les clefs pour arriver en pleine possession de ses moyens le jour J. 

Ces dernières années, la santé mentale s'est imposée comme un des sujets majeurs chez les sportifs de haut niveau. La parole s'est libérée et des thèmes comme la dépression ou le burn-out ne sont plus tabous. Aux JO de Tokyo, la star de la gymnastique, l'Américaine Simone Biles, avait évoqué ses difficultés psychologiques, mettant en émoi la planète sport.  La jeune femme avait craqué dans le concours général par équipes et expliqué « faire face à ses démons » alors qu'elle visait pourtant six titres olympiques au Japon. 

Prendre en compte tout le contexte de l'enjeu sportif

À l’approche de Paris 2024, les athlètes français n’hésitent plus à faire appel à la préparation mentale. Le mental, ce n'est pas uniquement se gérer soi-même, mais prendre en compte tout le contexte de l'enjeu sportif : supporters, réseaux sociaux, adversaires, entraîneurs, coéquipiers. 

« J'ai abandonné le Tour de France en 2012 et j'avais l'impression que c'était la fin du monde et qu'il n'y a rien de plus grave », explique dans L'Équipe le cycliste Français Tony Gallopin, 35 ans, qui a annoncé sa fin de carrière en octobre prochain après 16 années de professionnalisme. Et d’avouer : « Pour ma génération, voir un psychologue, un préparateur mental, était un peu tabou. Il fallait toujours garder ses émotions, ne pas montrer ses faiblesses. »

Mais les choses sont donc en train de changer. « C’est de moins en moins tabou de venir voir un psychologue, témoigne pour RFI Lise Anhoury Szigeti, psychologue clinicienne à l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep). L’entourage sportif a compris notre rôle, nous sommes sortis de l’idée de ne pas parler de ce qui ne va pas pour ne pas perturber encore plus l’athlète. Maintenant, on parle pour que l’athlète se libère et puisse performer. On fait "presque" partie de la préparation du sportif. Comme il a son préparateur physique, le sportif a désormais son préparateur mental. On est là pour le bien-être psychique avant la performance ». Habituer son cerveau à dérouler le film idéal avant une situation stressante apaise l'anxiété et aide à être beaucoup plus lucide. Exemple : le cycliste Irlandais Dan Martin, récemment retraité des pelotons, avait fait un travail mental durant sa carrière après une grosse chute pour retrouver la confiance nécessaire à la prise de risques très importante dans le cyclisme.

Le préparateur mental peut utiliser la méditation, l'imagerie mentale et des exercices de respiration durant ses séances. Il vise à donner à la personne y recourant des outils qu’elle pourra, au fil du temps, utiliser seule. Dans les années 1980, la préparation mentale était essentiellement utilisée dans des sports à haut risque, comme la Formule 1. Maintenant, elle permet aussi de gérer les périodes de maladie et de blessure. 

« Il faut amener du concret dans le suivi psychologique, développe Lise Anhoury Szigeti. Les sportifs ont besoin de repartir avec quelque chose. Ils veulent faire le lien avec ce qu’ils vivent au quotidien. Il faut aller au-delà de l’objectif principal, comme gagner une médaille aux JO. Tout le monde veut gagner aux JO. On doit les accompagner à chaque étape. Je travaille beaucoup la notion de sens et de plaisir dans le projet du sportif. »

Intégrer l’événement et en faire une force plutôt qu’une source de stress

Lise Anhoury Szigeti reçoit des athlètes qui commencent à se projeter sur Paris 2024, notamment en vue des compétitions de qualifications. « Cela va arriver vite. Les JO à Paris, c’est à la fois dans longtemps et dans pas longtemps. Beaucoup ressentent le besoin d'en parler. Et plus ils le verbaliseront, plus ils arriveront à intégrer l’événement et à en faire une force plutôt qu’une source de stress. Les JO, c’est le Graal, et à la maison, c’est encore plus magnifique », rappelle Lise Anhoury Szigeti. L'idée de s'offrir un titre olympique devant sa famille, son public, et d'autant plus stressant. 

Aujourd’hui, l'escrimeuse française Sara Balzer, médaillée d’argent par équipe aux JO de Tokyo, a évolué dans sa pratique du haut niveau et s’attache à travailler son mental. « Il y a un gros travail psychologique qui a été fait cette année et cela a payé, raconte-t-elle à RFI. C’est indispensable, c’est une aide énorme. C’est vrai que je pourrais m’en sortir seule, mais cela permet de gagner du temps. C’est un outil et il faut s’en servir. J’adore ce travail. Je sens que j’ai grandi. C’est une chance en tant que sportif de pouvoir travailler sur soi. On peut aller très bien, mais vouloir parler à quelqu’un. » Une année après sa médaille de bronze décrochée à Antalya (Turquie), la Française s’est offert un deuxième podium européen de suite en juin dernier lors des Championnats d’Europe par équipe.  

Pour beaucoup, le travail psychologique reste un outil bénéfique pour relativiser l'enjeu et ne pas perdre ses moyens le jour J. Car un des objectifs principaux d'un athlète de haut niveau est de réussir à maîtriser ses émotions, afin que celles-ci n’entravent pas sa capacité d’action et de réflexion en pleine compétition. Le diplôme universitaire de Préparation mentale a été créé en 2004-2005 à l’Université de Clermont-Ferrand. Depuis, une dizaine d’universités délivrent des diplômes dans ce domaine.