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Madagascar: contre les criquets, la prévention coûte moins cher que la réaction

À Madagascar, le « locusta migratoria », ce criquet endémique de l’île, qui se reproduit à une vitesse vertigineuse et qui aime se nourrir de plants de riz ou de maïs, se fait de plus en plus visible ces derniers mois dans certaines régions. Depuis octobre dernier, la lutte antiacridienne a redémarré, mobilisant d’importantes ressources humaines, au sol mais aussi dans les airs. Seulement, d’après les experts, plutôt que traiter le problème acridien, il vaudrait mieux le prévenir.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

Depuis plusieurs semaines, au petit matin dans la région Menabe, l’hélicoptère réquisitionné pour la campagne de lutte antiacridienne tournoie à la recherche d’essaims. Quand il en trouve, il répand instantanément du chlorpyrifos (en ultra bas volume, 1L par hectare), un insecticide utilisé pour tuer les criquets. 

À bord de l’appareil, Catherine Constant coordonne la campagne pour la FAO, l’agence onusienne spécialisée dans l’alimentation et l’agriculture. « Quand la FAO est appelée pour la lutte antiacridienne, c’est que le pays n’est plus en mesure de contrôler la situation acridienne seul. Donc oui, aujourd’hui, c’est une alerte parce qu’on n’est pas en invasion, mais à mon sens, c’est quand même une urgence parce que si on n’intervient pas, la situation se détériore et alors tous les ménages qui sont déjà en insécurité alimentaire vont en souffrir encore plus », explique-t-elle.

Entre 2013 et 2016, Madagascar a connu l’une des pires crises acridiennes de son histoire. Pour endiguer la propagation de l’insecte, 37 millions de dollars ont été déboursés. Aujourd’hui, les études montrent qu’agir en situation d’urgence coûte treize fois plus cher que de faire de la lutte préventive, en surveillant notamment mensuellement la densité de population et en traitant localement en cas de hausse enregistrée.

« Quand on les voit à nouveau, c’est que c’est déjà trop tard » 

« En Afrique de l’ouest et en Afrique du Nord, ils font la lutte préventive et ils n’ont plus eu de crise depuis 2005, reprend Catherine Constant. Donc c’est vraiment une stratégie qui fonctionne. Mais ça implique de mobiliser des fonds en continu. Et d’expérience, on sait que quand on ne voit pas les criquets, on a tendance à diminuer les fonds alloués aux criquets, et quand on les voit à nouveau, c’est que c’est déjà trop tard. »

Une stratégie visiblement encore peu adoptée sur l’île, reconnaît à demi-mot Lantonirina Ramaroson, le président du conseil d’administration du centre national de lutte antiacridienne. « Est-ce que cette situation aurait pu être évitée ? Oui. Il faut que toutes les observations, les informations arrivent à temps. Il faut beaucoup de moyens, parce que c’est les moyens qui font tout... Mais il y a le facteur climat et le changement climatique qu’on ne maitrise pas. La sécheresse, les inondations, les cyclones font que tout ça favorise le développement de ces criquets. Et ça c’est pas contrôlable par l’homme. »

Pour l’instant, les récoltes n’ont subi que peu de pertes. La lutte intensive et ses épandages vont continuer jusqu’à juillet, date du début de l’hiver austral, et d’une période d’accalmie dans la reproduction de l’insecte.