Senegal
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Élections Législatives 2022 : Les secrets de la percée de Yewwi Askan Wi

Ce dernier scrutin législatif a été marqué par une percée de la coalition Yewwi Askan Wi, partie non-négligeable de l’intercoalition avec Wallu Sénégal qui a réussi à contrebalancer la domination de Benno Bokk Yaakaar sur la scène politique sénégalaise.

La coalition Yaw, qui a fait élire 56 députés et remporté 13 départements, apparaît désormais incontournable dans le jeu politique, surfant au passage sur la dynamique des Locales qui l’a vue triompher à Dakar, Ziguinchor, Keur Massar, Rufisque, Bignona, Guédiawaye, Thiès, symbolisant le basculement des grands centres urbains, lors de ces Législatives. En effet, la forte percée de Yaw, engagée dans l’inter coalition, ne s’est pas juste limitée dans les grands centres urbains comme Dakar, Thiès, Ziguinchor, SaintLouis, Louga et Mbour.

L’alliance autour de Sonko et Khalifa Sall s’est aussi imposée dans de plus petites localités à l’intérieur du pays : Vélingara, Somone, Saly, Goudomp, Tivaouane, Bambey et Kolda. Des victoires qui témoignent d’un certain changement dans les rapports de force électoraux, dans la mesure où, ces localités ont été remportées par Benno ou par des personnalités issues de la mouvance présidentielle, le 31 janvier dernier.

Louga, Kolda et Vélingara et Mbour, départements symboliques

Ce basculement des petites villes de province dans l’escarcelle de l’opposition symbolise la dichotomie qui s’est installée dans une bonne partie du pays, hormis Fatick et le Fouta, entre les villes et les petites bourgades, plutôt “frondeuses” aux mains de l’opposition, et les zones rurales qui demeurent fidèles à Benno Bokk Yaakaar. Ainsi, les cas de Louga, Kolda et Vélingara et Mbour sont symboliques de cet état de fait.

Si les amis de Sonko ont réussi à rafler les communes du même nom, Benno s’est fortement rattrapée dans les zones rurales autour de ces mêmes localités lui permettant de rafler la mise au niveau départemental. Si en 2009, l’opposition autour de Benno Siggil Senegaal s’était imposée dans les grandes villes du pays comme Dakar, Saint-Louis, Kaolack, Pikine et Thiès et Fatick, il avait fallu plus de trois ans, en 2012, pour voir les petites localités et autres zones du monde rural pencher vers l’opposition.

Selon plusieurs observateurs, si Benno Bokk Yaakaar a remporté 29 des 46 départements, elle le doit aux déploiements du PUDC et du Puma qui sont plus en phase avec les problématiques des populations rurales confrontées à l’enclavement, aux difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité.

De leur côté, les centres urbains et autres bourgades étaient plutôt sous le thème du renchérissement du coût de la vie, de l’emploi des jeunes, du cadre de vie et autres inondations. Des problématiques qui étaient aux antipodes des déclarations de la majorité dirigée par Aminata Touré qui étaient plutôt sur la thématique des réalisations de Macky Sall. L'opposition, à travers Sonko, a su cristalliser des masses sur cette demande sociale, la problématique du mandat de Macky Sall et de l'emploi

Les ingrédients des dynamiques électorales de Yaw dans les villes moyennes

Selon l’analyste politique Mamadou Sy Albert, cette percée de Yaw est à mettre à l’actif d’une dynamique issue des Locales qui lui a permis de consolider ses bastions électoraux, de l’attrait pour l’intercoalition qui a complété les carences de Yaw, dans plusieurs localités du pays. Toujours, selon le politologue, cette dynamique peut aussi s’expliquer par la figure d’Ousmane Sonko qui a porté cette intercoalition. “La présence de Sonko a su fédérer un certain nombre de jeunes et à présenter l’intercoalition comme une alternative crédible à Benno Bokk Yaakaar. Les deux entités se sont très bien complétées, permettant de se renforcer mutuellement dans plusieurs zones”

Poursuivant son propos, il explique que ce processus de bascule des villes moyennes et des petites localités répond à un certain nombre de critères relatifs à la nature du vote au Sénégal.

“Dans notre pays, on a deux types de vote : un vote urbain et un vote rural. Le vote urbain est plus massif et quand il y a une sanction dans les grandes villes, cela résulte d’un fort mécontentement largement partagé, alors que dans le monde rural, le processus de bascule est plus lent. Dans ce processus, les villes moyennes qui sont intermédiaires entre les grandes agglomérations et le monde rural jouent un rôle important. Dans ces villes, ce processus de changement ne peut se dérouler au même rythme que les grandes villes, mais, finissent par intégrer les changements en provenance de ces grandes agglomérations. Par ailleurs, les privations de libertés publiques et les atteintes contre la démocratie font souvent basculer les élections dans les centres urbains, au détriment du pouvoir en place”, soutient il, avant d’indiquer les raisons de l’ancrage du monde rural dans le camp de Benno.

“Le monde rural n’adhère pas à ces changements, car, il est conservateur et se met, la plupart du temps, du côté du pouvoir. Le parti au pouvoir y est puissant et il n’y a pas de clivages et de luttes internes pour le parti au pouvoir. Le parti y a souvent une personnalité politique ou un haut fonctionnaire qui vient renforcer son assise politique, car, les électeurs s’identifient à ce personnage qui les représente. Ce qui permet de fidéliser cet électorat. L’opposition est très faible dans le monde rural, car, elle n’a pas de tradition d’implantation dans le monde rural”, renseigne-t-il.


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