France
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Éditorial. Refuser le grand bond en arrière

Par Fabien Gay

Le travail doit retrouver un sens et non plus être soumis au management déshumanisé.

Le triptyque autoritaire, injuste et ­brutal constitue le socle de cette réforme des retraites à la sauce macronienne. Autoritaire, avec le choix de museler le débat parlementaire com­mencé lundi par la procédure 47.1, qui se terminera soit par le 49.3, soit par ordonnance. Il y a même été ajouté une manœuvre grossière pour promouvoir la motion référendaire du RN au détriment de deux autres initiées par la Nupes, outrepassant le règlement de l’Assemblée nationale.

Injuste, car les millions de travailleurs et travailleuses qui ont défilé partout en France mardi pour la troisième fois l’ont compris. Deux ans de plus, ce sera deux ans de trop pour celles et ceux qui subissent les carrières hachées, les métiers pénibles, les horaires décalés : les femmes, les jeunes, les ouvriers. Après l’ISF, la flat tax, le rabotage des APL, l’assurance-chômage, les classes populaires paient un nouveau tribut pour protéger les plus aisés et répondre aux diktats des marchés. Il suffit pourtant d’aller reprendre une partie des 160 milliards de cadeaux faits chaque année aux entreprises pour permettre d’équilibrer les comptes et de partir à 60 ans.

Brutal, enfin, pour ces salariés jugés ­essentiels pendant la crise sanitaire et qui subissent les dégâts de l’inflation et la crise énergétique. Ce qui se joue est plus qu’une réforme, c’est un enjeu de civilisation. Une conception du travail, de la retraite, de nos vies. Il n’y a pas que le travail qui épanouit et qui est productif. Il est aussi source de souffrance physique et psychique. Le travail doit d’ailleurs retrouver un sens et non plus être soumis à l’arbitraire du profit et du management déshumanisé. Surtout, la retraite est un temps libéré des contraintes du capital, un temps utile pour soi, les autres et la société.

Voilà ce qui se joue. Notre atout réside dans l’unité syndicale, politique à gauche, du peuple qui refuse ce grand bond en arrière à rebours de l’histoire sociale, qui est faite de conquêtes et d’améliorations de vie pour les travailleurs. Restons unis et soudés jusqu’au retrait de ce projet inique !