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Jeanne Herry, un cinéma de l’anti-clash permanent

Dans « Je verrai toujours vos visages », Jeanne Herry nous plonge au cœur de la justice restaurative, ce processus qui établit un dialogue entre des victimes et des délinquants.

Je verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry, France, 1 h 58

Chloé, victime de viols incestueux pendant l’enfance, apprend que son frère, sorti de prison, s’installe à nouveau en ville. Elle ne veut pas prendre le risque de le croiser et entre dans un dispositif de médiation pour tenter de trouver un terrain d’entente. Grégoire, Nawelle et Sabine ont respectivement subi un home-jacking, un braquage et un vol avec violence. Ils rencontrent régulièrement en prison Nassim, Issam et Thomas, condamnés pour des vols avec violence, des cambriolages ou des braquages. Des bénévoles et des professionnels les accompagnent dans l’instauration de ce dialogue.

Ne pas chercher à convaincre

Jeanne Herry s’était arrêtée sur l’adoption dans « Pupille ». Avec le récit alterné de « Je verrai toujours vos visages », elle donne à voir la justice restaurative, une pratique complémentaire au traitement pénal de l’infraction (selon les termes officiels du ministère de la Justice) qui consiste à faire dialoguer auteurs et victimes de crimes ou de délits. Au-delà du processus, passionnant et très bien documenté par le récit, ce film porte un contre-modèle au brouhaha permanent, à la culture du buzz, du clash et de la punchline. Nulle remise de peine, quart d’heure de célébrité ou émoluments financiers à espérer dans ce dispositif. Il s’agit d’écouter l’autre plutôt que de systématiquement convaincre, de faire entendre sa part de vérité. Dans ce beau film, la cinéaste fait l’éloge d’un dissensus constructif. Le projet fonctionne par la grâce d’un scénario bien construit et d’une mise en scène pertinente. La réalisatrice s’est en outre entourée d’une troupe d’excellents comédiens, dont certains vus dans « Pupille » (Gilles Lellouche, Élodie Bouchez et bien sûr sa mère, Miou-Miou), venus d’horizons très différents. Avec cette œuvre ambitieuse, délicate et très incarnée, Jeanne Herry confirme qu’elle est l’une des représentantes les plus talentueuses des films du milieu, ce cinéma d’auteur qui s’adresse au plus grand nombre.

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