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"Mon fils est mort en 14 secondes" : à Montpellier, le témoignage déchirant de la maman d'Anis, poignardé à 15 ans

Anis, 15 ans, a été tué de neuf coups de couteau le 20 novembre 2021 à Montpellier, dans une bagarre avec un garçon qu'il ne connaissait pas, près de la station de tramway Garcia Lorca. Son jeune agresseur vient d'être condamné par le tribunal pour enfants, mais la mère d'Anis voudrait éviter de nouveaux drames.

"Quand j'ai vu ce garçon qui a tué mon fils, il m'a fait mal au cœur. Il était là, au procès, petit, la tête baissée. Ils sont nés la même année. À 15 ans, à 16 ans, ce sont encore des bébés. Mais des bébés qui tuent, avec un couteau."

À Montpellier, Valérie Steckler est encore sous le choc du drame qu'elle a vécu le 20 novembre 2021. Ce samedi soir là, vers 22 h, Anis, son fils âgé de 15 ans, qui revenait avec un copain d'une après-midi passée à la patinoire, a perdu la vie pour dans une bagarre déclenchée pour un prétexte futile. Ils marchaient le long du tram entre la mairie et Garcia Lorca, pour rentrer à la maison, au Prés d'Arène. "Son copain lui apprenait à siffler, et il y avait un groupe de jeunes devant eux."

Ni drogue, ni alcool, ni antécédent judiciaire

L'un d'eux s'offusque de ces sifflements, qu'il croit lui être destiné. Le ton monte, personne ne veut lâcher. La bagarre, filmée par les caméras de la Tam, dure le temps d'un éclair : en 14 secondes, Anis reçoit 9 coups de couteau. Il meurt dans la nuit, à l'hôpital. Son agresseur, un jeune de 15 ans de Villeneuve-les-Maguelone, se dénonce le lendemain. Ni lui, ni Anis n'étaient connus de la police ou de la justice. Aucun n'avait consommé d'alcool ou de drogue.

"C'est sauvage, il s'est acharné. Il n'a laissé aucune chance à mon fils. Je suis restée toute la nuit au chevet d'Anis, et ce garçon, si je n'avais trouvé le lendemain, je ne sais pas ce que je lui aurai fait. J'avais beaucoup de colère. Le procès m'a fait un soulagement. C'était dur, mais ça a été fort."

Condamné à huit ans de prison

Âgé de 16 ans, l'agresseur d'Anis a été condamné à huit ans de prison par le tribunal pour enfants de Montpellier, le 20 janvier 2023. Il va passer la fin de son adolescence derrière les barreaux. "J'espère qu'il en ressortira en étant un bon garçon, au moins pour sa mère" explique Valérie Steckler. "On vient du même endroit, on a vécu les mêmes choses, et toutes les deux, on pleure nos enfants. Mais moi, il ne me reste que son odeur sur ses tee-shirts, ses photos, ses chaussures."

Cette mort, Valérie aimerait qu'elle ne soit pas inutile. "Deux ados qui se poignardent au couteau, jamais je n'aurai pensé que cela puisse arriver. Ça ne peut plus continuer. On est deux mamans à qui la violence a enlevé leurs enfants." Avec ses mots simples, elle veut lancer un message, pour que chaque parent comprenne.

De la prévention dans les écoles

"ll faudrait faire de la prévention dans les écoles. Il faut en parler aussi au maire, je pense qu'il a aussi des choses à faire. Pour qu'on prenne en considération nos enfants. Parler de ces armes, de leur danger. Il faut être à l'écoute, quand un enfant ne va pas bien. On connaît son enfant à la maison, mais dehors, on ne sait pas ce qui se passe. Anis, je lui disais toujours d'aller voir les adultes, s'il y avait un problème, de ne pas se bagarrer, parce que la violence entraîne la violence. S'il se passe un truc, tu pars. Il ne faut pas rester, parce que ça s'envenime."

La violence commence dès la petite enfance

Depuis le crime, elle a pris conscience de la violence dans laquelle baignent les adolescents. "Il se passe beaucoup de choses à Montpellier. Il y a des suicides, chez les tout jeunes, et ils sont très méchants entre eux. La violence commence dès qu'ils sont tout petits. Le soir, il y a des petits qui sont dehors, à une heure du matin. Les parents ne sont pas forcément responsables, mais il y a des enfants qui sont livrés à eux-mêmes, dans la rue."

Alors elle le répète. "Il vaut mieux la fuite que la violence." Elle aimerait créer une association, être rejointe par d'autres mamans qui ont vécu, dans notre région, des drames comparables. "J'ai envie de faire autre chose de ma vie." Car pour l'instant, elle va encore, parfois, le soir, à la station de tramway où Anis est tombé.

Un olivier planté en sa mémoire

"Je mets des fleurs fraîches, au pied de l'olivier qui a été planté. Et puis j'attends qu'Anis rentre à la maison, et le temps passe, et Anis ne rentre pas." Alors elle cherche un moyen d'agir. "J'ai envie d'aider. Que tout cela ait un but, que ça serve à quelque chose. Qu'on essaie de sauver d'autres vies, même si on n'a pas pu sauver celle-là."