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Retraites: l’exécutif face au mur de la contestation

Avec une forte mobilisation, les opposants à la réforme ont encore fait entendre leurs voix et pensent déjà à donner une suite au mouvement.

La mobilisation s’amplifie, l’exécutif se raidit. Au terme de la deuxième journée d’action syndicale contre la réforme des retraites, le rapport de force se tend. Avec 2,8 millions de manifestants revendiqués par la CGT, les organisations de salariés sortent ragaillardies de ce deuxième rendez-vous.

«C’est une des plus grandes manifestations organisées dans notre pays depuis des dizaines d’années», s’est félicité Laurent Berger, au cœur du cortège parisien. Malgré une baisse des taux de grève dans la fonction publique, à la SNCF ou encore du côté de l’Éducation nationale, les rues de nombreuses villes de France étaient pourtant plus remplies que douze jours auparavant. De quoi conforter les syndicats dans leur volonté de continuer, voire d’amplifier le mouvement.

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«Il faudra durcir le ton et la question des grèves y compris des grèves reconductibles est posée», a d’ores et déjà prévenu le leader de la CGT, Philippe Martinez, en devançant la réunion de l’intersyndicale qui avait lieu mardi soir. Une volonté qui crispe les centrales les plus mesurées et qui pourrait mettre en péril l’union affichée depuis le début de l’année.

Avec le succès de la deuxième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, c’est désormais l’Assemblée nationale qui se retrouve sous pression. À commencer par la majorité où des doutes commencent à s’exprimer. Avant même le départ des cortèges, la première ministre avait tenté de les éteindre. «Je ne doute pas une seconde que la majorité sera unie, avait assuré Élisabeth Borne devant les députés du parti présidentiel Renaissance et des partis alliés Horizons et MoDem. Dans l’Hémicycle aussi, soyez à l’affût de tous les mensonges. (…) Les oppositions n’ont rien à proposer, sauf une baisse des pensions, une hausse des impôts, ou de casser la dynamique de l’emploi.»

Une ligne dure

Après avoir tenté de jouer sur le registre de la pédagogie, l’exécutif campe désormais sur une ligne dure. Face à la demande de retrait du texte, le ministre du Travail Olivier Dussopt a brandi une mise en garde: «Si nous retirions cette réforme, le système s’écroulerait et la pension des retraités s’écroulerait de 20% comme c’est écrit dans le rapport du COR.» C’est ce que demandent pourtant des manifestants revigorés par l’ampleur des cortèges. Ce qu’exigent aussi les opposants à la réforme, syndicaux d’abord, politiques ensuite. Si ces derniers se sont cette fois tenus à l’écart du carré de tête, ils n’en ont pas moins haussé le ton. Comme le 19 janvier dernier, pour la première journée de mobilisation, le patron de la CFDT, Laurent Berger, ne souhaitait pas que les organisations syndicales et politiques se mélangent, même pour une simple poignée de main.

Réunis autour de 14 h sur l’esplanade de la mairie du 13e arrondissement, avant le départ du cortège, les élus et chefs des partis composant la Nupes ont toutefois affiché leur satisfaction de voir le mouvement s’amplifier. Après tout, ce sont eux qui porteront la voix de la rue dans l’Hémicycle face à la majorité. «Nous allons être de plus en plus nombreux, avec toujours plus de motivation et sans violence et nous voyons la panique en face», a lancé la nouvelle secrétaire nationale d’EELV, Marine Tondelier.

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À ses côtés, l’ex-candidat des écologistes à la présidentielle, Yannick Jadot prévoyait en début d’après-midi «une mobilisation à plus de 2 millions». Le député européen par ailleurs, n’a pas hésité à soutenir les actions coup de poing des syndicats, les coupures d’électricité par exemple, non pas contre les habitations privées, mais «à partir du moment où ça entre dans le champ politique de l’exercice des mandats…»

Autre candidate à la présidentielle, la socialiste Anne Hidalgo a aussi rejoint ce rassemblement de la Nupès. Maire de Paris, elle avait pris la décision, comme des dizaines d’autres édiles en France, de fermer l’hôtel de ville de Paris. Une action critiquée par le gouvernement. «Ils confondent leur fonction et leurs convictions», s’est agacé un ministre, dénonçant une action illégale.

«Insurrection citoyenne»

Deux heures plus tard, au cœur du cortège, le premier secrétaire socialiste Olivier Faure observait la foule s’écoulant avenue des Gobelins avec bonheur. Face à Emmanuel Macron, son diagnostic est fait: «On ne peut pas diriger longtemps son pays contre son peuple. On voit bien aujourd’hui que nous dépassons largement le niveau des seules mobilisations politiques et syndicales…» Au sein de la Nupes, la colère est forte contre la majorité présidentielle, d’autant plus que mardi matin, la conférence des présidents a choisi la motion référendaire du RN plutôt que celle de la Nupes pourtant votée avant.

«Ils craignent que notre texte puisse avoir l’oreille des gaullistes sociaux et ils choisissent leur adversaire préféré», tonne le député Jérôme Guedj, membre de la commission des affaires sociales. Comme de nombreux parlementaires de la Nupes, il s’est partagé mardi, entre la rue et le Palais Bourbon. Secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, présent dans le cortège parisien, a accusé le gouvernement de «fracturer durement» le pays.

Depuis Marseille où il s’était rendu, comme le 19 janvier, Jean-Luc Mélenchon a jugé la situation «tout à fait exceptionnelle». «Il y aura un avant et un après», promet le chef de file des Insoumis en se félicitant d’une «forme d’insurrection citoyenne». Qui pourrait toutefois marquer une pause, le temps des vacances d’hiver.