Le fougueux Premier ministre de gauche slovaque Robert Fico qui a offert mercredi sa démission après l’assassinat d’un journaliste, est au pouvoir depuis plus de dix ans, maniant adroitement la rhétorique anti-migrants et le sentiment nationaliste.

Il devrait partir – si le président Andrej Kiska accepte sa démission, ce qui semble très probable – emporté par l’immense vague d’émotion et de manifestations soulevée par le meurtre de Jan Kuciak, qui enquêtait sur les liens présumés entre des hommes politiques – y compris dans l’entourage de M. Fico – et des hommes d’affaires italiens soupçonnés de relations avec la mafia calabraise.

D’importantes manifestations contre la corruption avaient déjà miné quelque peu sa popularité.

Ce juriste de 53 ans a toujours suscité des sentiments contradictoires, certains le disant tenace et fin stratège, d’autres démagogue populiste ayant des goûts de luxe.

M. Fico commence sa carrière politique au parti communiste juste avant la Révolution de velours qui fait disparaître l’ancien régime au profit du capitalisme et de la démocratie.

Il fait ses preuves d’Européen en tant que représentant de son pays à la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg entre 1994 et 2000.

A cette époque, en 1998, son parti SDL, héritier du PC, l’oublie lors de la distribution de portefeuilles ministériels. M. Fico le quitte alors pour fonder sa propre formation social-démocrate, Smer-SD.

Son pari réussit. En 2006, Smer-SD remporte une large victoire aux législatives et M. Fico devient Premier ministre juste deux ans après l’adhésion de la Slovaquie à l’Union européenne.

C’est alors que cet homme se disant de gauche scelle une alliance avec un parti d’extrême droite, le SNS, avec lequel il est toujours en coalition. Le SNS partage la dure rhétorique anti-migrants de M. Fico et son penchant pour des programmes sociaux généreux.

Le Premier ministre surfe adroitement sur la crise financière des années 2008-2009, en refusant des mesures d’austérité, ce qui renforce sa popularité.

L’entrée de la Slovaquie dans la zone euro en 2009 couronne son premier mandat comme Premier ministre, mais les législatives en 2010 le renvoient dans l’opposition, après son échec à former une coalition gouvernementale.

Lors d’élections anticipées en 2012, les électeurs lui offrent un retour spectaculaire, alors que ses concurrents sont affaiblis par des accusations de corruption.

– Trains gratuits –

Mais M. Fico essuie un camouflet quand Andrej Kiska, un millionnaire philanthrope sans expérience politique, le bat à l’élection présidentielle en 2014.

Le Premier ministre lance alors une rafale de mesures sociales populistes, comme la gratuité du train pour les étudiants et les retraités.

Par ailleurs, il multiplie les violentes attaques anti-migrants lors de la crise migratoire, en refusant les quotas de réfugiés décidés par Bruxelles.

Cette politique apparait payante dans un premier temps, mais son impact diminue alors que des problèmes de vie quotidienne prennent le dessus dans les préoccupations des électeurs, illustrés par des grèves d’enseignants et de personnels de santé.

Lors de son deuxième mandat, M. Fico supprime un taux d’imposition unique de 19% pour les entreprises et les personnes physiques, dans le but de préserver des programmes d’aide mis en place pendant la crise financière.

Il se démarque de l’Occident en prônant la fin des sanctions contre la Russie après l’annexion de la Crimée, et plaidant pour un rapprochement de l’UE avec Moscou.

Parlant bien anglais, il aime les voitures rapides, le football et le patin à roulettes. Il est marié avec une juriste, Svetlana, et père d’un garçon, Michal.