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Canada

Comment fabriquer une fausse nouvelle contre Finkielkraut

Je ne saurais dire à quel point l’entreprise de diabolisation odieuse du philosophe Alain Finkielkraut actuellement en cours me scandalise. Il y a des limites, même lorsqu’on n’aime pas quelqu’un, à répandre des faussetés sur lui pour lui nuire et le transformer en monstre (en fait, je sais bien qu’il n’y en a pas, mais il devrait y en avoir).

D’abord les faits: présent mercredi soir sur un plateau télé dans le cadre d’un débat sur la liberté d’expression, Finkielkraut remettait en question le concept de culture du viol. On peut être d'accord ou non avec lui ici mais telle n'est pas la question. Cette remise en question ne plaisait évidemment pas à Caroline De Haas, une néoféministe particulièrement radicale, présente aussi sur le plateau.

Cette dernière l’a accusé de banaliser le viol. Exaspéré devant cette accusation odieuse, le philosophe a alors ironisé en disant: «violez, violez, violez! je dis aux hommes, violez les femmes! D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs. Elle en a marre». Il suffit d’écouter la séance au complet pour comprendre que le philosophe fait ici usage du second degré et qu’il ne promeut évidemment pas cette horreur absolue qu’est le viol.

À peu près tout le monde comprend que Finkielkraut use ici d'ironie. Imaginons une scène semblable. Un écolo dans un débat télé plaide pour la décroissance. Un adversaire lui répond alors qu’il va affamer la planète et l’écolo, exaspéré, répond: exactement, je veux que l’humanité crève de faim. Tout le monde comprendrait alors qu’il tourne en ridicule son adversaire. Personne ne l’imaginerait d’un coup en affameur universel. 

Autre exemple: imaginons un indépendantiste québécois qui défend les frontières. Son adversaire lui répond qu’il veut isoler le Québec et l’indépendantiste, exaspéré, lui répond que c’est effectivement son objectif et qu’il entend construire un nouveau mur de Berlin autour du Québec. Tout le monde comprendrait encore une fois qu’il se moque de son critique et qu'il n'a pas vraiment l'intention d'emmurer le Québec!

Pourtant, cette fois-ci, on fait semblant que le second degré n’existe pas. On prend quinze secondes d’une intervention, on la décontextualise, puis on la met en circulation sur Twitter. Les indignés de profession s’indignent alors comme ils se doivent et chacun veut alors dénoncer la phrase odieuse. On ne parle toutefois plus de la réalité, ici, mais d'un montage odieux. Il s'agit d'une méthode qui relève de la plus cynique des polices politiques.

Et c’est ainsi que depuis hier, certaines militantes néoféministes accusent sérieusement Finkielkraut d’en avoir appelé au viol des femmes!!! C'est abject. On aurait envie de leur dire: votre mauvaise foi est tellement extrême qu’elle en devient dégueulasse? On peut bien dire que le commentaire de Finkielkraut était de mauvais goût mais comment peut-on soutenir qu'il a sérieusement plaidé pour le viol des femmes?

Est-ce qu’on se rend compte que ce procédé relève de la manipulation médiatique la plus grossière et qu’elle témoigne d’une logique totalitaire? Pour pendre un homme, on déformera consciemment son propos et on créera artificiellement un scandale. On voudra le pousser à la mort sociale. Est-ce qu'on doit vraiment débattre d'un montage qui tronque une déclaration? Certains, pour s'en sauver, décrètent que le second degré ne change ici rien à l'affaire. Ah bon? Depuis quand a-t-on le droit de prêter aux propos d'un homme une intention contraire à la sienne?

On nous dira: oui, mais il s’agit de militantes radicales qui se distinguent par leur fanatisme et leur mauvaise foi. Très bien. Le problème, c’est qu’on a vu, sur les médias sociaux québécois, quelques professionnels de l’information relayer cette rumeur sans prendre la peine de vérifier si elle était vraie. Sont-ils à ce point étranger à la rigueur que la rumeur leur suffit? 

Je parle ici de vrais journalistes. Ils pontifient sur le journalisme, gardien de la démocratie, et plaident pour la lutte contre les fausses nouvelles mais ils sont les premiers à les relayer. Est-ce qu’ils comprennent qu’en se comportant ainsi, ils discréditent les médias? Est-ce qu’ils comprennent que ne pas aimer quelqu’un ne justifie pas qu’on déforme odieusement sa pensée?

Je pourrais nommer plusieurs de nos journalistes donneurs de leçons qui ont rallié la meute lyncheuse mais je n'aime pas personnaliser une querelle. Sachant toutefois désormais qu'ils ont relayé une fausse nouvelle, est-ce que ces journalistes, qui se reconnaîtront, vont s'excuser d'avoir colporté jusque sur les ondes de la radio publique une rumeur dégueulasse faite pour salir la réputation d'un homme? Auront-ils la l'humilité de reconnaître qu'ils se sont laissés dominer par leur désir de lyncher un philosophe qu'ils n'aiment pas?

Les médias ont le devoir, avant de relayer une information, de vérifier si elle est vraie ou fausse et si la pensée qu’ils prêtent à une personne n’est pas déformée par ceux qui osent décontextualiser une déclaration pour mieux abattre leurs adversaires. C’est une question d’honneur professionnel. Et une question d'honneur, tout simplement. 

Car redisons-le une dernière fois: Finkielkraut n’a évidemment pas fait la promotion du viol. Jamais, jamais, jamais il ne s'est même approché de cette idée aussi vomitive que répugnante. Comment peut-on même imaginer une telle horreur? Dire le contraire, ce n’est pas seulement interpréter différemment ses propos. C’est mentir. Mentir grossièrement. Mentir affreusement. Mentir de la plus atroce manière. 

Il y a quand même des limites à colporter les pires saloperies sur un homme simplement parce qu’on ne l’aime pas.  

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