Canada

Il y a 25 ans, l’occasion ratée

Il était touchant d’entendre Lucien Bouchard et Mario Dumont en entrevue au Devoir hier.

Vingt-cinq ans après le référendum, Bouchard se disait triste de cette occasion ratée à quelques dizaines de milliers de votes près.

Fait à noter, il ne parlait pas d’emblée, comme il le faisait il y a 25 ans, de la souveraineté. Mais il soulignait que cela aurait été une occasion unique, pour la communauté politique québécoise, de s’exprimer enfin sur le statut politique qu’elle souhaite.

Depuis les débuts, ce n’était jamais arrivé.

Imposés ou non ratifiés

La nation québécoise n’a pas choisi le conseil souverain de la Nouvelle-France de 1663 (qu’un tableau géant de Charles Huot nous rappelle au Salon rouge de l’Assemblée nationale). Par la suite, cette nation vécut dans une succession de régimes imposés ou jamais ratifiés par elle : Conquête britannique (1759), Acte constitutionnel (1791), Union (1840), Confédération (1867), rapatriement de 1982.

Pays double

Bouchard a raison : un Oui en 1995, même faible, aurait ouvert quelque chose de nouveau ; aurait déclenché une « obligation de négocier », selon l’expression que la Cour suprême inventera en 1998.

Avant 1995, un de mes professeurs, Guy Laforest, prévoyait que si un Oui advenait dans la décennie 1990, on aboutirait à la création d’une sorte de Canada-Québec.

Il n’y aurait pas eu de séparation stricte, mais sans doute une souveraineté-association comme on disait en 1980 ; ou « partenariat », comme on l’avait rebaptisée en 1995.

L’énigme

Que s’est-il passé pour qu’un résultat aussi fort que 49,42 % conduise à un tel effondrement du camp nationaliste par la suite ?

Avec une défaite bien plus difficile en 1980, René Lévesque avait su trouver des mots d’espoir. En 1995, l’acrimonie de Jacques Parizeau semble avoir annihilé la puissance du résultat.

Puis, ce fut son remplacement par Lucien Bouchard, qui vint à Québec un peu à contrecœur, beaucoup par devoir. Il centra son action sur l’atteinte strictement gestionnaire du déficit zéro ; mais, tour de force, en complétant l’État-providence québécois (CPE, assurance médicaments, etc.).

Mario Dumont et l’ADQ, pour leur part, abandonnèrent le nationalisme constitutionnel ; prônèrent même un moratoire de 10 ans sur ces questions en optant pour un positionnement de centre-droit.

Un quart de siècle a fini par passer. Et quiconque soulève aujourd’hui la question du statut politique du Québec se fait répondre sèchement que personne ne veut parler de ça : « Le fruit n’est pas mûr » ; « il n’y a pas d’appétit ».

Pensez-y : c’était assez important pour nous conduire à de grandes crises (déchirements de Meech, référendum de 1995) il y a 25, 30 ans.

Depuis, ceux qui posaient « problème », les Québécois, n’ont rien obtenu. Mais leurs élites leur ont dit de regarder ailleurs, de ne plus se plaindre, de ne plus revendiquer de statut politique.

De deux choses l’une : ou l’on avait exagéré les problèmes de notre statut (avec lequel on a décidé de s’accommoder tant bien que mal). Ou les Québécois ont opté pour une sorte de soumission.

Reste à voir si elle sera temporaire ou durable.

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