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Canada

Incrédulité et scepticisme chez des ex-ministres des Transports

L’ex-ministre péquiste Guy Chevrette et d’autres anciens titulaires du portefeuille des Transports au Québec doutent de la pertinence du 3e lien entre Québec et Lévis. Certains sont même convaincus que le projet ne se réalisera jamais malgré l’engagement de la CAQ.

Dans son édition d’hier, Le Journal révélait qu’une vaste majorité de Québécois (85 %) estiment qu’il faudrait retaper les routes existantes avant de construire un tunnel entre Québec et Lévis.

Guy Chevrette fait partie du lot.

Plusieurs anciens ministres – inévitablement libéraux ou péquistes – contactés par Le Journal ont accepté de confier leurs états d’âme sur ce projet cher au gouvernement Legault, refusant toutefois d’être identifiés nommément dans le cadre de ce reportage, se disant aujourd’hui loin de la joute partisane.

« Vous ne verrez jamais un tunnel entre Québec et Lévis de votre vivant », a balancé l’un d’eux, totalement incrédule.

Tous nos interlocuteurs se sont dits convaincus que la CAQ sera incapable de livrer sa promesse d’une première pelletée de terre avant la fin du mandat actuel.

Seul Guy Chevrette a accepté de témoigner à visière levée sur cet enjeu.

3e lien levis

Photo d'archives, Jean-François Desgagnés

« Moi, ça me prendrait une preuve hors de tout doute raisonnable [de la pertinence du 3e lien]. Où sont les besoins réels ? Il y en a des besoins à l’est, mais la grande majorité vient de l’ouest », martèle celui qui fut ministre des Transports dans les gouvernements de Lucien Bouchard et de Bernard Landry à la fin des années 90 et au début des années 2000.

Les milliards pour le futur tunnel serviraient nettement mieux l’intérêt public s’ils étaient injectés dans les routes existantes, croit-il, en raison du déficit chronique d’entretien.

Rattrapage à faire

« Il y a un coût énorme parce qu’elles ont toutes été construites en même temps et elles vieillissent toutes en même temps. Il va falloir donner un coup pour reprendre le contrôle. Il doit y avoir moyen de trouver des solutions intelligentes pour éviter de gober des milliards qui pourraient être mis sur le rattrapage de nos routes », expose M. Chevrette.

Il dit malgré tout sympathiser avec les automobilistes coincés dans le trafic à Québec et à Lévis, bien qu’il ne s’entende pas avec les partisans du 3e lien sur le moyen à privilégier pour lutter contre la congestion.

« Au lieu de créer des liens additionnels, si on améliore vraiment le transport en commun, qu’on module les horaires de travail des fonctionnaires, on va s’inscrire en plus dans la lutte aux gaz à effet de serre, puis on va avoir de l’argent pour permettre à ceux qui doivent emprunter les routes de rouler sans briser leur véhicule », plaide-t-il.

Une première pelletée en 2022 ?

Les ex-ministres à qui nous avons parlé redoutent une explosion des coûts du 3e lien, considérant que la solution retenue – un tunnel sous-fluvial de plus de six kilomètres – est la plus coûteuse et la plus complexe. Les sols meubles, entre la Rive-Nord et l’île d’Orléans, sont aussi une grande source de préoccupation.

« La raison pour laquelle le pont Pierre-Laporte a été construit à côté du pont de Québec, ce n’est pas pour rien. Généralement, on fait les ponts là où la distance entre les rives est la moins importante et là où le fond est le plus sûr. Ce n’est pas le cas à l’est », nous a soufflé l’un d’eux.

D’autres projets seront retardés

Selon Guy Chevrette, même si le budget annuel d’opération [pour l’entretien des routes] et celui consacré aux investissements dans les projets d’infrastructure sont complètement différents, il y a néanmoins une forme de vase communicant. Il prend l’exemple de la route 175 à quatre voies. « Moi, à l’époque, j’avais calculé 580 millions $ puis elle a coûté plus d’un milliard $. Plus ça coûtait cher là, moins t’avais d’argent pour la réfection des routes ailleurs, ça, c’est très clair. Mais c’était un engagement ferme du premier ministre Bouchard », a-t-il expliqué en entrevue.

L’un de ses successeurs aux Transports, pour le Parti libéral, tient le même discours, parlant d’un effet domino pour d’autres projets d’infrastructure qui devront forcément attendre. « Si l’on prend quatre, cinq, six ou sept milliards pour un 3e lien, c’est sûr que t’enlèves le même montant ailleurs. C’est une question de priorité. »

Robert Poëti évite de se mouiller

Reconnaissant qu’il est aujourd’hui dans une position « délicate » pour commenter ce dossier, en raison de son nouveau chapeau à la tête de la Corporation des concessionnaires d’automobiles du Québec, l’ancien ministre libéral des Transports, Robert Poëti, a quant à lui éviter de se mouiller relativement au 3e lien, n’ayant pas envie de jouer « à la belle-mère ». Contacté lui aussi par

Le Journal, il s’est contenté, au bout du fil, de rappeler que la décision d’investir des sommes dans l’entretien des routes et/ou des projets d’infrastructure majeurs relève simplement de « choix politiques ».

Il a également reconnu, comme tout le monde, que « d’innombrables structures et routes au Québec » ont un besoin criant d’entretien, sans pour autant opposer les deux enjeux. « C’est un choix politique et un choix de sécurité publique que le gouvernement doit évaluer quand il prend ses décisions », observe-t-il avec prudence.

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