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Iran: Washington défie le reste du monde en proclamant le retour des sanctions de l'ONU

Les États-Unis ont unilatéralement proclamé samedi que les sanctions des Nations unies contre l'Iran sont à nouveau en vigueur et ont promis de punir ceux qui les violent, dans un geste qui risque d'accroître leur isolement, mais aussi les tensions internationales. 

«Aujourd'hui, les États-Unis saluent le retour de quasiment toutes les sanctions de l'ONU contre la République islamique d'Iran auparavant levées», a déclaré le secrétaire d'État américain Mike Pompeo dans un communiqué.

Selon lui, ces mesures punitives sont «à nouveau en vigueur» depuis samedi 20h00.

Surtout, le gouvernement de Donald Trump menace clairement de mettre en place un système de sanctions dites secondaires pour punir tout pays ou entité qui violerait les sanctions de l'ONU, quand bien même il est l'un des seuls au monde à estimer qu'elles sont en vigueur. C'est une arme redoutable: les contrevenants désignés par Washington se verraient bloquer l'accès au marché et au système financier américain.

«Si des États membres de l'ONU ne remplissent pas leurs obligations pour appliquer ces sanctions, les États-Unis sont prêts à utiliser leurs propres outils pour punir ces défaillances», a prévenu Mike Pompeo. Il a promis que des «mesures» américaines seraient annoncées «dans les prochains jours» contre «ceux qui violent les sanctions de l'ONU».

À six semaines de briguer un second mandat, le président Trump pourrait dévoiler ces mesures lors de son discours de mardi à l'Assemblée générale de l'ONU.

Seulement voilà, Washington est quasiment seul et contre tous: les autres grandes puissances, la Russie, la Chine, mais aussi les alliés européens des Américains, contestent cette affirmation.

«Toute décision ou mesure prise dans l'intention de rétablir» les sanctions «n'aura aucun effet juridique», avaient répondu par avance la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne dans une lettre commune adressée vendredi à la présidence du Conseil de sécurité et dont l'AFP a obtenu une copie.

Les Américains «se rendent compte eux-mêmes qu'il s'agit d'une déclaration mensongère», a aussi assuré le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Comment en est-on arrivé à ce face-à-face spectaculaire entre la première puissance mondiale et le reste de la planète? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière d'un mois.

Mi-août, l'administration Trump essuie un revers retentissant au Conseil de sécurité de l'ONU dans sa tentative de prolonger l'embargo sur les armes conventionnelles visant Téhéran, qui expire en octobre.

Accusant dans une attaque d'une rare violence Paris, Londres et Berlin d'avoir «choisi de s'aligner sur les ayatollahs» au pouvoir dans la République islamique, Mike Pompeo déclenche le 20 août une procédure controversée, surnommée «snapback» et censée rétablir un mois plus tard toutes les sanctions de l'ONU contre l'Iran.

Ces sanctions avaient été levées en 2015, lorsque Téhéran s'était engagé, dans un accord international, à ne pas se doter de l'arme nucléaire.

Or, le président Trump, jugeant insuffisant ce texte négocié par son prédécesseur Barack Obama, en a retiré en 2018 les États-Unis, qui ont dans la foulée rétabli voire durci leurs propres sanctions bilatérales.

À présent, dans une pirouette juridique, les États-Unis invoquent leur statut de pays «participant» à cet accord qu'ils ont quitté avec fracas, dans le seul but d'activer le «snapback».

La capacité de Washington à se prévaloir de ce statut est contestée par la quasi-totalité des autres pays membres du Conseil de sécurité, qui n'a donc pas donné suite à sa démarche.

Mais le dialogue de sourds continue: l'administration Trump fait désormais comme si les sanctions internationales étaient de retour, tandis que les autres puissances entendent faire comme si de rien n'était.

La diplomatie américaine martèle notamment que l'embargo sur les armes est prolongé «indéfiniment» et que de nombreuses activités en lien avec les programmes nucléaire et balistique de Téhéran sont désormais passibles de punitions au niveau international.

«Il ne va rien se passer», prédit un diplomate à l'ONU. «C'est comme quand on appuie sur la gâchette et que la balle ne part pas».

Un autre déplore un acte «unilatéral»: «La Russie et la Chine observent satisfaites, en mangeant du popcorn, les Européens et les Américains se diviser».

Mais si les États-Unis devaient mettre à exécution la menace de sanctions secondaires, l'escalade pourrait continuer.

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