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L’histoire d’un circuit crève-cœur

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Il y a 40 ans, Rick Monday mettait fin aux espoirs d’une participation à la Série mondiale des Expos

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Retour sur des espoirs brisés

Le 19 octobre 1981 est une date importante dans l’histoire sportive au Québec.

Lors d’un événement présenté au Stade olympique, les Expos de Montréal affrontaient les Dodgers de Los Angeles à l’occasion du match ultime de la série de championnat de la Ligue Nationale du baseball majeur.

La UNE du Journal de Montréal au lendemain de la défaite des Expos au Blue Monday (Photo: Journal de Montréal)

On s’attendait à un match âprement disputé. Deux équipes avec un seul objectif en tête : une participation à la Série mondiale. On ne prévoyait pas qu’on assisterait à un dénouement crève-cœur. 

C’est lors de cette journée que le «Blue Monday» a pris une signification différente pour les amateurs de baseball de la province. 

On a retrouvé sept anciens joueurs des Expos qui ont voulu partager leurs souvenirs de cette soirée qui a été l’une des plus difficiles dans leur carrière respective. Tim Raines, Andre Dawson, Steve Rogers, Jerry White, Bill Gullickson, Jeff Reardon et Ray Burris ont décidé de raconter leurs expériences et leurs émotions liées à cette fameuse rencontre. 

Malgré des demandes répétées à certains anciens joueurs des Dodgers, dont Rick Monday, aucun d’eux n’a répondu à nos demandes d’entrevues. 

FIN

Au début du camp d’entraînement de 1981, les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants des Expos étaient optimistes. Comme toutes les équipes à l’aube d’une longue et éreintante saison de 162 matchs. L’équipe possédait un bon mélange de jeunes prometteurs et de vétérans aguerris. 

 Tim Raines se préparait pour sa première saison complète dans le baseball majeur: 

Tim Raines : «Nous avions une équipe jeune et talentueuse. (Andre) Dawson était jeune. (Gary) Carter était jeune. Tim Wallach arrivait au sein de l’équipe en même temps que moi. Notre équipe avait été bâtie à l’aide de choix au repêchage. Notre organisation faisait de l’excellent travail pour développer les espoirs et les faire graduer dans les majeures par la suite.»

Le voltigeur Jerry White faisait partie du groupe de vétérans: 

Jerry White : «Nous avions tous les éléments pour aller à la Série mondiale. Nous avions de la profondeur au sein de notre rotation de partants et de notre enclos de relève. À l’attaque, nous avions de la vitesse et de la puissance. Nous étions forts à toutes les positions. J’avais confiance que nos lanceurs partants pouvaient faire le travail à chaque partie. Je me souviens aussi qu’on avait toujours un joueur des mineures qui était capable de venir nous donner un coup de main s’il y avait une blessure.»

Le 29 mai, quelques semaines après le début de la saison, les Expos échangent le vétéran Ellis Valentine aux Mets de New York en retour du releveur Jeff Reardon et du joueur d’utilité Dan Norman. Reardon se souvient très bien de son arrivée à Montréal. 

Jeff Reardon : «Ce fut un choc de culture au départ. Lors de ma première présence au Stade olympique, il y avait 40 000 personnes dans les estrades. À New York, il y en avait autant, mais c’était le total des trois parties durant une fin de semaine. J’étais excité de faire partie de cette équipe.»

FIN

Une grève et un congédiement  

Cependant, deux semaines plus tard, une nouvelle vient assombrir la saison des Expos. Le 12 juin, l’Association des joueurs déclenche une grève qui durera 50 jours. 

Avant ce conflit de travail, les Expos avaient maintenu une fiche de 30 victoires et 25 défaites. Ils étaient au troisième rang de la section Est. 

Après l’annulation d’un total de 713 parties, la grève prend fin le 31 juillet. Le baseball majeur annonce qu’il doit modifier son format éliminatoire. Les Expos reprennent le collier le 10 août contre les Pirates de Pittsburgh. 

Le bouillant Dick Williams avait été congédié par les Expos durant la saison 1981 (Photo: archives Journal de Montréal)

Le retour au jeu des Montréalais ne se passe pas comme prévu. L’équipe a de la difficulté à faire preuve de constance dans ses performances. Une situation qui n’échappe pas au directeur général John McHale. Après une séquence où les Montréalais remportent seulement deux victoires en huit rencontres, McHale décide de confier les rênes de sa formation à Jim Fanning. Dick Williams, un gérant au caractère bouillant, est remercié de ses services. 

Jeff Reardon : «Nous nous étions battus pour devancer les Phillies au classement lors de la deuxième moitié de saison. Un des moments-clés de notre saison a été l’arrivée en poste de Fanning.»

FIN

Fin de saison et séries  

Les Expos finissent leur campagne en force et terminent au premier rang de la section Est pour la deuxième moitié de la saison. Ce qui leur permet de croiser le fer avec les Phillies de Philadelphie lors des séries de division. 

Les Expos remportent ce duel au meilleur de cinq matchs (3-2) contre les Phillies. 

Le brio de Steve Rogers a fait la différence. Ses solides performances lors de la première et de la cinquième rencontres ont permis à son équipe de passer au tour suivant. 

Leurs adversaires en série de championnat? Les Dodgers de Los Angeles qui viennent d’éliminer les Astros de Houston. 

Une ambiance spéciale

La série entre les Expos et les Dodgers est chaudement disputée.

Après avoir vu les Californiens mettre la main sur les honneurs du premier match, les Montréalais répliquent avec deux victoires consécutives. Le brio des lanceurs partants Ray Burris et Steve Rogers permet ce revirement de situation.

Les Dodgers nivellent la série avec une victoire décisive de 7 à 1 au Stade olympique. Le dernier match de cette série doit être présenté le 18 octobre. Un dimanche. 

Par contre, Dame Nature en a décidé autrement. La pluie a forcé le report de la rencontre à lundi. À ce moment-là, on assiste à certaines spéculations de la part des Dodgers au sujet de ce report. 

Les Dodgers avaient remporté le quatrième match de la série pour forcer la présentation d’un cinquième et ultime match. (Photo: archives – Journal de Montréal)

Selon certains joueurs, les Expos auraient fait des pressions auprès du baseball majeur pour déplacer la rencontre au lendemain. Ils voudraient donner une journée additionnelle de repos à leur partant Ray Burris. 

Jeff Reardon : «Les conditions météorologiques étaient dignes de Montréal. Il y avait même eu de la neige. Pour ce qui est des rumeurs, c’était de la foutaise parce que ce sont les arbitres et le baseball majeur qui avaient pris la décision. On n’avait aucun contrôle sur cette situation.»

Les joueurs des Expos étaient prêts à en découdre avec leurs rivaux. 

Andre Dawson : «Ce n’était pas un match ordinaire. C’était le cinquième match de la série de championnat. Nous avions une chance d’aller en Série mondiale. C’est un moment spécial pour l’organisation, pour la ville de Montréal, mais aussi pour le Canada. Nos valises étaient prêtes pour aller à New York après la rencontre.»

Tim Raines : «J’avais 21 ans et j’avais une chance de jouer en Série mondiale. Je ne savais pas trop comment je devais me sentir en entrant dans le stade. J’étais simplement heureux d’être là.»

Jeff Reardon : «On était gonflés à bloc.»

Le déplacement de la rencontre de dimanche à lundi a eu un effet sur l’achalandage dans le domicile des Expos. Après avoir attiré 54 499 spectateurs pour le quatrième match, seulement 36 491 personnes s’étaient déplacées pour la rencontre ultime. 

Un duel de lanceurs

Le match débute. La température est froide et humide.

Alignements de départ

DODGERS

1. Davey Lopes (deuxième but)
2. Bill Russell (arrêt-court)
3. Dusty Baker (voltigeur gauche)
4. Steve Garvey (premier but)
5. Ron Cey (troisième but)
6. Rick Monday (voltigeur droite)
7. Pedro Guerrero (voltigeur centre)
8. Mike Scioscia (receveur)
9. Fernando Valenzuela (lanceur)

EXPOS

1. Tim Raines (voltigeur gauche)
2. Rodney Scott (deuxième but)
3. Andre Dawson (voltigeur centre)
4. Gary Carter (receveur)
5. Larry Parrish (troisième but)
6. Jerry White (voltigeur droite)
7. Warren Cromartie (premier but)
8. Chris Speier (arrêt-court)
9. Ray Burris (lanceur)

Les Expos placent le partant des Dodgers, Fernando Valenzuela, dans une situation inconfortable dès leur premier tour au bâton.

Tim Raines : «J’ai commencé le match avec un double au champ centre. Après l’amorti de Rodney Scott, nous avions des coureurs au premier et au troisième coussin avec aucun retrait. Dawson a frappé dans un double jeu et j’ai marqué le premier point du match. C’est dommage parce que nous étions en position pour connaître une grosse manche. Le dénouement du match aurait pu être différent si ça avait été le cas.»

Le lanceur Fernando Valenzuela avait été l’une des sensations du baseball majeur lors de la saison 1981. Les Expos l’avaient affronté à deux reprises durant la série contre les Dodgers. Il avait été brillant lors du match ultime. (Photo: archives – Journal de Montréal)

Valenzuela, âgé de 20 ans, connaissait une saison magique. Le Mexicain était l’un des points de mire dans le baseball majeur. Il était dominant. Cependant, lorsqu’il se trouvait dans une situation précaire, ses adversaires devaient en profiter. Les joueurs des Expos le savaient très bien. 

Andre Dawson : «On savait que ce serait difficile pour nous. Valenzuela avait connu une année incroyable. Il était un joueur tellement important chez les Dodgers. Dans cette série, nous avions dû l’affronter à deux reprises en l’espace de quelques jours. Notre marge d’erreur n’était pas très grande. Contre lui, tu devais profiter de chaque opportunité qu’il t’offrait.»

C’est exactement le scénario qui s’est produit. Après une première manche plus ardue, Valenzuela a retrouvé ses repères et il a laissé des miettes aux frappeurs des Expos jusqu’à la fin du match. 

La pression sur Burris  

Ray Burris était le partant des Expos pour le match du Blue Monday, mais il n’avait pas eu grand-chose à se reprocher dans la défaite de son équipe. (Photo: archives – Journal de Montréal)

Lorsqu’un lanceur comme Valenzuela était au sommet de son art, le lanceur adverse n’avait pas de marge d’erreur. 

Un mauvais lancer pouvait coûter la victoire à son équipe. 

Il avait une pression additionnelle sur ses épaules. 

Par contre, Ray Burris ne le voyait pas de cette façon.  

Ray Burris : «C’était une opportunité incroyable qui s’offrait à moi, soit de lancer le match ultime contre les Dodgers. Mon objectif était de donner une chance à mon équipe de gagner cette rencontre et la série. Je voulais simplement bien performer et c’est ce que j’ai fait. Pour moi, d’affronter Valenzuela, c’était tout un défi. J’étais prêt. Il venait de connaître une saison unique.»

L’ancien artilleur ne s’est pas trop attardé au lanceur adverse et à sa réputation. 

Ray Burris : «Je savais ce que je pouvais faire et on savait ce que Valenzuela pouvait faire de son côté. Je le voyais plus comme une confrontation entre deux bons lanceurs qu’un duel d’erreurs. Je n’ai pas ressenti davantage de pression en raison de la présence de Fernando de l’autre côté. Je voulais simplement faire mon boulot.»

À la fin de la huitième manche, les Expos sont au bâton et tentent de créer une étincelle offensive. Le gérant Jim Fanning décide alors de remplacer Burris par un frappeur suppléant. 

Ray Burris : «J’étais prêt à retourner pour la neuvième manche. Je n’étais pas content de la décision de Jim Fanning, mais c’était lui le gérant. J’avais confiance en mes coéquipiers pour la suite.»

En huit manches de travail, Burris a accordé un point mérité, cinq coups sûrs et un but sur balles aux frappeurs des Dodgers. Une excellente performance qui a permis aux Expos de demeurer dans le match. 

Une décision controversée

Au début de la neuvième manche, Fanning choisit de donner la balle au partant Steve Rogers au lieu du releveur Jeff Reardon.

Après le congédiement de Dick Williams, Jim Fanning a mené les Expos jusqu’aux séries éliminatoires dans une saison marquée par un grève de quelques semaines. (Photo: archives – Journal de Montréal)

Rogers avait été le meilleur partant des Expos depuis le début des séries. Cependant, l’Américain n’avait eu que deux jours de repos depuis sa dernière présence au monticule. Sans compter qu’il n’avait pas été utilisé en relève depuis plus de trois ans.

Le gérant montréalais est en paix avec sa décision. C’est le plan qu’il a établi avec ses adjoints avant la rencontre.

Steve Rogers : «Reardon, c’est vrai, était disponible, mais Rogers est celui qui a ni plus ni moins porté le club au cours des dernières semaines, avait-il déclaré aux journalistes après le match. Il est celui qui a remporté nos victoires les plus importantes. Je ne pouvais logiquement pas résister à la tentation de lui donner la balle dans une situation aussi critique.»

FIN

Reardon ronge son frein  

Reardon est le releveur numéro 1 des Expos. Il est habitué aux situations de fin de match où la tension est à son plus haut niveau. Il est surpris et choqué par la décision de Fanning. 

Jeff Reardon : «C’était une opportunité incroyable qui s’offrait à moi, soit de lancer le match ultime contre les Dodgers. «Je croyais que Steve se préparait pour le premier match de la Série mondiale. Je ne pensais pas qu’il se réchauffait pour le match en cours. Puis, un arbitre s’est approché de l’enclos de relève et il a fait le signe de la barbe. J’ai pensé que c’était moi et j’ai effectué quelques pas en direction du monticule. Puis, j’ai appris que Fanning avait choisi Rogers. C’était très frustrant. J’avais le numéro de Monday alors que je l’avais retiré quatre fois en autant de confrontations. Aujourd’hui, avec la technologie, les entraîneurs connaissent ce type de statistique. Ce n’était pas le cas à l’époque. Par contre, ça n’enlève rien à Steve Rogers. C’était notre as. Pour ceux qui croyaient que j’étais blessé, je ne l’étais pas. J’étais prêt à lancer et vous pouvez demander à nos thérapeutes de l’époque. À ce jour, je pense encore que Fanning avait choisi Rogers parce que le pointage était égal.»

Reardon a tourné la page depuis cette soirée de 1981. Par contre, encore aujourd’hui, il se demande ce qu’il serait arrivé si Fanning lui avait donné la balle à la fin de ce match.

FIN

Pas dans son assiette  

Près de 40 ans plus tard, Rogers a bien voulu revenir sur les événements qui se sont déroulés avant et pendant cette fameuse neuvième manche.

Steve Rogers : «J’avais été le premier à me pointer dans l’enclos des releveurs pour me réchauffer. Jeff (Reardon) est arrivé par la suite pour tester son dos. Les entraîneurs voulaient voir comment il allait se sentir. Jeff me disait qu’il se sentait bien. On s’attendait que Jim (Fanning) fasse appel à nos services, car il avait utilisé un frappeur suppléant pour Ray Burris (le partant) à la fin de la huitième manche. À ce point, toutes les indications pointaient dans ma direction.»

Quelques minutes plus tard, Rogers est appelé au monticule. 

Steve Rogers : «C’est sûr que la philosophie d’un partant et celle d’un releveur sont bien différentes. Les releveurs apprennent à canaliser leur adrénaline dans leurs performances. Lors de ma sortie, je n’avais pas été en mesure de le faire de la bonne façon. Je ne sais pas pour quelle raison, mais je n’avais pas le contrôle de mon corps. Je n’avais pas la même mécanique qu’à l’habitude.»

Malgré tout, il commence la manche en retirant Steve Garvey et Ron Cey sur des ballons. Cey avait donné des sueurs froides à Rogers et aux Expos en envoyant la balle à la piste d’avertissement. 

Steve Rogers : «Cey avait raté un circuit de peu sur le même tir que j’ai échappé contre Monday. Il avait frappé une balle tombante qui était demeurée dans la zone des prises.»

Un coup de canon

C’est 1 à 1 au pointage avec deux retraits en neuvième manche.

C’est au tour de Rick Monday de s’amener au bâton. Même si ses meilleures années sont derrière lui, le voltigeur possède encore de la puissance. Il peut être dangereux.   

Puis, Rogers lance une balle en plein cœur du marbre. Monday s’élance et frappe la balle avec force en direction du champ centre droit. 

Steve Rogers : «Je n’ai pas entendu un son particulier, mais j’ai eu le sentiment que la balle irait aussi loin que le fameux circuit de Willie Stargell (un des plus longs enregistrés au Stade olympique). La balle avait été frappée avec assez de force pour que ce soit un circuit. Pourtant, la température froide et humide ne favorisait pas les frappeurs lors de cette rencontre.»

Andre Dawson : «Je savais qu’elle était frappée avec force. Je croyais que je pourrais faire un jeu. Avec la trajectoire de la balle, je savais que je devais me diriger vers la piste d’avertissement. Je ne pensais pas à la possibilité qu’elle puisse traverser de l’autre côté de la clôture. Puis, en arrivant à la clôture, je me suis arrêté et la balle a poursuivi sa route.»

Tim Raines : «Monday était un vétéran. Il attendait la balle rapide et il se doutait que Steve lui servirait ce tir. Il se serait élancé même si Steve lui avait lancé un changement de vitesse ou une courbe. Steve lui a lancé exactement ce qu’il souhaitait. Avec un pointage égal en neuvième manche, tu effectues un élan pour frapper un circuit et non pour te rendre sur les sentiers.»

Jeff Reardon était en train de se réchauffer sur les lignes de côté.

Jeff Reardon : «La balle était frappée en flèche. Je ne pensais pas qu’elle franchirait la clôture.»

FIN

L’effet d’une massue  

Stupéfaits, les 36 491 spectateurs voient Dawson arrêter sa course. La balle frappée par Monday franchit la clôture par quelques pieds. 

Pendant que le voltigeur des Dodgers fait le tour des sentiers avec un large sourire aux lèvres, ses coéquipiers euphoriques sortent de l’abri pour l’accueillir à son retour à l’abri. Au monticule, Rogers tente de réaliser ce qui vient de survenir. 

Andre Dawson : «C’était très décevant de voir la balle sortir du terrain. Soudainement, tu te retrouves dans une situation où tu tires de l’arrière avec un seul tour au bâton à faire.»

Jerry White patrouillait le champ gauche sur la séquence

Jerry White : «Je me souviens encore du son de la balle sur le bâton. Il était bon. Je croyais que la balle frapperait le haut de la clôture. J’avais été témoin de seulement deux circuits à cet endroit du terrain avant celui-là. Je n’en croyais simplement pas mes yeux. Monday avait vraiment frappé cette balle d’aplomb.»

Sur le banc des Expos, même si le pointage n’est que de 2 à 1 en faveur des visiteurs, les visages des joueurs et des entraîneurs sont longs. Ils réalisent que le pire scénario est en train de se réaliser.

Bill Gullickson : «Après que la balle est frappée, j’étais convaincu qu’Andre (Dawson) allait l’attraper. Lorsqu’on a vu la balle atterrir de l’autre côté de la clôture, tout le monde s’est dit: ‘’Oh mon Dieu!’’. C’était impossible d’imaginer que ce serait un coup de circuit. Nous étions sous le choc.»

FIN

Ne pas baisser les bras  

Rogers met fin à la manche en retirant Pedro Guerrero sur des prises. Le lanceur et ses coéquipiers se rendent au banc des Expos. Même si la longue balle de Monday les a ébranlés, pas question de baisser les bras. 

Bill Gullickson : «Tout le monde avait conservé une attitude positive. On avait encore l’espoir de pouvoir remporter la rencontre, car il nous restait un tour au bâton pour égaler le pointage.»

Andre Dawson : «Nous étions encore optimistes de pouvoir renverser la vapeur. Nous avions une équipe spéciale et nous venions de connaître une saison digne de Cendrillon. Tout cela nous forçait à demeurer positifs dans les circonstances.»

Les Expos réussissent à placer deux coureurs sur les sentiers après deux retraits. Des buts sur balles accordés à Gary Carter et à Larry Parrish. 

Le gérant des Dodgers Tommy Lasorda décide alors de remplacer son partant Fernando Valenzuela par le releveur Bob Welsh. Jerry White s’amène au bâton et frappe un roulant au deuxième-but. 

Il est retiré au premier-but et le match prend fin. Les Dodgers sont sacrés champions de la Ligue nationale. 

Le pire scénario

Après le dernier retrait, les joueurs et les entraîneurs des Dodgers se dirigent vers le monticule afin de célébrer leur victoire dramatique. Ils vont affronter les Yankees de New York en Série mondiale.

Si certains joueurs des Expos décident de se rendre au vestiaire, d’autres décident d’encaisser la défaite dans l’abri.

Pendant ce temps, dans le vestiaire, l’ambiance était lourde. Tous les membres des Expos avaient la mine basse. Et pour cause. 

FIN

Rogers, la cible  

Dans un coin du vestiaire, Steve Rogers tente d’expliquer ce qui est arrivé en neuvième manche. Les journalistes le mitraillent de questions sur le circuit qui a coûté une participation à la Série mondiale aux Expos. 

Steve Rogers : «Je n’ai rien remarqué de particulier dans le comportement de mes coéquipiers à mon arrivée dans le vestiaire. J’ai senti que je devais prendre la responsabilité pour ce qui était arrivé sur le terrain. Je devais répondre aux questions et faire face à l’adversité. Je suis demeuré à mon vestiaire pour trois ou quatre séances de questions avec les journalistes. Je suis resté debout devant mon casier pendant près d’une heure.

Il y a une image qui est restée gravée dans sa mémoire après toutes ces années.

Steve Rogers : Celle de mon entraîneur Ozzie Virgil en train de pleurer sur le banc. Un peu plus tard, il avait expliqué qu’il ne savait pas s’il aurait une autre chance de participer à la Série mondiale. «Tout le monde avait le même sentiment. Quand tu es jeune, tu te dis que tu as encore amplement le temps d’y retourner. Ozzie avait mentionné que ce n’était pas si facile d’avoir à nouveau cette opportunité.»

FIN

La culpabilité de Dawson  

Il y a un autre joueur qui était animé par un sentiment d’échec. Andre Dawson en avait arraché durant la série contre les Dodgers. Il n’avait frappé que pour une moyenne de ,150 (3 coups sûrs en 20 présences au bâton). 

Andre Dawson : «C’est ma femme qui a conduit ma voiture pour retourner à notre appartement. Nous étions silencieux. Je n’ai pas dit plus de trois ou quatre mots durant le trajet. Pour moi, c’était un moment de réflexion. À notre arrivée, elle m’a suggéré qu’on aille souper ensemble afin de décompresser de cette défaite. Nous sommes allés chez Gibbys, mais je n’avais pas tellement faim. Ça m’a pris quelques heures avant de retrouver mon calme. J’encaissais mal la défaite. Je prenais une grande partie du blâme pour ce qui était arrivé. Je n’ai pas eu les succès que j’espérais durant la série contre les Dodgers. Après quelques jours, j’ai décidé de laisser cela derrière moi et de regarder devant.»

Une défaite qui a tracé le destin des Expos ?

Cette défaite du 19 octobre 1981 est encore douloureuse dans le cœur des partisans des Expos qui sont toujours vivants. Est-ce que cet événement a tracé le destin de la concession montréalaise?

Est-ce que cet événement a tracé le destin de la concession montréalaise? La réponse des anciens Expos à cette question est intéressante. 

Jeff Reardon : «On avait tous les éléments en place pour être l’équipe par excellence des années 1980. Nous avions toute une équipe. Si on avait gagné la Série mondiale en 1981, nous aurions pu en gagner une autre ou plusieurs autres par la suite. On avait 40 000 spectateurs lors de nos matchs. Si nous avions battu les Dodgers et les Yankees par la suite, je suis désolé de dire ça aux amateurs de Montréal, mais ils auraient probablement encore une équipe!»

Steve Rogers : «Je n’ai aucun doute que Montréal aurait encore une équipe si nous avions remporté la Série mondiale. On aurait été dans une situation beaucoup plus positive. Lors des saisons suivantes, nous avions été dans la course aux séries jusqu’à la dernière semaine. Il ne faut pas oublier l’édition 1994 qui était aspirante aux grands honneurs dans l’équation. On avait joué de l’excellent baseball lors de cette saison-là. Ce fut douloureux pour les amateurs de voir leur parcours être stoppé par un conflit de travail. Cette situation et le circuit de Rick Monday ont contribué au départ des Expos. Par contre, il y avait beaucoup d’autres aspects qui ont mené à cette triste conclusion.»

Jerry White : «Je pense bien que l’avenir des Expos aurait été différent si nous avions remporté la Série mondiale en 1981. Par contre, ce qui s’est passé en 1994 a été encore plus important que notre défaite lors du Blue Monday.»

Malgré sa conclusion décevante, cette soirée du 19 octobre 1981 demeure l’un des faits marquants de l’histoire et du baseball au Québec. Elle aura démontré qu’un seul coup de bâton peut changer la destinée d’une équipe.

CRÉDITS

FIN Auteur : Mathieu Boulay Design : David Lambert Intégration Web : Cécilia Defer Réalisation : Charles Trahan