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Le nez dans tous ses états

« C’est un roc !... C’est un pic !... C’est un cap !... » s’exclame Cyrano de Bergerac, dans une tirade devenue célèbre. Le nez, cet organe sensoriel qu’on remarque avant tout d’un point de vue esthétique, joue pourtant un rôle important dans notre vie de tous les jours.

Les odeurs sont très souvent asso-ciées à des souvenirs personnels. Odeurs des quatre saisons, odeurs de notre enfance, odeurs associées à un drame ou à un événement heureux. Ces odeurs agissent directement sur notre mémoire et déclenchent une foule de sentiments. Ce sont d’ailleurs des chercheurs de l’Institut neurologique de Montréal qui ont découvert quelle région du cerveau était ainsi activée. 

Or, les recherches dans ce domaine ne font que commencer. Nous détiendrions « 100 fois plus de récepteurs pour humer et sentir que pour voir, et nous pourrions probablement différencier les milliards d’odeurs, s’il en existait autant », affirme le neurologue Frasnelli, dont les recherches portent sur les liens entre l’odorat et le cerveau. Parent négligé de la recherche médicale, l’odorat est pourtant plus prompt à rappeler les souvenirs anciens que la vue et l’ouïe, par exemple.

Décidément, l’odorat fait bande à part parmi nos cinq sens. On sait tous que l’information fournie par nos sens est traitée de manière croisée dans notre cerveau. « L’hémisphère droit du cerveau est responsable de la moitié gauche du corps et l’hémisphère gauche, du côté droit. Ainsi, l’hémisphère droit contrôle les mouvements de la main gauche et le gauche, la main droite. » Cela vaut pour tous les sens, sauf pour l’odorat : « L’information en provenance de la moitié droite du nez est traitée par le côté droit du système limbique et celle en provenance de la gauche, par le côté gauche. »

identité odorante

Autre particularité de l’odorat : toutes les informations sensorielles passent d’abord par un filtre, le thalamus, qui « décide ainsi quelle information est assez notable pour venir à notre conscience. D’une certaine façon, le thalamus représente la porte de notre conscience ». Sauf pour l’odorat. L’information olfactive passe directement dans le cortex cérébral, sans être filtrée par le thalamus. Encore une autre caractéristique propre à l’odorat : lorsque nous dormons, notre odorat dort également et aucune odeur, même celle d’un incendie, ne peut le réveiller.

Il est intéressant d’apprendre que nous avons tous une odeur corporelle personnelle qui provient « de l’action de glandes sudoripares spécifiques, les glandes apocrines, qui se situent dans la région des aisselles et dans la région anogénitale ». Ces glandes « produisent un cocktail de substances aromatiques qui constituent la base de l’odeur corporelle individuelle. Seuls les jumeaux partagent une odeur corporelle identique ». 

Les phéromones font aussi partie de notre identité odorante. Mais il est faux de croire, selon le neurologue qui a effectué quelques tests cliniques, que chez les humains, cette hormone, présente dans notre sueur, prédispose à une activité sexuelle plus intense, bien que ce soit le cas chez certains animaux et insectes. C’est que « notre cerveau, qui contrôle notre perception et détermine notre comportement, est nettement plus complexe que celui de tous les autres animaux ». Exit, donc, le mythe du mâle alpha qui dégagerait un maximum de phéromones et qui ferait craquer toutes les femmes.

Associé au goût, notre odorat joue un rôle déterminant dans l’appréciation des aliments et des boissons. Mais force est de reconnaître que certains animaux, tels les chiens et les rongeurs, ont une longueur d’avance sur nous. On peut imaginer un humain se déplaçant sans problème dans une pièce en se bouchant le nez, mais les rongeurs et les chiens, « les deux espèces représentant les vrais spécialistes de l’odorat », ne peuvent en faire autant. Cela dit, nous demeurons les vrais spécialistes, car nous pouvons entraîner notre odorat, pour devenir sommeliers, par exemple, ce qu’aucun animal ne peut faire.

Comme on le voit, le nez, cet appareil complexe qui purge aussi l’air de ses impropriétés avant qu’il n’arrive aux poumons, n’a pas fini de livrer tous ses secrets, entre autres en ce qui concerne l’Alzheimer et le Parkinson, maladies dégénératives qui affectent l’odorat.