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Sept milliards d’humains sur Terre: sommes-nous trop nombreux?

Le pasteur Thomas Malthus, un des pères de l’économie politique et de la démographie, était pessimiste. Il estimait en 1798 dans son Essai sur le principe de population que la capacité des humains de se reproduire dépasserait un jour celle de produire suffisamment de nourriture. La dégradation de l’environnement, qui s’est accélérée depuis le début de l’ère industrielle, a amplifié les conséquences de la déconcertante prédiction de Malthus. La pandémie du COVID-19 va-t-elle bouleverser ces sombres augures? J’y reviens en conclusion. D’abord un portrait de la planète. 

Un chroniqueur du Guardian constate : «Nous vivons dans une bulle, une bulle de faux confort et de déni. Dans les nations riches, nous avons commencé à croire que nous avons transcendé le monde matériel. La richesse que nous avons accumulée – souvent au détriment des autres – nous a protégés de la réalité.»  

La voici la réalité. Il y a maintenant en 2020, 7,637 milliards d’humains sur Terre. D’ici la fin du siècle, si la tendance se maintient, ça pourrait atteindre près de 11 milliards, selon un rapport des Nations unies de 2019. 

Déjà, la prolifération humaine a causé un tort irréparable à l’environnement. Selon le Global Footprint Network l’humanité utilise actuellement les ressources naturelles 1,75 fois plus vite que les écosystèmes de notre planète peuvent les régénérer. Il est à prévoir que le développement économique accéléré de certains des pays les plus populeux de la planète (le Brésil, la Chine, l’Inde et maintenant l’Indonésie) entraînera une augmentation colossale de la pollution, une dégradation fulgurante de l’environnement et un épuisement accéléré des ressources naturelles. 

Qui plus est, d’ici 20 ans, plus d’un demi-milliard de pauvres des pays moins développés vont s’affranchir de la misère et accéder à la classe moyenne. Ils vont vouloir tout ce que nous possédons et que nous considérons comme essentiel : voitures, électroménagers, plaisirs et loisirs pathogènes, divertissements polluants, etc. Comment dire aux centaines de millions de candidats à la modernité qu’ils n’ont pas le droit à la société de consommation telle qu’ils la voient à la télé? 

Certains d’entre eux ne veulent pas attendre. C’est ce qui explique la vague de migrants africains qui tentent de rejoindre l’Europe à travers la Méditerranée et le mouvement de population d’Amérique centrale vers les États-Unis. En Occident, les populations sont de plus en plus réticentes à accueillir les migrants illégaux, irréguliers ou autres. Ainsi s’explique la montée de l’extrême-droite européenne et de Donald Trump aux États-Unis. 

Ces migrations vont prendre de l’ampleur. Grâce aux progrès de la médecine, on assiste à une baisse de la mortalité infantile dans les pays sous-développés. Les naissances sont quatre fois plus nombreuses que les décès en Afrique qui va connaître la hausse la plus importante de la population mondiale. Malgré les épidémies, les sécheresses, les invasions de criquets et les autres désastres naturels et humains, d’ici 2050 sa population va plus que doubler pour atteindre 2,8 milliards. Le développement économique ne suivra pas. La solution évidente serait de limiter la natalité africaine. Mais pour des raisons culturelles, la pratique de la planification des naissances sera extrêmement difficile à imposer à ces sociétés traditionnelles. 

Une partie significative des Terriens vit actuellement dans l’ignorance, la pauvreté, l’insalubrité, la violence et la déchéance. Nous sommes déjà trop nombreux pour assurer à la plupart des êtres humains un passage relativement heureux sur notre planète. 

Et d’autres phénomènes vont également entraîner de graves déséquilibres démographiques. La Chine, qui a mis fin à sa politique de l’enfant unique, le Japon, la Russie et une bonne partie de l’Occident doivent faire face à des pyramides des âges inversées : les jeunes moins nombreux doivent faire vivre une population de vieillards maintenus en vie de plus en plus longtemps par les progrès de la médecine. 

Nos sociétés modernes, où des dizaines de millions d’individus s’entassent dans des villes aux conditions sanitaires souvent lamentables, desservies par une multitude de liaisons aériennes, sont idéales pour la propagation mondiale de virus. Sur des marchés de viande de brousse en Asie et en Afrique, des humains côtoient de plus en plus d’espèces animales porteuses de virus pathogènes. La COVID-19 ne sera sûrement pas la dernière pandémie à menacer la santé humaine.  

Rien ne laisse présager dans les années à venir une transformation morale qui va changer radicalement des comportements humains millénaires. L’accès aux ressources, de plus en plus rares, va se faire en fonction de la règle du plus fort et du mieux préparé – la règle de la sélection naturelle – comme c'est le cas depuis le début de la vie sur Terre. C’est l’idéologie de Donald Trump et du parti républicain des États-Unis. 

Nous n'allons pas vers des lendemains qui chantent.