Canada

Trudeau et l’ombre du Phénix

Tout ne changera peut-être pas avec la crise que nous traversons, mais on ne peut nier que nombre de phénomènes inédits se produisent.

À partir de la mi-avril, les citoyens du Dominion qui auront des problèmes de gagne-pain pourront réclamer d’Ottawa quelque 2000 $ par mois pendant quatre mois.

Rarement le fédéral aura annoncé autant de programmes aussi vite pour les modifier aussi rapidement. On dirait des virus qui mutent.

Fusion d’allocations

Ce que le gouvernement avait présenté en catastrophe le 18 mars devait impérativement être simplifié. En marge de l’assurance-emploi, il créait deux allocations apparentées : « soins d’urgence » et « soutien d’urgence ». On ne connaissait aucunement les modalités de la seconde. Les deux furent finalement fondues en une « Prestation canadienne d’urgence » (PCU).

Cela facilitera la compréhension et la « livraison » de l’aide offerte. Ottawa a fait aussi vite qu’il a pu, certes, mais l’argent mettra du temps à aboutir dans les poches des victimes économiques du satané virus.

Le site web est promis pour le 6 avril. Après quoi les victimes devront – dans le meilleur scénario – attendre 10 jours avant de recevoir les sous. Entre-temps, ici, au Québec, certaines sommes seront peut-être disponibles. L’assurance-emploi aussi pourrait aider.

Machines humaines

Dans le meilleur scénario, je le répète.

Primo, à force de parler des administrations publiques comme des « machines », on en vient à oublier qu’elles sont composées d’êtres humains.

Eux aussi sont affectés par la crise. Plusieurs d’entre eux aussi sont contraints de faire du télétravail. Certains d’entre eux aussi ont des enfants désœuvrés à occuper une portion de la journée.

De plus, la pression sur eux de « livrer » le plus vite possible est énorme : des idées, des solutions, des calculs, des sites web, des services téléphoniques.

Bien sûr, ils sont là pour ça, me direz-vous. Mais ça n’en fait pas moins, eux aussi, des « anges gardiens » ; gardiens de nos États qui nous rendent bien des services, viennent à notre rescousse (même si on aime tant les critiquer). Ces États ont rarement été autant mis à l’épreuve aussi subitement.

Phénix et le Danemark

Secundo, c’est là le meilleur scénario, surtout que comme plusieurs l’ont fait remarquer depuis hier, l’ombre du fiasco de Phénix (ce système de paie qui ne paie pas ceux qu’il devait payer) plane sur toute opération d’émission de chèques de la part d’Ottawa.

On nous rétorquera que la PCU sera beaucoup plus simple à gérer, ne comporte que quelques critères bien définis. Selon l’adage, « l’avenir nous le dira ». Et rapidement.

Déjà hier, il n’était pas clair si la PCU était ou non imposable. En matinée, après le point de presse de Justin Trudeau, on écrivait que oui. Or, hier après-midi, la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, disait l’inverse à la télé.

Ottawa aurait-il dû simplifier encore plus et faire comme le Danemark ? Subventionner directement les employeurs et ainsi se servir de systèmes de paie déjà établis ? On aurait ainsi plus aisément pu payer les gens pour ne pas qu’ils travaillent...

Ça aurait été de l’inédit. Encore !