L’action de l’océan, grignotant la côte girondine, modifie les stratégies économiques locales observe, dans une tribune au « Monde », le chercheur en sciences de gestion Benjamin Taupin.

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

« C’est en Gironde que, selon l’Observatoire Côte Aquitaine, l’érosion marine a été la plus forte. On relève un recul du trait de côte dépassant souvent vingt mètres et atteignant par endroits trente à quarante mètres »(Vue aérienne de Lacanau-Océan entre Atlantique et forêt de pins). Danièle Schneider / Photononstop

Tribune. Critique de la gestion des secours et de l’action politique du premier ministre australien Scott Morrison, boycott par Isabelle Adjani (et d’autres) du Festival de théâtre de Sidney, réprobation du maintien de l’Open de tennis à Melbourne : les informations provenant d’Australie sur les effets indirects des incendies virulents dont le pays est la proie témoignent aussi de l’impact des phénomènes naturels sur les comportements collectifs et les organisations. Une dimension que la théorie du management, centrée sur les interactions humaines, a eu tendance à négliger.

Redonner une place aux acteurs non-humains dans l’étude des organisations est l’objet d’une recherche empirique menée sur les conséquences de l’avancée exceptionnelle de l’océan sur l’activité économique d’une station balnéaire du sud-ouest, Lacanau (« The role of nonhuman entities in institutional work : the case of the ocean in a surfing-centered local economy », Benjamin Taupin, M@n@gement n° 22/4, 2019).

A Lacanau (Gironde), l’aménagement du territoire mis en place depuis les années 1970 est marqué par « l’ère MIACA », du nom de la mission interministérielle pour l’aménagement de la côte aquitaine, dont la politique d’aménagement du littoral aquitain entre 1974 et 1987 est caractéristique du rapport à l’environnement de l’époque. Elle avait, par exemple, conduit à la construction de bâtiments et de parcs de stationnement sur le front de mer de Lacanau, au mépris du cycle de régénération du cordon dunaire. Mais ce mode de gestion est aujourd’hui remis en cause par l’avancée inéluctable de l’océan.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi

Lors de l’hiver 2013-2014, en quelques jours à peine, un cumul exceptionnel de tempêtes hivernales, souvent combinées à des coefficients de marée élevés, érode fortement l’ensemble de la côte sableuse aquitaine. C’est en Gironde que, selon l’Observatoire Côte Aquitaine, l’érosion marine a été la plus forte. On relève un recul du trait de côte dépassant souvent vingt mètres et atteignant par endroits trente à quarante mètres.

Relocalisation

L’avancée inédite de l’océan a significativement modifié le tissu économique de la commune. Les écoles de surf, véritable manne économique, ont dû revoir les lieux possibles d’enseignement et doivent désormais se coordonner pour assurer les cours, la plage centrale de la ville disparaissant à marée haute. Face aux coûts colossaux de la lutte contre l’avancée de l’océan et au caractère inexorable de cette érosion, la solution d’une relocalisation est aujourd’hui privilégiée par l’équipe communale. L’objectif de la relocalisation serait d’acquérir et de supprimer les biens préventivement à leur suppression par la mer, c’est-à-dire de restaurer les fonctions naturelles.

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.