Aucun vrai patriote, aucun vrai amoureux de la nature, protecteur de la diversité de la faune et de la flore, de la beauté de nos lagons et de nos plages, ne peut manquer de se sentir affligé et triste devant le spectacle de désolation dans le sud-est du pays en ce moment.

Les images qui circulent sur les réseaux sociaux sont tout simplement déchirantes. Les images de tortues, de crustacés, de poissons recouverts de pétrole sont  bouleversantes. Selon les spécialistes, dont l’océanologue Vassen Kauppaymuthoo, il nous faudra des années pour réparer les dégâts causés par la nappe d’huile qui se répand dans les fonds marins [quelque 800 tonnes d’hydrocarbures se sont échappées du Wakashio, échoué le 25 juillet].

Ainsi, la marée noire gagne nos côtes, poussée par les vents du sud-est. Nous assistons en direct non seulement à une crise environnementale et à un désastre écologique, mais aussi à une crise humaine, puisqu’un grand nombre d’habitants des environs gagnent leur vie à partir de la mer nourricière.

Cette tristesse cache difficilement une sourde colère qui gagne non seulement les habitants des régions affectées, mais toute la population mauricienne, qui ne comprend pas comment ce drame a pu se produire. Pourquoi avoir pris autant de temps pour réagir alors que le bon sens élémentaire, comme l’exprimaient tous ceux qui regardaient le navire au lendemain du naufrage, commandait que le fioul se trouvant dans la cale du navire soit pompé au plus vite [le gouvernement a mis dix jours à lancer les opérations] ? Pourquoi les membres du Disaster Committee [organe gouvernemental de gestion des crises] ne se sont-ils pas réunis immédiatement pour prendre la mesure de la situation ? Pourtant, les autorités portuaires disposent de “tugs” [bateaux remorqueurs] et d’autres équipements pour stabiliser le navire.

Du temps perdu

Contrairement à ce qu’a avancé un ministre [le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo], ce n’est pas la première fois qu’un navire s’échoue sur les côtes mauriciennes. Nous avons connu le naufrage du MV Angel à Poudre d’Or, en 2011, avec à son bord 8 000 tonnes de riz, sans compter sa réserve de fioul. Il y a eu ensuite le naufrage du MV Benita, en 2016. Dans les deux cas, la protection de l’environnement marin et côtier était une préoccupation prioritaire.

Selon ceux qui ont suivi ce dossier, au lieu de perdre du temps dans des négociations, les autorités auraient dû intervenir promptement pour pomper le carburant se trouvant à bord du navire. Pourquoi avoir pris autant de temps pour faire appel à la Commission de l’océan Indien et aux pays voisins, qui disposent de moyens pour répondre à ce genre de situation ? Autant de questions qui devront être réglées bientôt.

Pour l’heure, chapeau bas à tous les volontaires et à tous les professionnels qui manifestent leur solidarité et qui se mobilisent pour essayer de limiter les dégâts. Ils ont choisi l’action avant la protestation, remise à plus tard. Beaucoup d’autres volontaires sont actifs à travers le pays.

Quant aux autorités gouvernementales, qu’elles prennent enfin la situation en main et fassent le maximum, non seulement pour limiter les dégâts, mais également pour s’équiper afin de faire face aux catastrophes de ce genre à l’avenir. Quelque 35 000 navires croisent dans les parages de Maurice chaque année. Il faudra se prémunir pour que des problèmes de ce genre ne se reproduisent plus.