Tova Noel et Michael Thomas sont accusés de n’avoir pas fait les rondes de surveillance qu’ils devaient faire le jour de la mort du financier.

Le Monde avec AFP

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Le Metropolitan Correctional Center, où Jeffrey Epstein a été retrouvé mort, à New York, le 10 août. Mary Altaffer / AP

Quelles sont les circonstances précises de la mort de Jeffrey Epstein ? Trois mois après, la justice américaine a inculpé mardi 19 novembre ses gardiens de prison, accusés d’avoir falsifié des documents certifiant qu’ils avaient effectué leurs rondes alors que ce n’était pas le cas. Une inculpation qui apporte une réponse partielle à une question qui reste controversée.

La mort le 10 août dans une prison fédérale new-yorkaise de ce financier, figure de la jet-set, avait mis fin de facto aux poursuites le visant pour avoir exploité sexuellement des jeunes filles mineures. Cette disparition a privé les victimes présumées d’un procès qui s’annonçait retentissant. Décrit par ses victimes présumées comme un prédateur sexuel insatiable, il risquait jusqu’à quarante-cinq ans de prison.

L’autopsie a conclu que le financier s’était suicidé par pendaison. Mais ce point est contesté : un expert mandaté par le frère de Jeffrey Epstein a estimé récemment que les éléments témoignaient « davantage d’un homicide que d’un suicide ». Quelques jours après sa mort, le ministre de la justice américain, William Barr, avait déploré de « graves » dysfonctionnements dans cette prison de Manhattan réputée particulièrement sûre où il était détenu depuis début juillet. Le directeur de l’établissement, le Metropolitan Correctional Center, avait été muté et les deux gardiens suspendus.

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« Ils sont restés à leur bureau, ont surfé sur le net »

Mardi, le procureur de Manhattan a publié l’acte d’accusation contre les gardiens qui devaient le surveiller dans la nuit du 9 au 10 août : Tova Noel, 31 ans, et Michael Thomas, 41 ans, sont accusés de n’avoir « pas fait les rondes » de surveillance qu’ils devaient faire. « Ils sont restés à leur bureau, ont surfé sur le Net, et se sont promenés dans les parties communes de leur unité », a affirmé le procureur dans un communiqué. « Pour dissimuler leurs manquements », ils ont « signé de faux certificats attestant avoir fait plusieurs rondes de comptage des prisonniers, ce qui n’était pas le cas », a encore accusé le procureur.

Aucune ronde n’a été effectuée entre 22 h 30 le 9 août et 6 h 30 le 10 août, heure à laquelle le corps d’Epstein a été découvert dans sa cellule, a-t-il affirmé. Le magistrat n’a avancé aucune raison pour lesquelles les gardiens de cette aile réservée aux prisonniers sensibles auraient failli à leurs responsabilités. Ce point pourrait continuer à alimenter les spéculations, même si certains avaient évoqué, peu après la mort, un manque de gardiens et un recours massif aux heures supplémentaires dans la prison.

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La mort du millionnaire au carnet d’adresses très fourni, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, avait fait scandale et alimenté des théories du complot : certains faisaient valoir que certaines personnalités qu’avait fréquentées Epstein avaient tout intérêt à le voir mort. Le financier comptait parmi ses connaissances le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II, l’ex-président Bill Clinton, l’actuel président Donald Trump et de nombreuses autres personnalités américaines.

Si la procédure criminelle visant Jeffrey Epstein est terminée, le procureur de Manhattan continue à enquêter sur ses éventuels complices. Une enquête a aussi été ouverte en France, où le financier américain avait un appartement et se rendait fréquemment, avec lancement d’un appel à témoins à l’international.

En Grande-Bretagne, l’affaire fait la « une » depuis que le prince Andrew a donné samedi à la BBC une interview sur ses relations avec le financier, qui a tourné au fiasco. Le prince de 59 ans s’y exprimait pour la première fois sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein. Si le prince a « catégoriquement » démenti les affirmations d’une accusatrice d’Epstein – qui affirme avoir été forcée d’avoir des relations sexuelles avec lui, notamment à Londres en 2001 alors qu’elle avait 17 ans – il a été très critiqué pour avoir défendu son amitié avec le financier et n’avoir exprimé aucun regret pour les victimes.

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