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France

Affaire Carlos Ghosn : un an après son arrestation où en est l'ex-patron de Renault ?

Le plus célèbre prisonnier français est en résidence surveillée depuis près de huit mois, après plus de quatre passés en détention à Tokyo. Le 19 novembre 2018, il était interpellé par la justice nippone ; depuis, les révélations se sont enchaînées. On vous refait l'histoire.

Un père qui serait à la merci d'un système "cruel et injuste". Un "homme remarquable", qui fut "l’un des dirigeants les plus connus et respectés au monde", enfermé depuis un an dans une geôle puis entre les quatre murs d'une assignation à résidence. Douze mois après le début de l'affaire Carlos Ghosn, l'interpellation du patron de l'alliance Renault-Nissan au Japon, ses quatre enfants Maya, Nadine, Caroline et Anthony ont cosigné une tribune ce mardi sur le site de franceinfo pour dénoncer le traitement de leur père par la justice japonaise. L'occasion de faire le point sur un écheveau tissé au fil des mois.

1/ 19 novembre 2018, l'arrestation

Sur les images, des agents de police mandatés par le procureur de Tokyo montent dans un avion aux couleurs du constructeur Nissan. À bord du jet d'affaires, se trouve Carlos Ghosn, 64 ans, l'un des capitaines d'industrie les plus puissants de la planète, dirigeant de Renault, Nissan et Mitsubishi motors, ces deux constructeurs automobiles qu'il a sauvés d'un funeste destin. Il est sans doute le patron français le plus connu, que les policiers interpellent sur le tarmac de l'aéroport Haneda.

Ce sont ses dernières heures de liberté. M. Ghosn est conduit auprès des services du procureur et placé en garde à vue une première fois. Dès le surlendemain, elle est prolongée de dix jours et le sera à nouveau. Pas de visiteur, pas d'avocat, pas d'échange avec l'extérieur. Dans le même temps, son domicile à Tokyo et le siège de Nissan, à Yokohama, sont perquisitionnés.

2/ Que lui reproche-t-on ?

Au Japon

Selon le parquet de Tokyo, ce 19 novembre, Carlos Ghosn aurait fraudé le fisc nippon. Il est accusé d'avoir "conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015" et soustrait aux impôts une somme rondelette, 37 M€. Elle correspond à la moitié de ses revenus réels.

Mais il ne s'agit que la première des accusations qui vont peser sur lui : il sera mis en examen à quatre reprises, au Japon, pour des déclarations de revenus incorrectes sur la période 2010-2018, abus de confiance et détournement d'une somme de 30 M€ de sa réserve de PDG de Nissan à des fins personnelles.

En France

En France, le 4 juin, a Renault annoncé déposer plainte pour de possibles malversations portant sur une somme de 11M€, au titre "des surcoûts de déplacements de M. Ghosn par avion, de certaines dépenses engagées par M. Ghosn et des moyens d’être dédommagé par M. Ghosn des dons ayant bénéficié à certains organismes à but non lucratif".

Par ailleurs, la justice enquête toujours sur le mariage somptuaire de Carlos Ghosn, célébré au château de Versaille en 2016. En juin, des perquisitions sont intervenues à son domicile de L'Étang-la-Ville, en périphérie de Paris, à l'initiative du parquet de Nanterre. "L'ancien patron est soupçonné d'avoir obtenu la location du château de Versailles et du Grand Trianon pour l'organisation de son mariage, une prestation évaluée à 50 000 euros, en contrepartie d'une convention de mécénat signée entre l'établissement public et la marque au losange", expliquait L'Express

3/ Où se trouve-t-il ?

Dans une cellule de 6 m2 du centre de détention de Kosuge, Carlos Ghosn va demeurer enfermé 129 jours en deux temps.

Le 8 mars 2018, il est remis en liberté contre le versement d'une caution gargantuesque d'un milliard de yens (8 M€). Il sort habillé en cantonnier, le visage partiellement dissimulé par un masque et une casquette, afin, espèrent ses défenseurs, qu'il ne soit pas identifié, mais le stratagème échoue.

La justice l'a libéré mais il est placé en résidence surveillée, dans un appartement. Sans accès à internet, ses allers-venues surveillées par des caméras de surveillance, il lui est interdit de quitter le Japon.

Patatra, le 4 avril, il est à nouveau remis en détention à la demande du parquet de Tokyo, une semaine avant une conférence de presse dont il a annoncé la tenue. Il n'en ressortira que le 25 avril 2019, à nouveau placé en résidence surveillée après le versement d'une nouvelle caution de 500 M de yens, soit 4M€. Depuis, sans possibilité de voir sa femme et sa famille, dans une quasi-incapacité de communiquer avec l'extérieur Carlos Ghosn n'a plus quitté sa maison de location, sinon pour quelques sorties sous très étroite surveillance.

4/ Que dit-il pour sa défense ?

"Je suis innocent de toutes les accusations infondées portées contre moi et des faits qui me sont reprochés", clame depuis le début de l'affaire l'ex-PDG de Renault, Nissan et Mitsubishi, que ces entreprises ont débarqué de ses fonctions.

Le 9 avril, dans une vidéo diffusée alors qu'il vient à nouveau d'être emprisonné, Carlos Ghosn affirme : "Ce n’est pas une histoire de cupidité, de dictature d’un homme. C’est une histoire de complot de trahison", celle d'une "poignée de directeurs exécutifs qui d’évidence, dans leur intérêt personnel et à cause de leurs craintes égoïstes détruisent énormément de valeur." Il aurait été mis hors jeu par des cadres japonais hostiles à toute idée de fusion entre Renault et Nissan, projet que le dirigeant franco-libano-brésilien s'apprêtait à défendre auprès de ses actionnaires.

Le 24 octobre, dénonçant des illégalités dans l'enquête, ses avocats ont demandé l'annulation pure et simple des poursuites. Le procès est prévu à partir d'avril 2020.

5/ Sur quels soutiens peut-il compter ?

Ses enfants

Ils signent donc ce mardi une tribune dans laquelle ils affirment qu'il "a suffisamment souffert". "Si nous nous exprimons sur ce triste anniversaire, c’est pour attirer l’attention sur un système juridique japonais à la fois cruel et injuste. Injuste, parce qu’il traite plus durement que ses citoyens ceux qui n’ont pas la nationalité japonaise. Cruel, parce qu’un traitement "modéré" au Japon est considéré comme inhumain dans toutes les démocraties des autres pays développés."

Sa femme

Carole Ghosn, le 8 octobre, en appelait au président Emmanuel Macron. Elle a saisi les Nations unies de deux plaintes pour atteinte aux droits de l'Homme à l'encontre de la justice japonaise, parle de "procès stalinien" à venir et disait dans Quotidien : "On veut le punir, il est vraiment pris en otage car on attend de lui qu’il craque."

Des parlementaires

Emmenés par Christian Jacob, une trentaine ont signé une tribune publiée par le Journal du dimanche titrée "Carlos Ghosn doit être jugé en France" et dénonçant la justice japonaise, réclamant son rapatriement, sa comparution devant un tribunal français. "Carlos Ghosn n’est ni au-dessus des lois, ni redevable d’une justice d’exception, mais il a droit à la justice, écrivent-ils notamment. Or, depuis le début de l’affaire, les traités internationaux sur les droits de l’Homme que le Japon, pays membre du G7 a ratifié, ont été violés à plusieurs reprises."

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