France

Agression sexuelle sur une enfant : "Toute ma vie, je me suis sentie prisonnière de cette agression"

À 63 ans, Maya a trouvé le courage de raconter les agressions sexuelles qu’elle a subi entre 4 et 5 ans par un homme de son entourage. Avec son livre, "Si j’écris…#MoiAussi", elle espère aider d’autres victimes à sortir de leur silence.

Maya, qu’est-ce qui vous a poussée à témoigner ?

Ça faisait longtemps que j’avais envie de m’exprimer mais je ne savais pas comment le faire. J’ai vécu en Algérie et nous avions un cuisinier qui m’a agressée sexuellement, entre mes 4 et 5 ans. C’était des attouchements, dans les toilettes, sans pénétration. Il m’obligeait à faire des choses qui me révulsaient. Il fallait que je le touche, il éjaculait et ça avait quelque chose de repoussant pour moi. J’avais peur qu’il me tue si je parlais. J’étais terrorisée.

Depuis toute petite, j’ai essayé plusieurs fois de l’écrire et je n’y suis jamais arrivée. Il y a eu deux facteurs déclencheurs. Avant, il n’y avait pas autant de déclarations qu’aujourd’hui et je me disais que ce serait intéressant de témoigner. J’ai commencé à écrire et, entre-temps, plein de récits sont sortis mais je me suis dit : tant mieux, comme ça, je participe à cet effort de communication !

Votre écrit est accompagné de vos dessins d’enfant. Pourquoi ce choix ?

Quand j’ai déménagé, j’ai retrouvé mes dessins d’enfant et ce sont aussi eux qui m’ont donné le courage de me lancer. Je me suis rendu compte que ces dessins exprimaient beaucoup de choses que personne n’avait vues. Je me suis dit qu’il est important d’alerter les parents, l’entourage des enfants, d’être attentif à ce que l’enfant exprime par l’intermédiaire des dessins. Avec ces derniers, l’adulte peut arriver à avoir une intuition.

Il y a aussi le fait que les dessins sont jolis et atténuent l’horreur. L’art m’a aidé à avoir le courage d’écrire car, quelque part, il n’y avait pas que le moche. Quelque chose de beau sauvait la laideur de ce que j’avais vécu.

Vous écrivez : "Le propre d’une torture morale est d’être une prison invisible". À 63 ans, vous sentez-vous toujours prisonnière ?

Toute ma vie, je me suis sentie prisonnière de cette agression. Prisonnière et coupable. Je pense que jamais je ne pourrai en être libérée. Je compose avec. Ça a massacré ma vie sentimentale. C’est difficile à expliquer parce que c’est diffus. C’est un malaise, un stress permanent. Tous les soirs, jusqu’à un âge avancé, je me suis demandé si j’allais me réveiller.

J’ai surtout toujours eu honte, honte du regard de l’autre. C’est le plus violent, ce qui est le plus gênant. On a la peur que les autres sachent. S’ils le savent, ils nous voient différemment et associent toujours notre image à ça et pas à autre chose. C’est ce sentiment qui m’a longtemps empêchée de parler. J’avais peur d’être enfermée dans cette histoire, dans cette image. C’est pourquoi je n’ai pas signé le livre avec mon nom. Je n’ai pas envie qu’il soit une affiche et qu’automatiquement, il soit associé à ça. Je suis beaucoup d’autres choses.

Vous parlez de fantômes, qui pèsent sur vous, dont le fantôme Sartre ?

À 12 ans, j’ai voulu lire La Nausée, de Sartre, un livre trouvé dans la bibliothèque de mes parents. Cette lecture m’a bien abîmée moralement. Ma mère m’avait dit que j’étais trop jeune. Elle aurait dû m’expliquer pourquoi. On imagine difficilement l’impact que peuvent avoir des paroles sur un enfant. Comme quand ma mère a voulu faire mon éducation sexuelle, elle m’a plus choquée qu’autre chose.

Dans les deux cas, elle avait raison mais elle l’a fait d’une manière tellement maladroite que j’en ai souffert. Mais que faire ? Je n’ai pas de solutions miracles. Le métier de parent est très délicat.

Vous avez eu une fille, qui a aussi été agressée sexuellement…

Ce qui est d’autant plus choquant, c’est que ce compagnon avec qui je vivais avait lui aussi subi des sévices, enfant. Pour moi, ce n’était pas possible qu’il le reproduise. J’étais en confiance. Ça m’a bouleversée. Après, il m’a été très difficile de faire confiance à qui que ce soit. Je suis devenue très méfiante. Ma fille a pu témoigner, lors d’un procès et je pense qu’elle s’est sentie libérée à ce moment-là, même si elle en souffre encore certainement.

Quels messages voulez-vous faire passer à travers ce livre ?

Je voudrais dire que les agressions sexuelles, ça n’arrive pas qu’aux petites filles. Les garçons en parlent encore moins, j’ai l’impression qu’ils ont encore plus honte. Lutter contre les agressions sexuelles doit être un combat commun. Il faut aider les victimes, filles et garçons, et même les adultes, à dépasser ce mur de la honte et de la peur. Je voudrais aider à cette réflexion.

Je suis favorable à la loi qui vient de sortir et élève le niveau de l’âge du consentement à 15 ans pour tout acte sexuel commis par un majeur sur un mineur et à 18 ans en cas d’inceste.

Avec mon témoignage d’enfant de 12 ans inséré tel quel dans le livre (lire ci-dessous), je voudrais aider les psys et les juges à comprendre ce qui se passe dans l’esprit d’un enfant.

Je conseille aux parents de bien regarder les dessins des enfants. Et de se faire accompagner, par des associations par exemple, pour expliquer ces choses aux plus jeunes afin de les aider à se défendre face à des adultes malintentionnés, sans les choquer.

À mon avis, c’est un apprentissage qu’il faudrait faire, pour aider les enfants à ne pas être des proies innocentes dans le cas où quelqu’un voudrait abuser d’eux. Ce qu’il faut leur dire, c’est que le sexe, ce n’est pas pour leur âge. Il y a une préparation à la sexualité. Les enfants n’ont pas le niveau de maturité pour ça.

Que pensez-vous des mouvements #MeToo et récemment #MeToo inceste ?

C’est une bonne chose, il faut parler. Ces mouvements permettent aux gens d’avoir le courage de s’exprimer. C’est important de voir qu’on n’est pas tout seul.

Football news:

Les fans de Manchester United ont organisé une manifestation contre les glazers en bloquant les entrées de la base du Club: nous décidons quand vous jouez
Pérez et Agnelli sont confiants: 90 minutes, c'est beaucoup pour les matches. Il y a trois ans, on voulait officiellement jouer l'heure, mais avec des arrêts de temps
Ceferin sur la super League: Barcelone a déçu le moins. Laporte est un négociateur rusé et a trouvé une stratégie de sortie
Perez sur le contrat de Ramos: j'aime Sergio en tant que fils, mais nous n'avons pas encore conclu d'accord. Le Président du Real Madrid, Florentino Pérez, a expliqué la situation avec les contrats du défenseur Sergio Ramos et du défenseur Luc Modric
Fernandinho: Aucun de ceux qui aiment le jeu n'a soutenu la super League. Le Milieu de terrain de Manchester City Fernandinho a exprimé son attitude à l'égard de la suspension du projet de super League en Europe
En réponse à la menace de la super League, il y a 30 ans, la Ligue des Champions a été créée. Les réformateurs ont choisi le moindre mal-c'est ainsi que les super clubs sont apparus
Florentino Pérez: les Enfants doivent être persuadés de regarder le football. S'il y a un bon match, les jeunes s'impliquent. Nous ne pensons qu'aux fans