France

Allemagne : l'inquiétant retour du terrorisme d'extrême droite

Si l'attaque meurtrière dans un bar à chicha de la petite ville de Hanau crée la stupeur, elle ne surprend pas vraiment, tant la violence d'extrême droite a augmenté en Allemagne ces dernières années. Les mises en garde annonçant qu'il fallait s'attendre à de nouveaux attentats ne manquaient pas . Douze suspects de nationalité allemande, dont un policier suspendu de ses fonctions, appartenant tous à un groupuscule d'extrême droite, avaient été arrêtés la veille. Ils sont soupçonnés d'avoir planifié des attentats contre des mosquées.

Les chiffres du ministère de l'Intérieur le confirment régulièrement : les crimes et délits incombant à l'extrême droite sont en hausse. Selon le dernier rapport du Verfassungsschutz (les renseignements allemands), publié en juin dernier et portant sur l'année 2018, plus de la moitié des 24 100 personnes reconnues comme appartenant à la mouvance d'extrême droite étaient étiquetées potentiellement violentes. Les cibles de ceux qui ont peur d'être envahis par les étrangers et de perdre leur identité sont principalement des demandeurs d'asile et des musulmans, mais aussi les hommes et les femmes politiques. À cela s'ajoutent les actes à caractère antisémite qui ont pratiquement doublé, passant de 28 en 2017 à 48 en 2018 et qui continuent d'augmenter. Les renseignements s'inquiètent aussi du nombre croissant des justiciers isolés et des Reichsbürger, ces Allemands qui décident de prendre eux-mêmes leur sécurité en main et de s'armer pour se défendre.

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L'attaque de Hanau n'est donc que le dernier en date d'une série d'actes violents motivés par une idéologie d'extrême droite. Au mois d'octobre dernier, à Halle dans l'ex-RDA, un tueur armé a abattu deux personnes sur son passage après avoir tenté sans succès de pénétrer dans une synagogue le jour du Yom Kippour. L'auteur de cette tuerie était un jeune homme solitaire qui s'abreuvait de théories néonazies sur Internet. Il avait diffusé en direct une vidéo dans laquelle il éructait des insultes antisémites.

L'Allemagne, que l'on croyait vaccinée depuis la guerre contre toute dérive brune, est en train de vivre un cauchemar

En juin 2019, Walter Lübcke, 65 ans, le préfet de la ville de Kassel, était assassiné sur la terrasse de son domicile d'une balle dans la tête. Cet élu de la CDU avait défendu la décision d'Angela Merkel d'accueillir plus d'un million de migrants dans son pays en 2015. Il était menacé de mort depuis quelque temps déjà. Son meurtrier s'avéra être un ancien militant du NPD, l'un des partis néonazis allemands. Sur les réseaux sociaux, de nombreux sympathisants des thèses du NPD avaient applaudi cet assassinat. Depuis la crise des réfugiés, les hommes et les femmes politiques sont fréquemment la cible de menaces de mort. Quelques semaines après le meurtre de Walter Lübcke, c'est Henriette Reker, la maire de Cologne, qui recevait une menace de mort signée « Sieg Heil ». En octobre 2015, en pleine campagne pour la mairie, un militant d'extrême droite l'avait grièvement blessée avec un couteau. Alarmés, les élus allemands exigent que la justice prenne leur protection davantage au sérieux.

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L'Allemagne, que l'on croyait vaccinée depuis la guerre contre toute dérive brune, est en train de vivre un cauchemar. Le coupable présumé de Hanau a publié un manifeste de 24 pages, cocktail de théories fumeuses de persécution et de déclamations racistes. Un texte confus qui porte très clairement la griffe de l'extrême droite. Cet acte, apparemment isolé, rappelle beaucoup l'attentat en Nouvelle-Zélande et celui de Halle. Il s'agit, disent les experts, d'agresseurs isolés qui se fabriquent un kit idéologique sur Internet.

La mouvance d'extrême droite a toujours fait partie du paysage politique allemand. Des groupuscules ultra-violents qui n'hésitent pas à utiliser les paroles, les emblèmes et la gestuelle nazie ont toujours existé. Ils étaient insignifiants, en proie à des rivalités internes et sans assise électorale. Tapis dans l'ombre, ils avaient rarement accès aux médias. Mais le climat a changé dans ce pays si soucieux de travailler sur son passé pour éviter que « jamais ça ne se reproduise ». Les succès électoraux à répétition de l'AfD, le parti populiste d'extrême droite, semblent avoir créé un terrain propice à la recrudescence de la violence.