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Après la mort, des cellules du cerveau restent fonctionnelles pendant 48 heures

"C'est un peu fou que nous ayons un champ si vaste où nous essayons de résoudre les maladies du cerveau et qu'il y ait très peu de compréhension du cerveau humain lui-même." Ce "diagnostic" a été livré par le docteur Ed Lein lors d'une réunion de l'American Association for the Advancement of Science à Seatle. C'est à cette occasion qu'il a donné plus de détails sur les recherches qu'il mène sur le cerveau au Allen Institute for Brain Science, explique la BBC. 

Pour mieux comprendre cet organe complexe, lui et son équipe récupèrent des tissus provenant de cerveaux humains, avec l'accord des personnes, à l'issue d'opérations chirurgicales. Certaines cellules continuant de fonctionner jusqu'à 48 heures après la mort, c'est une course contre la montre qui s'engage alors pour les récupérer et mener des recherches dessus. Pour Ed Lein, il faut néanmoins passer par cette étape pour espérer trouver des traitements plus efficaces contre des maladies du cerveau, comme celles d'Alzheimer ou de Parkinson.

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Critiqué par des généticiens

Les scientifiques utilisent des parties vivantes du cerveau humain pour leurs recherches depuis plusieurs décennies, mais nombreux sont ceux qui privilégient les études sur les cerveaux des rongeurs, étaye inews. Sauf que les différences entre les cerveaux humains et ceux des souris ou des rats sont trop importantes selon Ed Lein. "Ce que nous constatons, c'est qu'il y a beaucoup plus de types de cellules dans le cerveau humain que dans les modèles animaux. Leurs propriétés électriques et leur anatomie peuvent être considérablement différentes entre la souris et l'homme", pour le scientifique, qui ajoute auprès de la BBC que le cerveau de la souris est "mille fois plus petit" que celui d'un humain.

Si les premiers résutats de ses études seraient concluants, les généticiens britanniques, qui réalisent la majorité de leurs expériences sur des rongeurs, n'ont pas vraiment apprécié ses commentaires. Certains se demandent ouvertement si le travail d'Ed Lein fera ses preuves sur le long terme et comment il fera face aux difficultés de trouver des tissus du cerveau atteints de maladies rares, par exemple.

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Docteur Frankenstein

Des interrogations balayées par le principal intéressé, alors que l'évolution des techniques pour les analyses des cerveaux humains et le fait que de plus en plus de personnes se portent volontaires pour livrer cet organe à la science a permis une accélération des études de ce genre depuis deux ans. Pour Ed Lein, son travail est "complémentaire" de celui réalisé par des scientifiques sur des rongeurs.

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Et quand une personne de l'assistance ce lui a demandé s'il ne sentait pas comme le docteur Frankenstein, du roman du même nom, en gardant un cerveau vivant dans un pot, sa réponse a été claire aussi à ce sujet, relate inews : "Ce morceau de cerveau participait aux pensées de cette personne peu de temps auparavant. Cela rend ce travail beaucoup plus significatif. Nous étudions un morceau de personnalité intime à un certain niveau".