France

Arts : les allégories effrayantes de Ed & Nancy Kienholz

La Galerie Daniel Templon à Paris expose une vingtaine d’œuvres du couple américain, fruits d’une observation impitoyable de leur pays.

Par Philippe Dagen

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Edward Kienholz (1927-1994) est l’un des artistes américains majeurs de la seconde moitié du XXe siècle, bien plus que sa réputation ne le donne à penser. Seul d’abord, puis en compagnie de son épouse Nancy Reddin (1943-2019) à partir des années 1970, il a fait de l’assemblage et de l’installation les moyens d’une observation impitoyable des Etats-Unis, de leur vie quotidienne et de leurs stéréotypes sexuels et religieux. Ses compatriotes n’ayant pas supporté longtemps la justesse de ses observations, le couple a quitté Los Angeles pour Berlin en 1973 : bel exemple de la capacité d’une société à accepter la critique. C’est que Kienholz ne fait pas de quartier. Il est à l’art américain ce que Jim Harrison est à la littérature américaine : celui qui met en pleine lumière ce que ses concitoyens ne veulent surtout pas voir, le chroniqueur des banlieues pauvres et des petites villes.

Efficacité de scènes de cinéma

Pour l’exposition, la première à Paris depuis 1977, une vingtaine d’œuvres sont présentées, ce qui est remarquable. Plusieurs d’entre elles sont de grandes dimensions, peuplées de ces mannequins à échelle humaine qui sont les protagonistes de scènes allégoriques effrayantes et accablantes. Deux jeunes types au visage caché derrière des masques blancs de hockeyeurs – prolongés par des bois de cerf –, jouent au billard et le trou où ils doivent faire pénétrer la boule est le sexe béant d’une femme décapitée. Une jeune femme nue médite ou pleure sur son avenir, une tête de porc et un revolver posés devant elle sur son livret de famille. Une autre, à tête de castor, est prisonnière du dispositif métallique qui permet d’avoir la meilleure vue sur son sexe, exhibition forcée et probablement payante qui est aussi l’activité de la modèle qui pose, nue elle aussi, entre deux photos de nus.

Lire la critique (2016) :

Une petite fille abandonnée par ses parents, qui ont tué son frère, erre le long du grillage d’une highway au risque d’être écrasée par un truck. Cette dernière pièce est inspirée d’un fait divers californien. Les installations étant grandeur nature, elles ont l’efficacité physique et émotionnelle de scènes de cinéma.

Les reliquaires de plus petit format ne sont pas moins satiriques : crucifix bricolés avec des images de piété bon marché et des débris mécaniques, pelle à neige avec autocollant du drapeau américain et casque, éléments de mobilier transformés en instruments de torture, collections de réveils qui ne peuvent sonner que l’heure dernière. Le macabre, l’obscène et le grotesque se conjuguent. Ces œuvres des deux dernières décennies de la vie de Kienholz ne le cèdent en rien à celles des deux précédentes, devenues historiques par leur dénonciation de la culture du viol, du racisme et de l’homophobie. On ne peut s’empêcher de penser à ce que serait la visite de cette exposition par l’actuel président des Etats-Unis.

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