France

Au Père-Lachaise, l’Italie à livre ouvert

Rossini, Cernuschi, Modigliani… Le plus grand cimetière dans Paris comporte de nombreuses sépultures d’Italiens célèbres. Ces tombes, recensées dans un ouvrage, témoignent d’une riche relation entre les deux pays.

Par Philippe Ridet

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Des touristes visitent le cimetière du Père-Lachaise, le 22 juillet à Paris. PHILIPPE LOPEZ / AFP

C’est la rencontre d’une idée et d’un lieu. L’idée ne pouvait naître qu’en Italie, le plus nécrophile des pays. Le lieu ne pouvait être que le Père-Lachaise, le plus people des cimetières. A l’initiative du ministère des affaires étrangère transalpin, la Péninsule s’est attelée, par l’intermédiaire de ses diplomates – dont la consule d’Italie à Paris – à recenser ses célébrités ayant rendu l’âme dans la capitale, loin du bel paese. Un livre, L’Italia del Père-Lachaise, édité par Skira dans un volume bilingue, offre désormais un mausolée à ces résidents ­italiens ou d’origine italienne, qu’ils soient nés dans la Botte ou ailleurs.

De A comme Maria Alboni (1826-1894, ­chanteuse) à Z comme Achille Zavatta (1915-1993, artiste de cirque) en passant par Amedeo Modigliani (1884-1920, peintre), Ivo Livi, dit Yves Montand (1921-1991, chanteur et acteur), Giuseppe Mustacchi, dit Georges Moustaki (1934-2013, chanteur), Willy Rizzo (1928-2013, photographe), 59 personnalités reposent par ordre alphabétique dans cette fosse commune de papier glacé. On y trouve également Lucien Fontanarosa (1912-1975), l’illustrateur le plus connu des Français, du moins de ceux nés avant le passage à l’euro. Il réalisa quatre portraits pour des billets de la Banque de France : Pascal, Berlioz, Quentin de La Tour et Delacroix.

Un observatoire des relations franco-italiennes

Une notice biographique rédigée par d’autres Italiens de France ou des Français amoureux de l’Italie accompagne leur portrait et la photographie de leur cénotaphe. Cerise sur le tombeau : Monica Bellucci, actrice symbole de l’italianité, a rédigé elle aussi une courte notice biographique. Elle est consacrée à Maria Alboni, née tout comme elle à Città di Castello, en Ombrie, qui a trouvé la reconnaissance et la gloire dans l’exil.

« Pour l’Italie, pays d’immigration qui ne reconnaît que le droit du sol, ceux qui sont partis restent italiens même dans l’au-delà. » Alberto Toscano, journaliste

« Cette initiative est impensable entre deux autres pays », s’enthousiasme Alberto Toscano, correspondant en France pour divers journaux péninsulaires depuis 1986 et auteur de Ti amo Francia (Armand Colin, 2019), sous-titré : De Léonard de Vinci à Pierre Cardin, ces Italiens qui ont fait la France. « Les Italiens aiment leurs morts, reprend-il, et le Père-Lachaise est le plus beau des cimetières. Pour l’Italie, pays d’immigration qui ne reconnaît que le droit du sol, ceux qui sont partis restent italiens même dans ­l’au-delà. Longtemps considérée comme une honte, l’immigration trouve à travers ce parcours mémoriel une sorte de sublimation, puisque seuls ceux qui ont réussi sont représentés dans ce catalogue. Le plus bel exemple est Enrico Cernuschi, arrivé sans un sou et mort prospère et banquier. »

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