France

Au procès du FN, fausses factures et investissements internationaux

Le couple Frédéric Chatillon-Sighild Blanc s’expliquait, vendredi, sur un montage complexe qui leur a permis de faire passer des centaines de milliers d’euros vers une société hongkongaise.

Par Samuel Laurent

Temps de Lecture 4 min.

Article réservé aux abonnés

Décidément, rien n’est simple au procès du Front national (FN). Si le cœur de l’affaire réside dans un montage alambiqué, où le microparti de Marine Le Pen, Jeanne, facturait aux candidats FN aux législatives 2012 un « kit de campagne » tout compris, que lui vendait la société de Frédéric Chatillon, Riwal, ce n’est que l’un des volets du dossier.

L’autre, qui a occupé la 11chambre du tribunal correctionnel cette semaine, ce sont les nombreux soupçons d’enrichissement personnel (abus, recel ou trafic de bien sociaux) des divers protagonistes. Jeudi 21 novembre, le flamboyant patron de Riwal et proche de Marine Le Pen a dû expliquer à la fois son usage très libéral de la carte bancaire de sa société et le fait qu’il avait rémunéré plus que confortablement (1,4 million d’euros au total) Unanime, la société créée par sa compagne Sighild Blanc, pour son travail de graphisme lors des législatives.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi

Vendredi, le tribunal se penchait sur la suite de cette histoire : le paiement par Unanime d’une facture de 315 000 euros à une société basée à Hongkong, Ever Harvest, propriété du frère de l’expert-comptable de Jeanne et prestataire de Riwal, Nicolas Crochet, autre prévenu de ce procès. Les juges d’instruction soupçonnent cette fausse facture d’avoir servi à transférer des fonds pour éviter l’impôt, et ont retenu le motif de blanchiment d’abus de biens sociaux.

Des soupçons infondés, selon M. Chatillon. Et celui-ci de se lancer dans un récit alambiqué, qui commence fin 2012 : « Pascal Xatart, un ami, me dit qu’il est en train de faire une levée de fonds » pour son entreprise basée à Singapour, Giift, qui gère des programmes de fidélité de grands groupes. Cet ami propose à M. Chatillon de « participer », et sa compagne, Sighild, dit son intérêt : “Je souhaite investir, c’est une start-up, ça m’intéresse” ».

Seulement voilà : les délais sont courts. « On sait qu’on n’aura pas le temps d’avoir une structure à Hongkong, donc j’essaie de trouver une solution quitte à régulariser ensuite », développe M. Chastillon. La solution passe par le frère de Nicolas Crochet, Sébastien, qui possède plusieurs entreprises en Asie, dont Ever Harvest, l’émetteur de la facture, qui correspond sur le papier à des prestations de site Internet pour les candidats FN aux législatives – assurées en réalité par Riwal.

« Le mécanisme est très rock and roll, je comprends que ça pose question »

Commence alors un long cheminement : les fonds récupérés par Ever Harvest au titre de la facture vont passer par une structure panaméenne, puis une société luxembourgeoise, avant d’abonder le compte d’une société de Hongkong, Time Dragon, qui deviendra ensuite Unanime Asia. Société dont le patron n’est autre que Frédéric Chatillon. Unanime Asia investira effectivement 200 000 euros dans la société Giift. « Vous nous dites que vous êtes pressé, mais vous rajoutez toutes ces étapes ? », s’étonne la présidente. M. Chatillon s’embrouille lui-même dans ses explications : « Je redécouvre le dossier, j’ai zappé, je ne sais plus. »

Vous pouvez lire Le Monde sur un seul appareil à la fois

Ce message s’affichera sur l’autre appareil.