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« “Autant en emporte le vent” transmettait le sentiment que, idéologiquement, le Sud avait gagné la guerre civile »

L’historienne américaine Anna Everett décrypte la réception de l’œuvre de Margaret Mitchell, et revient sur la polémique provoqué par son retrait de HBO Max.

Propos recueillis par Corine Lesnes

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Anna Everett, historienne, professeure au département d’études des films et des médias de l’université de Californie à Santa Barbara, est spécialiste de la représentation des Noirs dans la culture aux Etats-Unis.

Quel est l’objet de la controverse actuelle autour d’« Autant en emporte le vent » ?

HBO Max a retiré temporairement le film de son catalogue après une tribune de John Ridley, le scénariste de 12 Years a Slave. Les dirigeants de la chaîne ont indiqué que le film sera de nouveau accessible prochainement mais assorti d’une contextualisation historique. Leur intention est de replacer le film dans une perspective, d’amener les Américains à y réfléchir d’une manière plus sophistiquée, au-delà de ces sagas romanesques en costume d’époque que nous aimons tous. Ils veulent montrer leur solidarité avec le mouvement antiraciste, être du bon côté de l’histoire.

Ce geste a entraîné une discussion stimulante. Mais, de mon point de vue, ce n’est pas assez. Ils essaient de gagner des deux côtés. On ne peut pas cacher l’histoire du racisme ou de l’esclavage, mais on peut la mettre au musée. Le désir de montrer « l’héritage blanc » – c’est ce que prétendait Autant en emporte le vent – est trompeur. Nous sommes le seul pays qui célèbre l’ennemi. Les confédérés étaient des traîtres. Ils ont combattu les Etats-Unis.

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Dès sa parution, en 1936, le livre a été un best-seller. Même ­succès pour le film à sa sortie, en 1939. Pourquoi un tel engouement pour la thématique d’« Autant en emporte le vent » ?

Le livre, tiré à 5 000 exemplaires, a dépassé toutes les prévisions. D’abord dans la région d’Atlanta (Géorgie) puis à travers le monde en un temps record : six mois après sa publication, le 30 juin 1936, il avait déjà été vendu à un million d’exemplaires. Le film, lui, était une œuvre à gros budget réalisée avec les dernières prouesses techniques, comme le Technicolor. C’était une splendeur visuelle qui évoquait un moment particulièrement chargé dans l’histoire américaine en en faisant une narration romancée. Dans le Nord, il a introduit une nostalgie pour l’époque des plantations et les relations prétendument apaisées avec les « heureux esclaves ». C’était l’époque où les Noirs migraient vers les Etats du Nord et du Midwest pour échapper aux lynchages et aux lois sur la ségrégation. Ils n’étaient pas aussi serviles que dans le film.

En fait, Gone With the Wind transmettait le sentiment que, idéologiquement, le Sud avait ­gagné la guerre civile, même si ce n’était évidemment pas le cas. L’aristocratie sudiste prenait le pas sur la véritable histoire de la guerre civile, l’esclavage.

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