France

« Autant en emporte le vent », une contre-offensive idéologique à « La Case de l’oncle Tom »

En 1936, lorsqu’elle écrit son roman-fleuve, Margaret Mitchell crut défaire les préjugés sur l’esclavage du best-seller d’Harriet Beecher Stowe, paru presque un siècle plus tôt.

Par Macha Séry

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Dans l’histoire littéraire, le fait est assez singulier : deux femmes, américaines, l’une du Nord, l’autre du Sud, ont signé les romans les plus populaires de leurs siècles respectifs. La Case de l’oncle Tom (1852), d’Harriet Beecher Stowe, fut, en effet, le plus grand best-seller du XIXe siècle aux Etats-Unis, tandis qu’Autant en ­emporte le vent (1936) a occupé cette place au XXe siècle.

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Guerre des mémoires

Margaret Mitchell n’ignorait pas qu’en publiant sa saga elle s’engageait dans une guerre des mémoires avec sa devancière, dont l’influence politique fut ­considérable. Inspiré par les récits de ­fugitifs qu’Harriet Beecher Stowe avait entendus dans l’Ohio et par une vente aux esclaves à laquelle elle avait assisté (la scène d’ouverture du récit), La Case de l’oncle Tom a été prépublié dans un journal anti-esclavagiste. Puis il est sorti en volume deux ans après l’adoption, en 1850, du Fugitive Slave Act.

Cette loi, votée par le Congrès à majorité sudiste, avait mis le feu aux poudres. Elle contraignait les nordistes à prêter main-forte aux propriétaires sudistes pour capturer les esclaves évadés des plantations. Tout officiel refusant de procéder à l’arrestation d’un individu suspecté de fuite se voyait infliger une amende. Les abolitionnistes s’y étaient opposés. Harriet Beecher Stowe était de ceux-là. Comment un pays porté par des valeurs chrétiennes pouvait-il perpétrer pareilles atrocités ? Son récit sulpicien s’écoula en quelques mois à 300 000 exemplaires et contribua à la cause abolitionniste. Au point qu’Abraham Lincoln, lors de leur rencontre, aurait gratifié l’écrivaine de ces mots : « C’est donc cette petite dame qui est ­responsable de cette grande guerre. »

Clichés invraisemblables

A l’inverse, La Case de l’oncle Tom indigna les habitants du Sud américain, qui crièrent à la diffamation et se lancèrent dans une chasse aux sorcières. Un ­libraire de Mobile (Alabama) fut forcé de déménager pour avoir mis le livre en vente, et Harriet Beecher Stowe fut inondée de lettres de menaces. Elle reçut également l’oreille coupée d’un esclave.

Autant en emporte le vent s’apparente, à cette aune, à une contre-offensive idéologique. « Considérant La Case de l’oncle Tom comme une révélation qu’elles plaçaient juste après la Bible, les femmes yankees voulaient tout savoir sur les ­limiers que chaque sudiste possédait pour donner la chasse aux esclaves fugitifs. Et elles ne la [Scarlett] croyaient jamais quand elle leur disait qu’elle n’avait vu qu’un seul limier de toute sa vie et que c’était un petit chien inoffensif et non un énorme mastiff féroce », lit-on dans le tome II. Ecrivant contre ce qu’elle considère comme des préjugés sur l’esclavage, Margaret Mitchell répond par une multitude de clichés invraisemblables au vu des faits historiques.

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