France

Batho : « Macron appartient au camp des destructeurs de l'environnement »

« Vous savez d'expérience, même si l'expérience n'a pas été aussi longue peut-être que vous l'auriez souhaité (…) » L'an dernier, la pique de l'ancien ministre de la Transition écologique François de Rugy à Delphine Batho – qui avait occupé son poste quelques années plus tôt sous François Hollande – n'avait guère plu à la députée. Sans doute de Rugy regrette-t-il désormais ces mots tant son expérience ministérielle fut brève. Aux yeux de la présidente de Génération écologie, cela n'a guère plus d'importance. Car la transition écologique ne peut plus relever du simple choix des personnes occupant le ministère du boulevard Saint-Germain. Aujourd'hui, les véritables clefs se trouvent à l'Élysée et à Matignon, tout comme les blocages, estime-t-elle. Pour l'élue des Deux-Sèvres, « plus Emmanuel Macron cherche à faire de la triangulation en reprenant des mots tels qu'urgence écologique, plus il rend spectaculairement manifeste l'incohérence de sa politique avec la ratification du Ceta, la fermeture de la ligne ferroviaire Perpignan-Rungis, etc. » Entretien.

Le Point : En sept ans, il y a eu pas moins de sept ministres de l'Écologie. En deux ans, sous Emmanuel Macron, déjà trois. Ce ministère est-il maudit ?

Delphine Batho : Non, ce n'est pas un problème de malédiction. C'est tout simplement que les clefs de la transformation écologique du pays ne sont pas à l'hôtel de Roquelaure, mais à l'Élysée et Matignon. Le problème ne tient donc ni à la difficulté de la tâche de ministre de l'Écologie ni au choix des personnes. L'écologie impose un changement radical de modèle qui contrarie une vision de la société et de l'économie basée sur la valeur centrale de l'argent et de la croissance. La célèbre expression « ministère de l'impossible » vient du fait que tous les ministres de l'Écologie se heurtent aux intérêts économiques qui ont l'oreille attentive du président de la République et de son Premier ministre. Il faut arrêter de penser que cette transformation ne relèverait que d'un seul ministre. Le problème est au sommet de l'État. Tant qu'il n'y aura pas un président de la République qui place l'écologie au cœur de tout, on n'avancera pas.

Pour vous, c'est donc Emmanuel Macron qui bloque…

Oui, évidemment. Il appartient au camp des destructeurs de l'environnement. Il est prisonnier du vieux monde, et cela va au-delà de l'ingérence des lobbies. Le logiciel du chef de l'État est à mille années-lumière de l'écologie intégrale. Il n'y a pas que lui, regardez le ministre de l'Économie, le Premier ministre... Ils sont tous enfermés dans cette vision du monde obsolète selon laquelle l'augmentation de la croissance économique assure le bien-être et la réussite d'un pays. Or, c'est faux et c'est justement cette croissance qui est le poison de la destruction de la nature et du climat. Le « en même temps » dans ce domaine n'existe pas. C'est la raison pour laquelle Emmanuel Macron ne peut pas répondre aux attentes de la jeunesse et des citoyens qui se mobilisent de plus en plus nombreux pour l'écologie. Plus il cherche à faire de la triangulation en reprenant des mots tels que « urgence écologique », en promettant un « acte II du quinquennat », plus il rend spectaculairement manifeste l'incohérence de sa politique. Chaque semaine, nous en avons des preuves, comme la ratification du Ceta, la fermeture de la ligne ferroviaire Perpignan-Rungis, des déclarations qui font l'éloge du groupe Total, et j'en passe.

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Il faut un effort comparable à l'effort de guerre

Mais la décroissance que vous prônez n'est pas non plus un havre de bonheur...

Arrêtons de croire que c'est un retour à l'âge de pierre  ! La décroissance va s'imposer, car les limites planétaires ne peuvent être niées indéfiniment. La surproduction, la surconsommation conduisent à des effondrements. Celui de la biodiversité est en cours et menace nos capacités de production alimentaire. Le changement climatique s'accélère, dépassant même les pires scénarios prévus par le Giec. L'urgence, c'est de savoir si on veut rester vivants. On doit nécessairement réduire notre consommation énergétique et restreindre les flux de matières. Le décalage entre notre empreinte écologique et les bio-capacités de la terre l'impose. Il faut bien comprendre que de toute façon, il y aura une décroissance. Soit on la subit et cela va entraîner un certain nombre de chocs violents, soit on l'organise de façon méthodique, pacifique, démocratique, juste et sociale.

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Comment  ?

Il faut abandonner cette idée selon laquelle la société d'hyperconsommation assurerait le bien-être humain. Au contraire, elle est basée sur la frustration permanente, l'explosion des inégalités et des injustices. Cette société-là ne nous rend pas heureux. Il y a des années, on pouvait se dire qu'on arriverait à organiser une transition progressive. Mais un immense retard a été pris, qui rend même cette notion de « transition » obsolète. Le rapport du Giec dit qu'il ne reste qu'une dizaine d'années pour changer de modèle, ce qui oblige à des changements rapides et radicaux. Pour le dire plus concrètement, il faut assumer la dévalorisation d'un certain nombre d'actifs polluants et organiser à toute vitesse la sortie des énergies fossiles. Il faut donc réorienter les investissements de manière massive vers les économies d'énergie, la diminution de certains flux, l'agroécologie, etc. C'est un effort comparable à un effort de guerre. La décision numéro un à prendre, c'est tout simplement d'arrêter de financer la destruction. Souvent, on présente l'enjeu écologique comme un coût, un problème d'argent « en plus » à trouver. C'est faux. L'écologie, c'est d'abord de l'argent « en moins » pour tout ce qui pollue et qui détruit. En France, les énergies fossiles et la politique agricole dépendante de la chimie sont gavées d'argent public. Quant à l'argent privé, les banques financent encore massivement les investissements dans les énergies fossiles, même après l'accord de Paris. Reprenons ces moyens pour les mettre au service du bien commun ! C'est pour cela que le mot décroissance est trompeur : si l'on veut créer une rupture par exemple avec le modèle agricole basé sur les pesticides, passer au bio, reconquérir notre souveraineté alimentaire, on doit multiplier par trois le nombre d'agriculteurs. Ce n'est pas de l'activité en moins, mais du travail en plus.

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Le Ceta est actuellement débattu à l'Assemblée nationale. L'opposition est quasi unanime contre lui. Pourquoi ?

Il y a derrière le Ceta un enjeu de souveraineté. Avec ce traité, une multinationale pourra attaquer devant un tribunal d'arbitrage une norme, une loi, un règlement qui aurait été décidé par le peuple français. Il y a par exemple 46 pesticides interdits en Europe qui sont autorisés au Canada, lequel vient de déposer une procédure à l'OMC contre nous à ce sujet. C'est un pays ami, mais ce n'est pas un ami de l'écologie...

Mais ce traité intègre la nouveauté du veto climatique...

Non, le prétendre est une fake news. Il faut bien regarder ce que le gouvernement appelle « veto climatique ». D'abord, il faudrait prouver, dans le cas où une multinationale attaquerait une mesure réglementaire prise au nom de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, que cette norme est non discriminatoire. Vous voyez le piège  ? Prenez les sables bitumineux. Ces hydrocarbures sont sans doute la plus grande catastrophe écologique d'Amérique du Nord, exploités sur des surfaces équivalentes à la taille de l'Angleterre, entraînant la destruction de la forêt boréale, une pollution massive de l'eau, une contamination à l'origine de maladies avec un nombre de cancers supérieurs de 29 % à la moyenne. Les émissions de gaz à effet de serre des sables bitumineux représentent presque le double de celles du pétrole conventionnel. Si l'Europe prend par exemple une réglementation visant à limiter l'importation des hydrocarbures en fonction de leur intensité en gaz à effet de serre, pour bloquer l'importation de sables bitumineux, alors ce serait considéré comme « discriminatoire » puisque le seul pays visé serait le Canada. Deuxième exemple, pour activer le soi-disant « veto climatique », il faut qu'une commission paritaire entre l'Europe et le Canada parvienne à un consensus pour adresser au tribunal d'arbitrage une recommandation. Autrement dit, si le Canada n'est pas d'accord, il n'y a pas d'indication donnée au tribunal d'arbitrage pour protéger une réglementation européenne en faveur du climat. Il n'y a donc pas de veto, puisqu'on ne peut contredire une action devant un tribunal d'arbitrage que si les Canadiens sont d'accord.

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Le choix qui doit s'offrir aux Français, c'est celui du modèle de civilisation entre les politiques destructrices et l'écologie

Le libre-échange, les accords et flux commerciaux sont-ils pour autant l'ennemi de l'écologie ?

Hélas, oui. L'augmentation des échanges et la préservation du climat sont incompatibles. Aujourd'hui, le développement du commerce international prime sur le climat dans les règles du jeu fixées par la communauté internationale. C'est écrit noir sur blanc dans la convention des Nations unies sur le changement climatique, à l'alinéa 5 de l'article 3 : « Il convient d'éviter que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, constituent un moyen d'imposer des discriminations arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce commerce. » Or l'augmentation des transports de marchandises à l'exponentielle, basée sur les énergies fossiles, est un facteur majeur de destruction du climat.


Yannick Jadot a réalisé l'un des meilleurs scores aux européennes. Cela signifie-t-il déjà que l'écologie s'est forgé une place immuable dans le corps électoral ?

L'écologie est la nouvelle espérance et sa dynamique électorale est structurelle, et non pas conjoncturelle. Les écologistes doivent maintenant être en capacité d'accéder au second tour de l'élection présidentielle. À présent, tout va dépendre de nous et de nos propres capacités à devenir une force crédible de gouvernement. Il faut construire une majorité culturelle dans notre pays. Le potentiel est là, on l'a vu émerger dans le vote aux européennes et avec les mobilisations de la jeunesse. Toutes les stratégies qui ont été tentées ces dernières années pour infléchir les orientations des vieilles familles politiques sur les enjeux écologiques ont échoué. C'est pourquoi l'écologie doit désormais être autonome, et ne peut plus être considérée comme une espèce d'aiguillon. Elle doit assumer elle-même pleinement l'exercice des responsabilités. Lors des prochaines échéances majeures, les Français doivent avoir droit à un vrai choix, profond : celui du modèle de civilisation. Le véritable clivage n'est pas entre les partis autoritaires d'un côté et les tenants du système actuel de l'autre. Le choix qui doit s'offrir aux Français, c'est celui entre les politiques destructrices et l'écologie.

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Allez-vous vous engager derrière Yannick Jadot qui a l'intention d'aller à la présidentielle de 2022  ?

Oui. C'est la raison pour laquelle nous avons posé les jalons de l'alliance de tous les écologistes pour préparer 2022. Mais pour atteindre ce niveau, quel que soit le candidat, il y a un travail profond à faire pour devenir une force crédible de gouvernement.

Beaucoup disent qu'il pèche par arrogance ? Doit-il faire plus attention ?

Ce que certains qualifient d'arrogance, c'est le fait que nous voulons porter l'écologie au pouvoir. Cela dérange le train-train des acteurs politiques traditionnels qui s'étaient habitués à considérer l'écologie comme la force d'appoint d'une gauche décrépie. Ce temps-là est révolu. Mais nous sommes totalement conscients que pour porter l'écologie au pouvoir, un immense travail nous attend.

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