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France

Bordeaux (33) : Vivre au jour le jour dans des squats de migrants

Alors que la ville de Bordeaux, dans l’ouest de la France, s’efforce d’accueillir une population migrante croissante, de plus en plus de squats ont fait leur apparition. Cependant, depuis que Fabienne Buccio a été nommée comme préfet, une campagne d’évacuation agressive a été lancée, avec plus de 70 squats fermés au cours des six derniers mois.

Comme la plupart des enfants de son âge, Samar, huit ans, adore les activités parascolaires qui ont lieu le mercredi. « Aujourd’hui nous avons peint, et on nous a même permis de peindre sur le mur du squat! s’exclame-t-elle dans un français impeccable avant qu’un de ses copains ne l’interrompe pour chahuter. « Il m’ennuie beaucoup, mais ce qui est bien ici, c’est qu’on a le droit de ne pas être d’accord« , dit Samar en montrant du doigt le petit garçon qui fait une grimace et éclate de rire. « Il y a du respect, mais surtout, il n’y a pas de guerre comme dans mon pays« , dit-elle.

Samar vient du Soudan et vit en France avec ses parents et ses quatre frères et sœurs depuis trois ans. A leur arrivée, la famille vivait dans le nord, près de la ville d’Arras, mais le père de Samar ne trouvait pas de travail, alors ils ont décidé de déménager. « On nous a dit qu’il y avait du travail à Bordeaux, alors nous sommes partis. En l’espace d’une semaine seulement, il avait trouvé un emploi de mécanicien ici « , explique Ikhlass, la mère de Samar. « Après notre arrivée, nous avons dormi dans la voiture que nous avions achetée pour les premières nuits. Puis nous avons dressé une tente au camp de Bordeaux-Lac. On a dormi dans la boue et on a manqué de sanitaires pendant deux mois. »

En raison des difficulté pour trouver un logement, des dizaines de migrants – demandeurs d’asile et réfugiés – vivent depuis plusieurs semaines dans un camp près de la plage de Bordeaux-Lac, au nord de la ville. Le 18 novembre, le camp a été évacué et de nombreux migrants se sont dirigés vers le squat de la Zone Libre, situé dans la banlieue bordelaise de Cenon.

Ancienne maison de retraite, la Zone Libre a été transformée en squat le 9 novembre dernier par plusieurs associations locales, dont Médecins du Monde, RESF, Bienvenue et le Collectif Migrants Bordeaux. Bernie, qui fait du bénévolat auprès de l’association Welcome – le groupe qui supervise le squat – affirme que l’établissement abrite actuellement 271 personnes, dont 158 adultes et 113 enfants.

Dans le squat, chaque famille dispose d’une petite pièce. En tout, il y a 81 unités d’hébergement, et elles sont toutes pleines. Les hommes et les femmes célibataires doivent partager les chambres. « Nous sommes sept dans la même pièce. Les trois plus jeunes de mes enfants doivent dormir par terre parce qu’il n’y a pas de lits pour tout le monde« , dit Ikhlass. « Nous n’avons pas de réfrigérateur non plus, donc ce n’est pas facile de préparer des repas. Les conditions de vie sont loin d’être idéales, mais nous avons un toit au-dessus de notre tête et les gens des associations nous aident beaucoup« , dit-elle.

Zone Libre est l’un des squats les plus récents de Bordeaux. Ces derniers mois, les squats de la ville ont été fermés au même rythme qu’ils avaient été ouverts, faisant de la Gironde l’un des lieux de squats et de bidonvilles les plus intenses de France, derrière la Seine Saint-Denis, la Loire-Atlantique et les Bouches-du-Rhône.

« Depuis la fermeture du squat Alouette de Pessac en février 2017, qui a fait l’objet d’une couverture médiatique locale, de plus en plus de groupes d’aide aux migrants se créent. C’est devenu un mouvement de grande ampleur« , explique Bernie, ajoutant qu’en Gironde en particulier, de nombreux habitants ont ouvert leur propre maison pour aider les sans-abri migrants. Selon Bernie, près de la moitié des migrants évacués du squat des Alouette ont trouvé un logement directement chez l’habitant. « C’est aussi la première fois que nous avons pu sensibiliser les syndicats hospitaliers (le squat était la propriété du Centre Hospitalier Universitaire de Bordeaux) et les politiques« , précise t-il.

« Si les squats existent, c’est parce qu’il n’y a pas de solutions pour accueillir les migrants« , explique Aude Saldana-Cazenave, coordinatrice régionale de l’ONG Médecins du Monde en Aquitaine. Entre janvier et novembre, la branche bordelaise de l’ONG a enregistré 7.400 consultations, dont 98% de consultations pour les migrants. « Ils viennent à nous pour recevoir des soins, mais notre rôle s’étend bien au-delà. Les consultations en matière sociale ou administrative sont en forte augmentation parce que les personnes se trouvent dans des situations de plus en plus précaires« , dit-elle, notant que 80% des patients de l’ONG souffrent de problèmes de santé mentale, de traumatismes subis alors qu’ils étaient encore dans leur pays d’origine ou sur le chemin de l’exil. Ils sont confrontés quotidiennement à une lutte pour la survie, depuis leur arrivée en France.

« Il est clair que les mauvaises conditions de logement rendent les gens malades ; en causant, par exemple, des problèmes articulaires à cause de l’obligation de dormir en voiture. Elle empêche aussi la guérison, parce que les gens qui sont en mode survie ne se préoccupent pas de leur santé et à leur bien-être« , explique Aude Saldana-Cazenave. « Vivre constamment au jour le jour, faire face aux tracas administratifs, tout cela a des conséquences sur la santé d’une personne. »

« Cette situation est devenue de plus en plus insupportable, dit Bernie. D’autant plus que la ville de Bordeaux compte jusqu’à 22.500 logements vacants« , dit-il, en citant les chiffres de 2018, publiés par l’Insee, l’Office national de la statistique. Les associations qui ont participé à l’ouverture du squat de la Zone Franche disent toutes que le squat n’est qu’une réponse à « l’échec de l’État » dans la prise en charge des migrants sans-abri.

Mais la préfecture considère les squats comme une solution de logement inacceptable et fait tout son possible pour faire passer son message. Au cours des derniers mois, la préfecture a intensifié sa campagne d’évacuation des squats pour « absorber les camps illégaux qui n’offrent pas de conditions de vie dignes aux occupants et provoquent des troubles dans les quartiers« .

Cette campagne d’évacuation agressive a été lancée à la mi-avril, lorsque la région a nommé Fabienne Buccio comme nouveau préfet. Buccio, qui a dirigé l’opération géante de démantèlement du camp de fortune  » Jungle  » à Calais en 2016, a été chargé d’appliquer le  » modèle calaisien » à Bordeaux et aux villes et villages environnants. Sur les 160 squats identifiés en Gironde, 73 font actuellement l’objet de poursuites judiciaires et plus de 70 ont été évacués depuis la nomination de Buccio. La préfecture affirme qu’elle agit simplement « sur décision de justice » et qu’elle procède « à un recensement suivi d’un diagnostic social avant chaque évacuation« . Elle indique aussi que lors de chaque évacuation, elle s’assure que « chaque individu se voit proposer une solution de logement« , à condition bien sûr qu’il ait droit à un logement.

La préfecture de Nouvelle-Aquitaine, qui régit la zone administrative de la Gironde, a indiqué que la région compte actuellement 8.513 logements destinés aux demandeurs d’asile, soit 180% de plus qu’il y a trois ans. La Gironde, quant à elle, dispose de 2.392 places d’hébergement pour demandeurs d’asile, soit 120% de plus qu’il y a trois ans. « Il s’agit d’un effort de l’État sans précédent, dit la préfecture. Selon les associations locales, aucune solution de logement n’a été proposée aux migrants illégaux ou aux personnes dont la demande d’asile a été rejetée. Pour elles, il s’agit là d’une grave violation au principe de l’accueil inconditionnel. […]

Malgré le climat de plus en plus tendu en Nouvelle-Aquitaine, les migrants continuent à affluer dans la région, principalement en raison des opportunités d’emplois qui s’y trouvent. Bordeaux a aussi la réputation d’être à la fois « une ville accueillante et ouverte d’esprit« , affirme Momo, l’un des co-fondateurs du Collectif Migrants Bordeaux. « Tous ceux qui passent par l’Espagne passent par Bayonne, mais ils ne s’arrêtent pas là. Il y a des caméras partout et l’atmosphère n’est pas la même. Alors ils continuent vers le nord et viennent à Bordeaux, c’est facile de tomber amoureux de cet endroit ! »

Momo, qui vient de Côte d’Ivoire, est arrivé en France après avoir pris l’avion pour Paris. Il dit qu’il s’est ensuite retrouvé à Bordeaux par hasard après avoir pris un train pour tenter de sortir de la capitale française qu’il jugeait « beaucoup trop saturée » en termes d’aide administrative et sociale.

Malgré le climat de plus en plus tendu en Nouvelle-Aquitaine, les migrants continuent à affluer dans la région, principalement en raison des opportunités d’emplois qui s’y trouvent. Bordeaux a aussi la réputation d’être à la fois « une ville accueillante et ouverte d’esprit », affirme Momo, l’un des co-fondateurs du Collectif Migrants Bordeaux. « Tous ceux qui passent par l’Espagne passent par Bayonne, mais ils ne s’y arrêtent pas. Il y a des caméras partout et l’atmosphère n’est pas la même. Alors ils continuent vers le nord et viennent à Bordeaux, c’est facile de tomber amoureux de cet endroit ! »

Momo, qui vient de Côte d’Ivoire, est arrivé en France après avoir pris l’avion pour Paris. Il dit qu’il s’est ensuite retrouvé à Bordeaux par hasard après avoir pris un train pour tenter de sortir de la capitale française qu’il jugeait « beaucoup trop saturée » en termes d’aide administrative et sociale à la disposition des migrants. « J’adore Bordeaux, c’est plus facile de vivre ici qu’à Paris. C’est comme si tu pouvais devenir quelqu’un ici. »

En l’espace de quelques semaines seulement, Momo a été rejoint sur son groupe Facebook par des milliers de personnes, après avoir créé une page dédie à ce sujet. Le but du groupe est simple: aider, guider et accompagner les nouveaux arrivants. « J’ai l’habitude de faire ça. Dans mon pays, j’ai travaillé dans le domaine humanitaire. Mais en gérant cela au quotidien, je me rends compte qu’il y a trop de demandes et pas assez de logements. Les gens n’ont donc pas le choix ; c’est soit la rue, soit les squats. Le 115 est comme un hôtel cinq étoiles, il n’y a jamais rien de disponible, il est toujours plein« , plaisante t-il, son téléphone sonne sans arrêt.

Momo, Bernie et les autres volontaires sont convaincus que la stratégie de la région d’utiliser les évacuations comme moyen de dissuasion ne fonctionne pas. Au lieu de cela, il rend la population migrante déjà très vulnérable de la région encore plus invisible et l’exclut de la société. Mais les autorités restent déterminées à poursuivre sur la voie qu’elles ont choisie : « En évacuant ces squats, un message clair et sans ambiguïté est envoyé aux réseaux de traite des êtres humains« , affirme-t-elle, faisant remarquer que ses méthodes « équilibrées » de dissuasion ont déjà porté leurs fruits, la Gironde n’enregistrant qu’une augmentation de 4% de nouveaux demandeurs d’asile en 2019, contre une augmentation de 28% en 2018.

Depuis le 1er janvier, la région Nouvelle-Aquitaine a enregistré un total de 4.082 demandes d’asile, en hausse de 2,7% par rapport à 2018. La plupart des demandeurs d’asile de cette année viennent de Géorgie, de Guinée, du Nigeria et d’Albanie.

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