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Boris Johnson : le Premier ministre anglais en soins intensifs, ce qu'on sait sur sa santé

Boris Johnson en soins intensifs : il est remplacé à son poste Le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab a été désigné pour remplacer Boris Johnson par intérim, le temps de son indisponibilité.

[Mis à jour le 6 avril 2020 à 21h48] DERNIERE MINUTE - Le Premier ministre britannique Boris Johnson, a été transféré en soins intensifs ce lundi 6 avril 2020, dans l'après-midi, dans un hôpital de Londres où il a été admis hier au soir. Le Premier ministre dont le service presse assurait jusqu'ici qu'il restait "aux commandes" et qu'il était hospitalisé pour de simples examens, a vu sa santé se déteriorer ce lundi. "Au cours de l'après-midi, l'état de santé du Premier ministre s'est détérioré et, sur le conseil de son équipe médicale, il a été transféré au service des soins intensifs de l'hôpital", a indiqué le porte-parole du 10 Downing Street. "Le Premier ministre a demandé au ministre des Affaires étrangères Dominic Raab (...) de le remplacer là où nécessaire", indique le communiqué.

Dix jours après avoir été testé positif au coronavirus, le Premier ministre britannique Boris Johnson a été hospitalisé ce dimanche 5 avril 2020. L'annonce a été faite quelques minutes après l'allocution de la reine Elizabeth II à la télévision qui a appelé les Britanniques à l'unité. Les services du Premier ministre ont évoqué une simple "mesure de précaution", assurant que Boris Johnson restait aux commandes du pays. Le chef du gouvernement conservateur "continue de présenter des symptômes persistants du coronavirus", ce qui explique cette hospitalisation pour des examens. "Il s'agit d'une étape de précaution, le Premier ministre continuant à présenter des symptômes persistants dix jours après avoir été testé positif au coronavirus", a indiqué le 10 Downing Street dans la soirée, affirmant qu'il ne "s'agit pas d'une admission d'urgence".

Selon le Times, Boris Johnson aurait néanmoins reçu un "traitement à base d'oxygène" au sein de l'hôpital Saint-Thomas, à Londres, où il est entré vers 20 heures dimanche. S'il continue à diriger le pays, le Premier ministre devait être remplacé par Dominic Raab, le ministre des Affaires étrangères, à la réunion de crise sur le Covid-19 ce lundi matin. Une réunion à laquelle il assistait chaque jour par vidéoconférence depuis le début de sa quarantaine. "En tant que premier secrétaire d'Etat, M. Raab est considéré comme premier ministre adjoint et endosse le rôle provisoire de "survivor"", écrit Le Monde.

Dans le New York Times qui a aussi publié un article sur le sujet, le Dr Rupert Beale, chef de groupe du laboratoire de biologie cellulaire des infections au Francis Crick Institute pour les études biomédicales, a déclaré que les médecins "surveilleraient probablement des signes vitaux importants tels que les saturations en oxygène". Des analyses de sang seront aussi prescrites à Boris Johnson et éventuellement pour évaluer l'état de ses poumons.

Boris Johnson communique par vidéos sur Twitter

Le Premier ministre britannique a de nouveau communiqué ce lundi après midi via le service de presse de Downing Street : "Le Premier ministre a passé une nuit tranquille à l'hôpital St Thomas à Londres et son moral est bon. Il reste à l'hôpital en observation", a déclaré à la presse son porte-parole, répétant "BoJo" restait aux commandes du gouvernement. Boris Johnson a complété ces propos rassurants sur Twitter : "Hier soir, sur les conseils de mon médecin, je suis allé à l'hôpital pour des tests de routine car je souffre toujours de symptômes de coronavirus. Je suis de bonne humeur et reste en contact avec mon équipe, alors que nous travaillons ensemble pour lutter contre ce virus et assurer la sécurité de tous". "Je voudrais remercier tous les brillants membres du personnel du NHS qui prennent soin de moi et des autres en ces temps difficiles. Vous êtes le meilleur de la Grande-Bretagne", a-t-il ajouté dans un autre post.

A 55 ans, Boris Johnson, avait déjà annoncé vendredi qu'il prolongeait la quarantaine au-delà des sept jours recommandés par les autorités sanitaires britanniques. Sa fièvre persistante, un des principaux symptômes de la maladie, motivait cette mise à l'écart prolongée. "Si je me sens mieux (...) j'ai toujours l'un des symptômes", "j'ai toujours de la température", "je dois continuer ma quarantaine", avait-il déclaré dans une courte vidéo sur Twitter, où il apparaissait un peu "hagard" selon l'adjectif utilisé par l'AFP. Sa compagne Carrie Symonds a indiqué pour sa part sur Twitter ce samedi qu'elle allait mieux après une semaine d'alitement. A 32 ans, elle est enceinte de six mois.

Boris Johnson avait déjà choisi son compte Twitter pour annoncer avoir été testé positif au coronavirus, le vendredi 27 mars 2020. "J'ai développé des symptômes mineurs du Covid-19, de la température et une toux persistante ", avait-il déclaré. Le locataire du 10 Downing Street avait néanmoins tenu à rassurer les Britanniques en s'affichant plutôt en forme sur une vidéo qui accompagnait ce message. Il saluait alors les "nouvelles technologies" qui lui permettaient de rester en lien avec ses équipes afin de "mener le combat contre le coronavirus". Autre inquiétude : le Premier ministre aurait rencontré la Reine Elizabeth le 11 mars dernier. Fort heureusement, Sa Majesté âgée de 93 ans ne semble pas présenter les symptômes du Covid-19. Néanmoins, son fils le prince Charles a quant à lui attrapé le coronavirus mais son état de santé ne serait pas inquiétant. 

Le Royaume-Uni n'a pris des mesures que très tardivement pour endiguer l'épidémie de coronavirus, prise à la légère dans un premier temps par Boris Johnson. On se souvient, début mars, du Premier ministre se vantant de continuer à "serrer des mains" alors que la pandémie était déjà annoncée par l'OMS. "J'étais à l'hôpital (...) je crois qu'il y avait des patients atteints du coronavirus et j'ai serré la main de tout le monde, ça vous fera plaisir de le savoir. Et je continuerai de serrer des mains", affirmait-il dans les médias. 

Le Royaume-Uni a longtemps adopté la stratégie de "l'immunité collective" avant de se résoudre à mettre en place des mesures de confinement. Le gouvernement a finalement appelé lundi 30 mars ses citoyens à rester chez eux en fermant les commerces non-essentiels et mettant en place des mesures sociales "sans précédent" pour tenter de minimiser la crise financière qui s'annonce. Les hôpitaux londoniens, ville la plus touchée, s'inquiètent du "tsunami" de malades gravement atteints faisant leur apparition dans leurs établissements. Vendredi 27 mars, le ministre de la Santé, Matt Hancock, a également annoncé être infecté.

Boris Johnson, surnommé "BoJo", est un personnage atypique. Il revendique par exemple un héritage historique : la descendance du roi d'Angleterre George II, mais aussi celle d'Ali Kemal, un ministre de l'Intérieur de l'empire ottoman. Après avoir reçu une éducation prestigieuse, il commence en 1987 une carrière de journaliste en entrant comme stagiaire au Times, avant de rejoindre le Daily Telegraph. Il se rapproche du milieu politique dans les années 1990 avant d'être élu député avec le parti conservateur en  2001. Son futur parcours politique sera marqué par des sorties polémiques.

Boris Johnson est un personnage controversé, habitué des déclarations chocs, que ce soit en tant qu'homme politique ou dans sa carrière de journaliste. Il a par exemple été renvoyé du Times pour avoir inventé une citation attribuée à l'universitaire Colin Lucas. Dans ses tribunes pour le Daily Telegraph, il a également utilisé des expressions comme "négrillons" ou "sourires de pastèques" pour décrire les habitants des pays du Commonwealth, ou tenter une comparaison entre les femmes portant la burqa et des "boîtes aux lettres", ou encore remporté un concours de "poèmes satiriques" sur le dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan à l'aide d'une plaisanterie peu flatteuse sur ses chèvres.

Malgré ces excentricités, Boris Johnson connaît une carrière plutôt réussie en politique et ce avant même de devenir Premier ministre de son pays. Après son élection en tant que député de Henley, dans le centre de l'Angleterre, il siège pendant 7 ans à la chambre des communes. En 2008, il est élu pour quatre ans maire de Londres, puis réélu en 2012. Selon un sondage YouGov, il s'est révélé relativement populaire auprès des londoniens, quittant son mandat avec 52% d'opinions favorables. En 2015, il est réélu membre du Parlement, cette fois-ci dans une circonscription du "Greater London".

Mais les frasques de Boris Johnson ne se limitent pas à sa carrière d'éditorialiste. Durant la campagne du référendum sur le Brexit en 2016, il s'est fortement engagé dans la campagne en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Alors maire de Londres, il a notamment mis en avant un argument financier, placardé sur ses bus de campagne : "Nous envoyons 350 millions de livres à l'UE chaque semaine, finançons plutôt notre NHS (le système de santé britannique, ndlr)". Un argument qui aurait beaucoup joué en faveur du Brexit, mais qui se révélera rapidement avoir été mensonger : la contribution du Royaume-Uni au budget de l'UE était en moyenne de 135 millions de livres par semaine entre 2010 et 2014.

En 2016, après le référendum sur le Brexit, Boris Johnson rejoint le gouvernement de la nouvelle Première ministre britannique Theresa May, chargée de faire appliquer le choix des Britanniques. Il est alors secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, et s'occupe de certains dossiers liés à la sortie du Royaume-Uni de l'UE et à ses conséquences. Très vite, il s'oppose en interne au "Brexit doux" de la cheffe du gouvernement. Après des semaines de conflit larvé, il démissionne finalement de ce poste en juillet 2018, en pleine crise, le Parlement britannique refusant de valider l'accord trouvé par Theresa May avec l'Union. En mai 2019, après la démission de cette dernière, il annonce se présenter à l'élection du nouveau chef du parti conservateur, et reçoit le soutien du président américain Donald Trump. Il remporte les différents tours du scrutin organisé au sein des "MPs", l'équivalent des députés britanniques, et remporte l'élection auprès des adhérents face à Jeremy Hunt, ce qui lui vaudra d'être désigné Premier ministre.

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