France

Christophe Honoré : « Je me sens encore très ado dans ma manière de travailler »

« Je ne serais pas arrivé là si… » C’est dans le cinéma du village breton de son enfance que le metteur en scène acquiert la conviction qu’il sera « cinéaste ou rien ». La disparition précoce de son père, raconte-t-il dans un entretien au « Monde », va lui donner « l’élan », en le persuadant alors qu’il ne doit « plus rien à personne ».

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Cinéaste, metteur en scène au théâtre et à l’opéra, écrivain, Christophe Honoré, 51 ans, cultive la transversalité. La crise sanitaire a stoppé, cet hiver, sa création Le Côté de Guermantes, à la Comédie-Française mais son film, Guermantes, sortira le 15 septembre. Sa nouvelle pièce, Le Ciel de Nantes, sera présentée, cet automne, au Théâtre des Célestins, à Lyon.

Je ne serais pas arrivé là si…

…Si, tout simplement, il n’y avait pas eu un cinéma à Rostrenen, mon village d’enfance au cœur de la Bretagne [dans les Côtes-d’Armor]. J’avais 11-12 ans, les vendredis et samedis soirs, entre copains et copines, on allait tous au Ciné Breiz. C’était le lieu où on pouvait se rouler des pelles ! Qu’importait le film. Il y avait deux séances. Je me revois négocier avec mes parents l’autorisation de rester à celle de 22 h 30. Ils ne comprenaient pas mais me laissaient faire parce que le cinéma était proche du lotissement où nous habitions.

Soudain, je découvrais des films qui échappaient au lot des comédies populaires, qui résonnaient en moi de manière plus solennelle. C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser vraiment au cinéma, avec, par exemple, Paris, Texas, de Wim Wenders. C’est toujours étrange de se demander pourquoi, à 12 ans, on peut se fixer une sorte de ligne d’arrivée : ce sera cinéaste ou rien. Je suis surpris de la prétention et de l’entêtement de l’enfant que j’étais.

En dehors de ces séances de cinéma, quelle saveur votre enfance avait-elle ?

J’ai eu une enfance très préservée, protégée, à la fois très douce et assez ennuyeuse. Au collège, avec ma prof de français, nous faisions un journal et, évidemment, la chronique ciné m’avait été dévolue. Je devais sûrement citer des films dans mes rédactions ! Je prenais très à cœur cette critique mensuelle, j’avais l’impression d’être un passeur ! Mais, très vite, la question a été : comment s’échapper ? Tout en ayant déjà le sentiment de ne surtout pas vouloir trahir.

Pourquoi « trahir » ?

Quand on veut partir de quelque part où tout se passe bien, forcément les gens qui restent ont tendance à vous le reprocher, à vous dire : qu’est-ce qui te manque ? Lorsque j’ai commencé à parler de cinéma à mes parents, ils étaient effrayés. Je voyais dans leurs yeux une espèce de compassion, comme s’ils se projetaient dans mes futurs échecs. Pour eux, cela leur semblait insensé, donc il fallait gentiment m’en détourner.

Au collège, en bon élève, je faisais tout pour plaire à mes parents et à mes professeurs. Mais au lycée, deux mois après ma rentrée en seconde, mon père est mort dans un accident de voiture. J’avais 15 ans, tout s’est effondré : c’était l’irruption d’une tragédie dans une enfance assez idyllique, un mélodrame car mes parents venaient d’avoir mon petit frère.

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