France

Cyclisme : cinq questions pour la saison 2020

Du retour de Chris Froome à l’avenir de la lutte antidopage, en passant par Alaphilippe ou Bardet, tour d’horizon des interrogations à l’aube d’une saison qui s’est ouverte, mardi, avec le Tour Down Under.

Par Clément Guillou

Temps de Lecture 7 min.

A Adélaïde, où l’on respire ces jours-ci un air plus pur qu’à Paris, le Tour Down Under a lancé, ce mardi 21 janvier, le World Tour, circuit d’élite du cyclisme masculin. C’est l’heure de la découverte des nouveaux noms et maillots d’équipe mais aussi des pronostics aussitôt démentis par la route. Prudemment, contentons-nous de poser quelques questions.

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L’aimable apparition de Christopher Froome au critérium de Saitama, en octobre dernier, n’avait pas suffi à juger de l’état de forme de l’Anglais, cinq mois après sa grave chute sur le Critérium du Dauphiné. KAZUHIRO NOGI / AFP

L’équipe Ineos n’a pas vraiment eu le temps de se remettre des excès des fêtes. Début janvier, la formation britannique vainqueure des cinq derniers Tours de France a dû démentir la rumeur, relayée par la presse italienne, des moments difficiles vécus par son leader Christopher Froome lors d’un stage collectif à Majorque, mi-décembre.

Le Britannique tente, à 34 ans, de revenir d’une chute violente survenue en juin 2019, qui l’avait empêché de prendre le départ du Tour de France. Si « personne ne doit sous-estimer Chris Froome », met en garde son patron Dave Brailsford, le retour à son meilleur niveau reste hypothétique.

Ineos en a donné la meilleure preuve en annonçant, dès janvier, que Egan Bernal et Geraint Thomas, les deux derniers vainqueurs du Tour, prendraient part à l’épreuve. Quant au calendrier de reprise du quadruple vainqueur du Tour, il est encore inconnu.

La confiance placée en Christopher Froome par Dave Brailsford est telle que Ineos a dissuadé Egan Bernal, vainqueur sortant, de s’aligner également sur le Tour d’Italie. De nombreux indices distillés l’automne dernier laissaient à penser que Geraint Thomas devait lui aussi faire du Giro son objectif.

Comme souvent dans sa carrière, celui qui croit le plus en Christopher Froome est Christopher Froome lui-même. Le Britannique, né Kenyan, comme le reste de l’équipe Ineos, se tient à distance des médias en cette période mais, dans un entretien accordé au… service communication de son employeur, il a évoqué sa saison à venir.

« Je suis tout à fait conscient du fait que ces prochains mois vont être… assez difficiles, dit-il. Il n’y a aucune garantie du fait que je serai de retour au niveau nécessaire pour lutter (pour un cinquième maillot jaune) mais je donnerai tout ce que j’ai ».

Dans les quatre minutes d’interview diffusées par Ineos, il ne mentionne pas une fois Egan Bernal ni Geraint Thomas. Pour l’heure, malgré sa situation précaire, Froome ne semble pas envisager de prendre le départ, le 27 juin à Nice, dans la peau d’un coéquipier.

Lors d’un entretien à France Télévisions en octobre 2019, il avait affirmé qu’Egan Bernal s’était engagé à se mettre à son service dans sa conquête d’une cinquième couronne. Erreur d’interprétation, avait répondu le Colombien dans les colonnes du Monde.

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S’ils n’ont plus l’âge de connaître une crise de croissance, les jeunes prodiges qui ont émergé en 2019 vont découvrir un autre concept : la saison de la confirmation, qui n’est jamais la plus simple. Sans prendre de risque, on peut avancer que certains feront un pas en avant et d’autres deux pas en arrière : les oubliettes de cyclisme sont remplies de prodiges inachevés.

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Mathieu Van der Poel - toujours hors d’atteinte en cyclo-cross -, Wout Van Aert, Kasper Asgreen, Tadej Pogacar et Remco Evenepoel font partie des coureurs dont on scrutera la constance des résultats, et qui ne bénéficieront plus de l’effet de surprise après avoir croqué des victoires un peu partout dans le calendrier 2019.

Mads Pedersen, 24 ans, aura la tâche encore plus dure : son maillot arc-en-ciel de champion du monde fera de lui une cible. Le Danois - dont la victoire dans le Yorkshire fut l’un des très rares bons moments l’an passé - visera une victoire majeure dans les classiques flandriennes, de même que Van der Poel et Van Aert.

Tous sont restés dans leur équipe respective et les voir lever les bras sur un Monument ne relèverait pas de la surprise. Après le printemps, Van der Poel s’attellera à remporter le titre olympique en VTT - cela laissera un peu de répit aux autres.

Kasper Asgreen et Remco Evenepoel avaient fini aux deux premières places du championnat d’Europe contre-la-montre, en 2019. VINCENT JANNINK / AFP

Les objectifs de Tadej Pogacar et Remco Evenepoel semblent plus hypothétiques, le premier se frottant malgré son jeune âge au Tour de France, le second érigeant les Jeux olympiques en priorité - il découvrira aussi le Tour d’Italie.

Le Belge, avec sa fin de saison irréelle, a acquis un statut chez Deceuninck-Quick Step et dans le cyclisme mondial qu’il lui faudra digérer. Cela n’inquiète pas celui qu’une partie de la presse, jamais effrayée par les comparaisons hâtives, a entrepris de surnommer « le petit cannibale ».

Un voyage en Italie pour soigner son vague à l’âme : Romain Bardet, en panne de résultats et mentalement à bout de forces en 2019, oublie le Tour de France pour 2020 et cherchera à retrouver le podium d’un grand tour sur le Giro, dont les scénarios incertains et l’enchaînement de grandes étapes de montagne lui conviendront mieux. Il l’espère.

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S’il parvient à se relancer, il fera un excellent candidat aux titres olympique et mondial, sur des parcours difficiles. En faisant l’impasse sur le Tour de France pour garder de la fraîcheur, Bardet, pour peu qu’il ait donné des gages au sélectionneur Thomas Voeckler, peut aussi se présenter en leader d’une équipe de France réduite - cinq coureurs - à Tokyo, sur un parcours qui plaît beaucoup à Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe.

Julian Alaphilippe pourrait faire un nouveau passage en jaune lors du Tour de France 2020, au cours d’une première semaine adaptée à ses qualités. REGIS DUVIGNAU / REUTERS

L’idole des foules de juillet dernier, quant à lui, reste fidèle à sa ligne de conduite : le Tour de France n’est pas pour lui, pas pour l’instant, ce malgré un parcours mouvementé, riche en moyenne montagne qu’il aurait pu dessiner lui-même.

Comment être égal à une saison réussie, qui a fait de lui le numéro un mondial, élu « Vélo d’or » et sportif de l’année en France par le journal L’Equipe ? En insistant sur ses points de certitude, a répondu Alaphilippe, qui chassera des bouquets sur Paris-Nice, les classiques ardennaises et aux Jeux olympiques ; et en s’ouvrant de nouvelles perspectives sur les monts pavés du Tour des Flandres.

Rien de tout cela ne semble inaccessible au leader de l’équipe Deceuninck-Quick Step qui, après avoir humé l’air vivifiant de l’Amérique du Sud en février, ne quittera plus les routes belges et françaises jusqu’aux JO (l’Amstel Gold Race fera exception le 19 avril).

Thibaut Pinot au moment de son abandon du Tour de France, le 26 juillet 2019. MARCO BERTORELLO / AFP

Il ne sait toujours pas, six mois après, quel mal l’a saisi à une cuisse et a emporté ses rêves de maillot jaune le 25 juillet 2019, 24 heures avant son abandon du Tour de France. Ce qu’il croit savoir, en revanche, c’est qu’il se remettra de cette deuxième claque en deux ans, un an après avoir dû céder, en raison d’une pneumonie, la troisième place du Tour d’Italie lors de la dernière étape de montagne.

Bien sûr, Thibaut Pinot n’a pas trop d’autre choix que de tenir ce discours - « Je pense que je m’en remettrai comme je me suis toujours remis de mes déceptions sportives » -, ou alors il lui faudrait revenir à ses animaux et laisser le vélo au clou.

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Physiquement et dans la gestion de ses efforts, le Français de 29 ans a franchi un cap la saison passée - tout comme il a bénéficié, sans doute, d’un Tour relativement ouvert. Mais ce n’est que dans la dernière semaine du Tour de France, son objectif suprême cette année, que l’on saura s’il s’est vraiment remis de cette désillusion.

Il lui faudra pour cela retrouver l’état d’esprit de l’an passé, lorsqu’il lui semblait qu’il était « prêt à gagner une course de vélo, tout simplement, sans (se) rendre compte qu’on parlait du Tour de France ». Pas simple, alors que le contre-la-montre décisif se jouera sur ses routes d’entraînement, en passant par Mélisey ; un cadeau d’ASO qui peut se révéler empoisonné.

A deux ans de la fin de son mandat - qu’il aimerait prolonger en 2021 -, le président de l’Union cycliste internationale (UCI) David Lappartient allume des mèches un peu partout. Mais son volontarisme irrite ceux qui y voient une dérive autoritaire et dénoncent ses réformes comme autant de passages en force.

En germe depuis longtemps, la réforme du World Tour a accouché d’une souris et sa tentative de regrouper les courses d’un jour au sein des « UCI Classics Series » s’est heurtée au refus des familles du cyclisme.

La guerre est ouverte entre David Lappartient et l’AIGCP, le groupement des équipes, noyauté par les Néerlandais Iwan Spekenbrink (Sunweb) et Richard Plugge (Jumbo-Visma), qui se chamaillent à coups de lettres ouvertes.

David Lappartient, qui semble avoir le soutien de son comité directeur, osera-t-il imposer à marche forcée les réformes tant de forme - calendrier, mode de participation des équipes, classements - que de fond - nouvelle réduction du nombre de coureurs et suppression des oreillettes - auxquelles il aspire ?

Il lui sera plus aisé de fermer, comme il semble en avoir l’intention, la Fondation antidopage du cyclisme (CADF) pour confier la gestion des contrôles à l’Agence indépendance de contrôle (ITA). Une décision est attendue en février.

Ce virage stratégique interroge alors que les performances de la saison passée et les révélations de l’enquête sur le réseau de dopage « Aderlass » ont incité les équipes rassemblées au sein du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible) à donner l’alerte, en réclamant des contrôles accrus.

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Principaux transferts

Tom Dumoulin (P-B) de Sunweb à Jumbo-Visma

Mikel Landa (Esp) de Movistar à Bahreïn-Merida

Enric Mas (Esp) de Deceuninck-Quick Step à Movistar

Matteo Trentin (Ita) de Mitchelton-Scott à CCC

Sam Bennett (Irl) de Bora-Hansgrohe à Deceuninck-Quick Step

Philippe Gilbert (Bel) de Deceuninck-Quick Step à Lotto-Soudal

Richard Carapaz (Equ) de Movistar à Ineos

Vincenzo Nibali (Ita) de Bahreïn-Merida à Trek-Segafredo

Daniel Martin (Irl) de UAE à Israël Start-up Nation

Wout Poels (P-B) de Ineos à Bahreïn-Merida

Rohan Dennis (Aus) de Bahreïn-Merida à Ineos

Chez les équipes françaises :

Nairo Quintana (Col) de Movistar à Arkea-Samsic

Nacer Bouhanni (Fra) de Cofidis à Arkea-Samsic

Elia Viviani (Ita) de Deceuninck-Quick Step à Cofidis

Guillaume Martin (Fra) de Wanty-Gobert à Cofidis

Jens Debusschere (Bel) de Katusha à Vital Concept - B & B Hôtels

Les questions auxquelles on n’a - vraiment - pas de réponse

  • Entre les trios d’Arkea-Samsic (Quintana, Barguil, Bouhanni), Ineos (Bernal, Thomas, Froome) et Jumbo-Visma (Roglic, Dumoulin, Kruiswijk), lequel explosera en vol le premier sur le Tour de France ?
  • Le maillot de l’équipe Bahreïn-McLaren est-il une blague qui a mal tourné ?
  • Emmanuel Macron vivra-t-il une étape du Tour de France au sein de l’équipe « Israël Start-up Nation » ?
  • Bjarne Riis, à la tête de l’équipe NTT (ex-Dimension Data), a-t-il dans sa besace de quoi ressusciter les morts ?
  • Après avoir connu des saisons difficiles comme co-sponsor de Giant (2015-2016) puis Katusha (2017-2019), la marque de shampooing anti-chute des cheveux Alpecin va-t-elle réussir à compromettre la saison de l’équipe de Mathieu Van der Poel, dont elle sera le sponsor principal ?
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