Salini Impregilo, le numéro un local, entend reprendre le numéro deux, Astaldi, et d’autres acteurs du secteur pour créer un géant du BTP dans la péninsule.

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Le premier pylône de la nouvelle structure remplaçant le pont Morandi, qui s’est écroulé le 14 août 2018 à Gênes (nord-ouest de l’Italie), faisant 43 morts. ALBERTO PIZZOLI / AFP

C’est un anniversaire tragique. Mercredi 14 août s’est tenu à Gênes un hommage à la mémoire des quarante-trois victimes de l’écroulement du pont autoroutier Morandi de la capitale ligure. Outre l’émotion des familles et de toute une ville, cette catastrophe a surtout démontré le piètre état de certaines infrastructures transalpines – mais aussi françaises –, faute d’une maintenance suffisante.

Cependant, en Italie, « cette catastrophe a été un véritable signal d’alarme, non seulement sur l’état des infrastructures, mais également sur l’état de notre secteur », assure-t-on au sein de Salini Impregilo, le numéro un du BTP local. C’est ce dernier qui a été désigné, avec Fincantieri, spécialiste de la construction métallique, pour édifier le nouveau pont.

Selon l’ANCE, principale association des entreprises de construction italiennes, 600 chantiers publics sont aujourd’hui à l’arrêt dans le pays

En dehors du groupe familial, qui réalise près de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, dont plus de 90 % à l’étranger, les groupes transalpins sont aujourd’hui en grande difficulté. Le numéro deux local, Astaldi, est en cessation de paiement, tandis que les suivants (Condotte, Trevi, etc.) se trouvent tous en mauvaise posture. Depuis la crise financière de 2007-2008, pas moins de 120 000 PME ont mis la clé sous la porte du fait d’une réduction de moitié des investissements dans les infrastructures.

Selon l’ANCE, principale association des entreprises de construction italiennes, 600 chantiers publics sont aujourd’hui à l’arrêt dans la péninsule, ce qui représente 36 milliards d’euros de chiffres d’affaires de manque à gagner pour toute l’industrie.

Celle-ci a été fortement touchée par de nouvelles règles anticorruption mises en place après 2015 et les scandales liés à l’Exposition universelle de Milan. La multiplication des contrôles par l’administration ralentit les travaux. D’après l’ANCE, le temps d’achèvement moyen d’un chantier de plus de 100 millions d’euros en Italie est aujourd’hui de quinze ans…

Sauver de 300 000 à 400 000 emplois

Afin de relancer le secteur, le gouvernement a publié en juin un décret « Déblocage des chantiers », qui assouplit les conditions des appels d’offres pour les projets publics. Mais cela n’a pour l’instant pas encore été suivi d’effets. Et pour cause : les deux alliés gouvernementaux – la Ligue (extrême droite) de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles (M5S, « antisystème ») de Luigi Di Maio – ont des vues divergentes sur la question des infrastructures.