France

« Des sourires et des hommes », de Marie-Françoise Salès : souriez ! Vous êtes humains !

Un essai novateur trace les contours philosophiques du sourire, cette expression du visage universelle et singulière.

Par Roger-Pol Droit

Temps de Lecture 3 min.

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[Le Forum philo Le Monde Le Mans, prévu les 8 et 9 novembre sur le thème « Etre humain? », est reporté en raison du confinement.]

« Des sourires et des hommes. Une approche philosophique », de Marie-Françoise Salès, Bayard, « Philosophie », 360 p., 19,90 €.

Il est partout. Présent dans chaque existence humaine, connu de toutes les cultures, le sourire est désormais capté, peint, photographié, filmé… à l’infini. Pourtant, simultanément, il semble bien n’être nulle part. Les philosophes n’en disent presque rien, sauf par bribes, ici ou là. La métaphysique, l’esthétique ou la spiritualité du sourire demeurent encore, après quelques millénaires de présences innombrables, des continents largement inexplorés. Pourquoi ? Et comment commencer à combler cette lacune aussi étrange qu’immense ?

Telles sont, très résumées, les questions de départ de Marie-Françoise Salès, professeure de philosophie, pour son travail de thèse. Le résultat, publié sous le titre Des sourires et des hommes, est un livre original, novateur en son genre, qui a en outre le mérite, plus qu’appréciable, d’être rédigé dans une langue constamment fluide et accessible à tous.

Surprises de la recherche

Au départ de ce périple, un souvenir concernant la jeunesse du père de l’autrice, autrefois puni, au lycée, pour ce motif disciplinaire énigmatique : « Sourire qui ne me plaît pas. » Un sourire pourrait-il donc – au lieu de rapprocher, de séduire, de pacifier – se révéler déplaisant, voire rebelle ? Quel retrait, quelle réserve, quelle distance s’instaurent et se creusent ainsi, en silence ?

Voilà enclenchée la recherche. Elle réserve, chemin faisant, des surprises. D’abord la découverte de l’extrême difficulté d’une claire délimitation du sourire. Longtemps, on ne l’a pas même discerné. Rire et sourire se trouvaient confondus, nommés par les mêmes vocables, apparemment indistincts. Le sourire fut ensuite, à l’époque moderne, conçu comme un « sous-rire », un rire qui n’aurait pas encore éclaté, ou se serait arrêté en chemin. Autrement dit, ce qui est spécifique au sourire, dans la diversité de ses registres, est globalement demeuré dans l’ombre.

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Marie-Françoise Salès est donc partie en quête de tout ce qu’il est possible de saisir dans ce que le sourire révèle – de l’humain, de l’entre-nous, du lien corps-esprit, de la pensée elle-même. Elle a traqué, avec tact et bonheur, les multiples dimensions de cette transfiguration du visage, muette et parlante, universelle et chaque fois singulière. Emotif ou conventionnel, libre ou contraint, sincère ou mécanique, lèvres closes ou dents visibles, le sourire a quantité de formes et de fonctions, selon les époques, les cultures, les circonstances. S’il n’y a pas de propre du sourire – dans la mesure où il est sans paroles, éphémère, indéfectiblement énigmatique –, il constitue pourtant, à sa manière, un propre de l’homme, dans la diversité sans fin de ses manifestations.

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