Cofondateur de l’Agence Vu, ancien rédacteur en chef chargé de la photographie au journal « Libération », créateur du festival photographique de Phnom Penh, ce grand monsieur de l’image est le commissaire de la nouvelle expo dédiée à Elina Brotherus, inaugurée ce mardi 22 septembre à la Filature.

Dans les allées de la galerie de la Filature , Christian Caujolle promène son regard sur les murs, visiblement heureux du résultat. Il commente la beauté et la perfection de certaines photographies d’ Elina Brotherus , le caractère facétieux des séries et, souvent chez l’artiste d’origine finlandaise, l’obsession de la couleur et de la composition, des références à l’art ou simplement, le parti pris de l’absurde qui témoigne d’une grande liberté.

La première fois qu’il a croisé la photographe, c’était à Paris à la fin des années quatre-vingt-dix. « Elle venait d’obtenir son diplôme à l’École supérieure d’art de Helsinki et de débarquer à Paris. Pour apprendre plus rapidement le français, elle collait partout des petits post-it sur les objets avec leur nom… Elle a beaucoup joué avec ça dans ses images. » Christian Caujolle est un découvreur de talents et Elina Brotherus fait partie des nombreux artistes qu’il a fait connaître dans les différents lieux où on lui confie des commissariats d’exposition.

Les « Unes » de Paris Match

Son premier contact avec la photographie remonte à l’enfance. « Je suis originaire d’un petit hameau dans les Pyrénées. Chaque mois d’août, un couple proche de ma famille débarquait de la région parisienne et, dans leurs bagages, apportait la collection complète des Paris Match de l’année écoulée… » Le petit Christian né en 1953 se fascine pour les « Unes » en papier glacé, découpe, conserve… Notamment tout ce qui a trait à la guerre d’Algérie : « Mon père, militaire de carrière, y est resté six ans. J’ai gardé une couverture de Depardon, je ne pouvais pas savoir qui il était… » Les deux hommes ont onze de différence, Depardon commence à photographier la guerre d’Algérie en 1960 , il a 18 ans… Christian Caujolle découvre des clichés traduisant la violence de la société à un très jeune âge. « Une image m’a probablement traumatisé, c’est celle d’un moine qui s’immole par le feu à Saïgon. »

Normale Sup

Pourtant, il ne choisit pas la photographie d’emblée. « J’étudiais la littérature, la philosophie, la sociologie à Toulouse, et c’est un professeur qui me demande de faire un travail sur Jean Dieuzaide , qui était le grand photographe de Toulouse. Il a ouvert la première galerie dédiée à la photographie à Toulouse, la galerie du Château d’eau, il a été membre fondateur des Rencontres d’Arles… » C’est sa porte d’entrée. « Je ne comprenais rien à l’image, au noir et blanc… C’est dans cette galerie que j’ai été vraiment initié. »

Christian Caujolle poursuit ses études à Paris, élève de la prestigieuse « Normale sup », École normale supérieure où il côtoie Michel Foucault, Roland Barthes, Pierre Bourdieu… À la fin des années soixante-dix, parallèlement à son métier d’enseignant-chercheur, il propose ses services au journal Libération. « J’écrivais bénévolement sur différents sujets culturels et sur les rares expositions photographiques. »

Rédacteur en chef de « Libé »

En 1981, Libération change de forme. « J’ai participé à l’élaboration de la nouvelle version, avec une politique de la photographie plus développée. En 1986, j’ai créé dans le cadre de Libération toujours l’ Agence Vu , qui existe toujours… » De 1981 à 1986, il est rédacteur en chef chargé de la photographie.

Et En 1997, il est directeur artistique des Rencontres d’Arles. En 1998, il prend la direction artistique de la Galerie photographie d’Arles. À partir des années 2000, il multiplie les commissariats d’exposition dans des endroits parmi les plus prestigieux en Europe et dans le monde.

Initiateur du festival photo de Phnom Penh

« C’est lors d’un voyage à Bangkok, en 1989, que j’ai découvert l’Asie. J’ai franchi la frontière birmane, j’ai adoré les temples et les forêts… J’étais troublé par cette culture dont j’ignorais tout. » Christian Caujolle n’aura de cesse de retourner en Birmanie et rêve de se rendre sur le site d’Angkor au Cambodge. Mais dix ans après la chute du régime khmer, la région est encore inaccessible. « J’y suis allé quand même en 1996. Il y avait des traces de balles et des Khmers rouges, mais des archéologues français m’ont pris sous leur aile et ça s’est bien passé… »

C’est en 2008 qu’un nouveau directeur très dynamique du Centre culturel français de Phnom Penh lui demande de créer un festival photo dans la capitale cambodgienne. Pour cette édition 2020, un peu réduite en raison de la crise sanitaire, il a prévu d’afficher à l’arrière d’une centaine de « tuk-tuks », les pousse-pousse motorisés de la capitale, des photographies d’artistes français et asiatiques. « Ce festival est très présent dans l’espace public »

Le souci de l’accessibilité

« J’ai toujours été un acteur étrange de ce monde de la photographie. J’ai écrit sur la photo, j’ai produit des images pour le journal, j’ai organisé des expositions… Mais je n’aime pas trop les étiquettes. Au fond, le fil conducteur de tout ça, c’est la formation, la transmission. C’était déjà le cas quand j’enseignais à la Sorbonne. Il y a une chose à laquelle je suis toujours extrêmement attentif quand je prépare une expo, j’essaie de faire en sorte que ce soit intelligible, qu’on puisse trouver ses repères. Je ne suis pas dans une démarche didactique, mais ma fonction est de rendre accessible et compréhensible le travail des artistes, je suis juste un intermédiaire, un passeur… J’aime l’idée de partage, la dimension éducative des choses. »

Y ALLER Vernissage de l’exposition d’Elina Brotherus « This is the first day of the rest of your life », en présence de Christian Caujolle, mardi 22 septembre à 19 h à la Galerie de la Filature.