France

Dominique Avon : « La commune humanité »

Dans une contribution au « Monde des livres », l’historien évoque ce que nous apprend l’examen à travers les âges des tombes et de l’identité donnée à la naissance.

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[Le Forum philo Le Monde Le Mans, prévu les 8 et 9 novembre sur le thème « Etre humain? », est reporté en raison du confinement.]

Contribution. Dans les sociétés du bas Moyen Age organisées autour de l’espace méditerranéen, chrétiens, musulmans et juifs enterrent leurs défunts dans des lieux nettement séparés. Les païens ont disparu de cet horizon, sauf à l’est ; il n’y a plus de chrétiens en Afrique du Nord ; les juifs, qui nulle part n’exercent d’autorité, sont chassés avec violence de plusieurs royaumes chrétiens. Le sol dans lequel sont ensevelis les corps est sacralisé par et pour une communauté donnée, il ne doit pas être souillé par la proximité d’un cadavre réprouvé pour indignité. La règle est sanctionnée par des arguments juridico-religieux.

En contexte majoritairement chrétien, ce cadre structurant est entaillé par la Réforme, au XVIe siècle. Lors de la Révolution française, les cimetières deviennent des lieux d’inhumation civile pendant une décennie, avant de voir réapparaître des divisions religieuses. Les lois de 1881 et 1884 supprimeront toute distinction à raison des croyances du défunt. Cette neutralisation est partiellement remise en question à partir des années 1970.

Dans la Bible et le Coran

L’examen de la tombe à travers les âges est instructif pour saisir des choix anthropologiques assumés par des acteurs religieux et politiques. Celui de l’identité donnée à la naissance l’est tout autant. Le terme d’« être humain » est présent dans la Bible et le Coran : âdam (hébreu), anthropos (grec), homo (latin), bârnushû (syriaque), bashar ou insân (arabe). Non seulement juifs, chrétiens et musulmans disposent de l’outillage linguistique pour exprimer une éventuelle commune humanité, mais rabbins, clercs et oulémas écrivent que le genre humain tire ses origines d’un être unique. Trois traits remettent cependant en question cette perspective. Les hommes se dotent de plus de droits que les femmes. Chaque communauté revendique des privilèges, une inégalité assumée qui peut aller jusqu’au renvoi de groupes humains à un état inférieur d’humanité. L’enfant reçoit une assignation religieuse dès la naissance et de manière considérée comme définitive dans le judaïsme et l’islam, ou peu après la naissance dans le christianisme.

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En plaçant un homme non déterminé au centre de leurs préconceptions, des juristes et des philosophes européens du XVIIIe siècle le dotent de droits, notamment celui de liberté de conscience – la possibilité individuelle de se situer ou de ne pas se situer dans une religion donnée. Mais d’autres distinctions, genrées, sociales, nationales, civilisationnelles ou « raciales », sont aussi théorisées, et elles servent de justification à de nouvelles politiques de domination et de persécution. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, soucieux d’éviter une nouvelle tragédie, des hommes et des femmes de tous horizons s’emploient à réhabiliter une prémisse au cœur de la modernité : ce qui est commun aux êtres humains doit primer sur ce qui les distingue. La Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) est une expression d’un moment bref et unique de large consensus, sérieusement ébranlé depuis.

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