Antoine, 26 ans, est animateur scolaire en maternelle. Entre les questions de religions, de viandes à la cantine, de violences entre gamins... la cour de récréation n'est pas de tout repos. Mais ce n'est pas pour déplaire à Antoine.

Quand on parle des problèmes de l’école, on fait surtout allusion à ceux des profs. Mais il y a d’autres professions tout aussi importantes, et elles aussi sont en première ligne. C’est le cas des animateurs scolaires.

Antoine est l’un d’eux. Il s’occupe des enfants de maternelle durant l’heure de déjeuner et du goûter. N’allez surtout pas lui dire qu’il s’agit de faire de la garderie ! Bien sûr, Antoine doit affronter pas mal de problèmes : « Il y a régulièrement des collègues absents qui ne sont pas remplacés », mais il tient à rester positif : « En faisant des jeux, on peut choisir de mettre l’accent sur certaines valeurs, comme l’écologie en abordant la faune et la flore du monde, ou même des sujets plus économiques et sociaux comme l’Union européenne  ».

Dans le lot, il y a forcément des thèmes conflictuels. Mais avec les enfants, on s’arrange toujours. Par exemple, Antoine s’efforce de tuer dans l’œuf tout embryon de comportement raciste : « il peut arriver qu’un enfant en désigne un autre en l’appelant « le noir ». Il ne pense pas mal, mais on lui dit de pas appeler un enfant comme ça ».

Viandes et religions au menu de la cantine

En fait, ce n’est pas avec les gosses, mais surtout avec les parents que ça coince. Notamment, dès qu’on touche à la religion. Et Antoine est bien placé pour le savoir. « Personnellement je ne suis pas croyant, mais il y a une charte et un devoir de réserve qui nous empêchent d’afficher une opinion sur ces sujets-là. Alors je réponds à l’enfant que je ne sais pas, et je lui conseille d’en parler avec ses parents ».

Question alimentation, les débats ne se limitent pas à la consommation de porc. Pour être sûrs que leur progéniture n’ingère aucun produit non-halal, des parents refusent systématiquement toute viande à la cantine. Une situation délicate à gérer pour Antoine : « L’enfant ne sait pas pourquoi, mais il nous dit que ses parents lui ont interdit de manger de la viande. Dans ce cas, j’essaie de trouver un compromis plutôt que de rester sur des positions figées qui ne mèneraient qu’au conflit. J’incite l’enfant à manger de la viande, et en général il le fait, mais il n’est jamais forcé. Si les parents sont vraiment très insistants, mais c’est rarissime, on ne lui servira pas de viande ».

Et qui dit enfant, dit violences potentielles. Mais ce n’est pas ça qui va désarmer Antoine, bien au contraire : « On a eu le cas d’un enfant de maternelle qui était violent et hermétique, même si on le changeait de groupe. Sa maman le défendait systématiquement et venait se plaindre si on le punissait. Mais finalement, il a fini par faire des progrès : c’est le genre de récompense qui fait le plaisir du métier ».

Pour Antoine, l’étape suivante sera d’intégrer une formation d’éducateur spécialisé. D’autres problèmes en perspective, certes, mais également d’autres sources de gratification. C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.