France

En Bulgarie, la colère gronde contre « l’État mafieux »

Tant pis pour l’état d’urgence épidémique. Depuis un mois les Bulgares manifestent leur colère dans les rues de Sofia et des principales villes du pays. Au cri de « les mafieux dehors », ils réclament la démission du gouvernement de Boïko Borissov et celle du procureur général Ivan Guechev. La diaspora est également venue leur prêter main-forte dans plusieurs capitales européennes.

« L’ampleur de la contestation est sans précédent », relève le politologue Antony Todorov. « Le seuil de tolérance face à la corruption flagrante dans le pays a implosé, explique-t-il. Pour la première fois des franges très diverses de la société, des jeunes, des vieux, des centristes, des nationalistes, des personnes de gauche comme de droite, manifestent ensemble. Tous les jours ils envahissent les rues, des carrefours de Sofia sont durablement bloqués avec des tentes installées ».

Deux événements, survenus coup sur coup début juillet, ont servi de détonateur à la colère. Tout d’abord l’expulsion par des gardes armés de l’ancien ministre de la justice et chef du parti anticorruption « Bulgarie démocratique » Hristo Ivanov, qui avait débarqué sur une plage publique près de la résidence d’été du leader du parti de la minorité turque MDL, Ahmed Dogan. Médiatisé, l’événement illustrait l’accaparement du pays par des politiciens et oligarques.

Un geste de vengeance contre le président

Le 9 juillet au matin, les bureaux de conseillers du président Roumen Radev au sein de la présidence de la République étaient perquisitionnés pour soupçon de trafic d’influence sur ordre du procureur général Ivan Guechev. « Cela a été compris comme un geste de vengeance du procureur à l’encontre du président qui avait pris fait et cause pour Hristo Ivanov », rapporte Antony Todorov. Selon lui, il semble bien que le procureur général mène campagne contre le président. Ce dernier avait d’ailleurs saisi quelques mois auparavant la cour constitutionnelle pour savoir dans quelle mesure il était possible d’inculper un président en exercice. Seulement en cas de haute trahison a répondu la cour le 30 juillet.

Cette perquisition fut la goute d’eau après une succession de scandales dans ce pays considéré comme le plus pauvre et le plus corrompu de l’Union européenne.

L’« élection » en novembre dernier du procureur général – seul candidat en lice par la volonté du gouvernement – avait déjà donné lieu à des manifestations contre ce magistrat considéré comme lié à l’oligarchie et prompt à servir les intérêts du pouvoir. Le président Roumen Radev avait alors opposé son véto avant d’être contraint de signer son décret de nomination. L’ancien commandant en chef de l’armée de l’air, candidat indépendant soutenu par les socialistes, a été élu président fin 2016. « Il n’a pas de passé politique et ne semble pas impliqué dans des affaires de corruption », estime Antony Todorov. En revanche le parquet général s’est historiquement illustré par son inertie dans la lutte contre la corruption.

L’énorme scandale dit de « l’apartmentgate », ou l’acquisition d’appartements de luxe à très bas prix, qui avait éclaboussé début 2019 le parti de centre droit Gerb de Boïko Borissov, n’a finalement donné lieu à aucune poursuite. Au coeur du scandale, l’ex-bras droit du chef du gouvernement et puissant numéro deux du Gerb, Tsvetan Tsvetanov, avait certes démissionné, mais il n’a finalement pas été inquiété. « Il se relance en politique en fondant son propre parti qui annonce peut-être une scission du Gerb », envisage Antony Todorov.

Une liasse de billets de 500 €

Quant au premier ministre, la presse a publié au printemps des photos de son domicile et des enregistrements fournis vraisemblablement par son entourage le plus proche. Sur l’une des photos de sa chambre, une liasse de billets de 500 € et des petits lingots d’or sont posés sur sa table de chevet. À couteaux tirés avec le chef de gouvernement, le président se fait fort de préciser que sa table de chevet à lui « est vide ». Boïko Borissov a fortement démenti et dénoncé un montage photo.

Reste que cet empilement d’affaires a fortement écorné la renommée du chef de gouvernement et de son parti qui préside aux destinées du pays de manière quasi continue depuis dix ans. S’opposant fermement à toute démission de son gouvernement de coalition avec les ultranationalistes Patriotes unis, Boïko Borissov a limogé trois ministres – intérieur, finances et économie – et procédé à un remaniement ministériel le 23 juillet. Avec pour objectif de durer jusqu’aux élections législatives prévues en mars 2021.

L’augmentation de près de 30 % de la rémunération des agents de la fonction publique territoriale, décidée début août au nom de la pandémie, rentre pleinement, selon le politologue, dans sa stratégie de survie politique. Mais cela n’a, pour l’heure, aucunement apaisé la rue.

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