Un scrutin qui ne semble pas en mesure de mettre fin à l’instabilité politique. Les Espagnols ont voté dimanche pour les quatrièmes législatives en quatre ans dans un climat alourdi par la crise catalane et la montée de l’extrême droite.

Pas de majorité claire selon les derniers sondages

Réalisés durant plusieurs jours avant le scrutin, mais diffusés à la fermeture des bureaux de vote à 19h GMT (20h, heure de Paris), d’ultimes sondages prédisaient une victoire du chef du gouvernement socialiste sortant Pedro Sanchez avec en moyenne près de 120 députés contre 123 à l’issue du dernier scrutin, en avril.

Vox, le parti d’extrême droite entré au parlement en avril avec 24 sièges, deviendrait la troisième force avec environ 50 sièges tandis que les conservateurs du Parti Populaire (PP) se seraient remis du pire résultat de leur histoire (66 sièges en avril) et compteraient un peu moins de 90 sièges. Selon ces enquêtes, ni un bloc de gauche (PSOE, gauche radicale de Podemos et sa liste dissidente Mas Pais) ni une alliance des droites (PP, VOX et les libéraux de Ciudadanos) n’atteindraient la majorité absolue de 176 sièges sur 350.

Blocage politique

Des résultats significatifs sont attendus vers 21h GMT, soit 22h, heure de Paris. A 18h, la participation était en baisse de près de quatre points à 56,86 %. Six mois après les dernières élections, Pedro Sanchez avait demandé aux 37 millions d’électeurs de lui donner une majorité claire pour mettre fin au blocage politique qui mine la quatrième économie de la zone euro depuis 2015.

Quel scénario ?

Mais si les résultats sont fidèles aux sondages, il devra se contenter au mieux d’un fragile gouvernement minoritaire obligé de négocier des appuis au cas par cas au Parlement.

Pedro Sanchez ne cache pas qu’il préfère gouverner seul en minorité plutôt que de tenter de s’entendre avec Podemos, avec qui ses négociations ont échoué après le scrutin d’avril, car leurs divergences sont trop grandes sur le dossier catalan.

La solution devra donc passer par une abstention des conservateurs du PP qui ont exclu de le faire jusqu’ici même si la plupart des analystes s’attendent à ce qu’ils finissent par le faire, pour éviter la colère des électeurs.

Pour José Ignacio Torreblanca, du European Council on Foreign Relations, Sanchez projette d’obtenir « l’abstention de tous à la dernière minute, au risque de nous pousser au bord de l’infarctus ».

Vox a surfé sur la crise catalane

Quelques semaines après les manifestations ayant dégénéré en violences suite à la condamnation mi-octobre de neuf dirigeants indépendantistes à de longues peines de prison pour la tentative de sécession de 2017, la Catalogne a dominé la campagne.

Et Vox, dont le chef Santiago Abascal prône l’interdiction des partis séparatistes, la suspension de l’autonomie de la Catalogne et l’arrestation de son président indépendantiste Quim Torra, en a été le bénéficiaire.

« J’ai toujours voté PP mais vu la situation, je crois qu’il faut employer la manière forte » avec la Catalogne et l’immigration, autre thème central de la campagne de Vox, disait une sympathisante, Ana Escobedo.

« Tenir tête au franquisme »

Pedro Sanchez a tenté de mobiliser l’électorat de gauche contre la montée de Vox, qu’il présente comme un retour du franquisme, en dénonçant la droite qui n’a pas hésité à s’allier avec ce parti pour prendre le contrôle de l’Andalousie, la région plus peuplée d’Espagne, de la région de Madrid, la plus riche, et de la mairie de la capitale.

« L’Espagne a besoin d’un gouvernement progressiste, pour tenir tête au franquisme, aux extrémistes et aux radicaux », a-t-il répété sans relâche. Dans un quartier de Madrid, où Vox a instrumentalisé le malaise d’une partie de la population vis-à-vis d’un centre accueillant de jeunes migrants, David Barcelo, ingénieur de 25 ans, dénonçait le fait que « Vox dit juste ce que les gens ont envie d’entendre, en utilisant des données fausses ».