France

Etienne Balibar : « Notre espèce humaine »

Dans une contribution au « Monde des livres », le philosophe s’interroge sur la notion d’« espèce », si centrale à l’heure de la pandémie de Covid-19.

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[Le Forum philo Le Monde Le Mans, prévu les 8 et 9 novembre, est reporté en raison du confinement.]

Contribution. La question du Forum philo, cette année, c’est tout simplement : « Etre humain ? » Autrement dit, elle porte sur « ce que nous sommes », chacun pour son compte et tous ensemble : les uns pour les autres, les uns avec les autres. Derrière ces formules banales, chacun sait que se cache un problème : qui est ce « nous », que voulons-nous dire quand nous disons « nous », et au nom de qui ou de quoi parlons-nous ? Viennent alors à l’esprit des notions comme celle d’humanité, de genre humain, celle de population, celle d’espèce, selon le point de vue où l’on se place pour collectiviser ceux que nous percevons comme semblables.

Parmi toutes ces notions, je vais privilégier celle d’espèce, qui me semble cristalliser aujourd’hui des interrogations fondamentales. Je voudrais réfléchir sur son sens, ses usages, sa « généalogie » : car c’est ici précisément qu’un philosophe, en ayant recours à tous les savoirs disponibles, peut essayer d’instruire un problème. Elle est d’actualité, dans la mesure où la pandémie de Covid-19, dont nous faisons l’expérience difficile, sans fin prévisible, lui confère une fonction stratégique, au croisement de la biologie, de la médecine et de l’anthropologie. Elle rassemble des questions qui sont aussi vieilles que la métaphysique et l’histoire naturelle en Occident, portant sur ce qui singularise (ou non) l’humanité en tant qu’espèce vivante, et sur ce que nous entendons par « espèce ». Quel genre d’unité, quelle marge de variation, quelles perspectives d’évolution ou de transformation désigne-t-elle ?

Une interdépendance matérielle, d’une intensité et d’une universalité sans précédent

Allant au plus pressé, je formulerai trois hypothèses. La première concerne la question de l’unité. Sous nos yeux, en « temps réel », espèce humaine ne désigne plus en effet seulement un type auquel, comme individus, nous serions conformes, voire une « essence » (un « propre de l’homme ») dont nous participerions (y compris sous la forme d’un pool génétique distribué entre nous). Elle renvoie à une interdépendance matérielle, d’une intensité et d’une universalité sans précédent. Ce que, au XIXe siècle, Auguste Comte avait appelé le « Grand Etre » semble se matérialiser devant nous ou plutôt en nous-mêmes. Car le virus saute toutes les frontières et déjoue tous les confinements, faisant de chacun d’entre nous un risque et potentiellement un recours. Contagion, dissémination, immunisation s’enchaînent pour définir un problème de santé publique commun à toute l’espèce que, avec Michel Foucault, on peut appeler biopolitique.

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