France

Expéditive et radicale, la « justice » sur le web veut faire rouler les têtes

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Quand la justice n’est pas au rendez-vous, selon eux, ils vont sur le web régler leurs comptes. Jusqu’en Bretagne, où les cas se multiplient, le phénomène des « justiciers du web » inquiète.

Quand ses deux veaux de race Angus, à 1 000 euros l’unité, ont été volés, en mai dernier, Jean-Louis, agriculteur dans le Morbihan, a bien évidemment porté plainte. Mais ce ne sont pas les gendarmes qui lui ont ramené ses bêtes. « C’est Facebook ! », s’exclame-t-il. Grâce à un « témoignage anonyme ». Les voleurs, eux, n’ont pas été identifiés. « Sinon j’aurais mis leur identité, sans état d’âme », jure l’agriculteur.

Vidéo de « voleurs de patates » dans le Morbihan

Jean-Louis ne croit « plus du tout » en l’action des forces de l’ordre. « Les gendarmes n’ont pas de moyens… », rumine-t-il. Son réflexe, désormais, c’est de passer par les réseaux sociaux. C’est ce qu’il a fait, après avoir surpris en pleine nuit, en août dernier, des « voleurs de patates ». « J’en produis près de 3,5 tonnes par an. Tous les ans, il y a des vols. Là, c’était le troisième en peu de temps. » Une nuit, alors qu’il effectue une ronde sur un chemin de terre jouxtant ses cultures, où près de 300 kg se sont envolés, il tombe sur un break qui réussit à prendre la fuite. Jean-Louis ne porte pas plainte. Mais la scène, filmée, atterrit sur sa page Facebook. « Pour les veaux, j’avais eu des milliers de vues et des centaines de partages, assure-t-il. Les animaux, c’est toujours sensible… Pour les patates, je n’ai pas de retour pour l’instant. Mais on a donné le numéro de plaque de la voiture, la marque et le modèle… »

À Dinan : « Si je le croise, je le fume »

Comme Jean-Louis, de plus en plus de simples citoyens ont ce réflexe de préférer les réseaux sociaux aux autorités. Certains s’érigent même en justiciers du web. Comme en juin dernier, quand une vidéo mettant en scène un individu frappant une jeune femme dans un couloir d’immeuble, à Dinan, enflamme le web. Plus de 150 000 vues et une chasse à l’homme lancée sur la Toile. Si l’on en croit les commentaires, l’auteur a fini par être identifié. « J’habite à côté, on passera aussi lui rendre visite avec deux ou trois amis », répond un internaute à un autre, assurant que l’auteur présumé s’est enfui quand « deux frères sont partis le voir ». 

À Saint-Brieuc, le 11 septembre dernier, une jeune femme diffuse plusieurs photos d’un individu qui se serait livré à des attouchements sur elle, dans la rue. Le message est repris des milliers de fois, menaces à la clé (« Si je le croise, je le fume »).

Guillotine 2.0

« Ces signalements sont à double tranchant pour nous, réagit un officier de gendarmerie en poste en Bretagne. Parfois, cela permet à des enquêtes de faire un grand bond en avant. Mais cela peut aussi la ralentir, la polluer, la compliquer, quand les messages sont trop nombreux, ou mobiliser d’énormes moyens pour rien, lorsque le signalement est faux. »

Cette justice expéditive, radicale, version moderne du goudron et des plumes, ou du lynchage, a même ses shérifs, capables de vous trouver en quelques heures un visage, une identité, des adresses… « Nous avons recensé des sites dédiés à la vengeance », rapporte la colonelle Fabienne Lopez, cheffe du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N).

Et quand un nom est livré en pâture sur les réseaux sociaux, vient la curée (notre complément sur le web). Visés, harcelés, menacés, quelques-uns craquent et mettent fin à leurs jours (en France, dans les Ardennes, en octobre 2014, un homme de 24 ans dont la vidéo de torture sur un chat avait été diffusée sur les réseaux sociaux).

« Tueur de chat »

Pour d’autres, c’est la double peine. Ce fut le cas de ce restaurateur de la région d’Angers, condamné en février 2014 à quatre mois de prison avec sursis et 273 euros de dommages et intérêts, pour avoir capturé un chat, qu’il avait ensuite aspergé de soude caustique. L’animal avait dû être euthanasié, après plusieurs jours de souffrances. L’affaire avait soulevé un vent de colère alors que, la veille, à Marseille, un jeune homme avait écopé d’un an de prison ferme pour avoir blessé un chat, après plusieurs jets (filmés) contre un mur. Harcelé, le restaurateur angevin avait été contraint de vendre son affaire (aux deux tiers de sa valeur, selon son avocat), et de s’exiler. Il avait rouvert, quelques mois plus tard, un autre restaurant, 30 kilomètres plus loin. Mais les internautes avaient retrouvé sa trace et inondé les plateformes de référencement de restaurants de commentaires au vitriol, rappelant que le propriétaire était « un tueur de chat ». L’établissement a fini par péricliter, contraignant le commerçant à fermer ses portes, selon un élu joint par Le Télégramme. Dans ce charmant village, le restaurant était situé… place du Pilori.

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