France

Face au vieillissement, préserver la solidarité intergénérationnelle

Les campus ont fermé leurs portes. Parmi les 3 millions d’étudiants que compte la France beaucoup ont perdu leur job. Quant aux jeunes qui sont déjà sur le marché du travail, le chômage les frappe de plein fouet. L’effort demandé à la jeunesse française dans l’urgence sanitaire, notamment pour protéger les plus âgés, est venu réveiller l’idée d’une « guerre des générations ».

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La part des 15-29 ans dans la population est ainsi passée de 24 % en 1975 à 17 % en 2019. Et, dans le même temps, leur situation s’est dégradée alors que celle des seniors s’améliorait. Ainsi, en 2019, le taux de pauvreté chez les 15-29 ans est de 20 %, contre 14 % pour la population et 10 % pour les retraités.

Un système de retraites à bout de souffle ?

Plus globalement, confrontée aux enjeux du vieillissement, la France n’a-t-elle pas fait le choix de sacrifier les nouvelles générations ? Pour Bernard Spitz (1), l’erreur originelle remonte au choix de l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, en 1981, alors que l’espérance de vie était en pleine ascension.

Depuis, la correction de trajectoire a demandé beaucoup d’énergie politique. Et aucun gouvernement n’est parvenu à maîtriser des comptes publics plombés par les prestations sociales dont la moitié est absorbée par les retraites (14 % du PIB). Pour cet ex-conseiller de Michel Rocard, la création de la contribution sociale généralisée (CSG) n’a été qu’un pis-aller pour sauver un système par répartition qui, au regard de la démographie, serait à bout de souffle.

L’importance du lien intergénérationnel

Le poids politique des seniors accrédite l’idée que les grands arbitrages se font systématiquement en leur faveur. Ce sont en effet eux qui votent le plus et, localement, sont aux commandes. Faut-il pour autant être fataliste ? Spécialiste des politiques familiales, Julien Damon ne le pense pas.

« Notre système social repose sur la solidarité intergénérationnelle. Il marche plus ou moins bien mais, comme tous les pays voisins, nous sommes d’abord confrontés à un changement de régime démographique, avec une Europe vieillissante qui connaît peu de croissance. » Les marges de manœuvre sont donc étroites, mais pas nulles.

Le taux de natalité, deux enfants par femme, qui place la France en tête des pays européens témoigne en outre de la priorité donnée dans ce pays aux politiques familiales, qui permettent aux jeunes adultes de concilier vie professionnelle et parentalité.

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« La guerre des générations est une idée abstraite, on ne la voit pas dans le concret des existences », souligne pour sa part l’économiste François-Xavier Albouy, associé au Club Landoy – dont le groupe Bayard, éditeur de La Croix, est à l’initiative –, qui associe experts de la transition démographique et entreprises pour réfléchir à un pacte social générationnel. Une récente enquête menée par l’Ifop pour le Club Landoy montre bien l’importance du lien entre générations, qui perdure même en temps de Covid.

Investir dans l’éducation et la formation

Autre indicateur à prendre en compte : celui de l’investissement dans l’éducation. Analyste à l’OCDE, Éric Charbonnier souligne que la France se situe, avec un taux de 5 % du PIB consacré à l’éducation, légèrement au-dessus de la moyenne des pays développés. Avec des écueils structurels cependant.

Éric Charbonnier résume à grands traits le diagnostic posé depuis des années mais que les gouvernements ne parviennent à corriger qu’à la marge : une dépense trop faible pour la petite enfance : – 8 % par rapport à la moyenne de l’OCDE pour l’enseignement élémentaire, + 35 % au niveau du lycée. Un enseignement centré sur la transmission de savoirs académiques qui laisse peu de place à la pédagogie. Et qui continue de faire peu de cas de la voie professionnelle, qui demeure culturellement dénigrée.

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Cette question de la formation devrait, de l’avis de beaucoup, constituer l’une des grandes priorités des politiques publiques. L’autre, soulignent encore les experts, serait de repenser la contribution sociale et économique de la retraite, période où les Français passent entre vingt-cinq et trente ans de leur vie.

Maintenir dans l’activité les plus âgés

François-Xavier Albouy souligne pour sa part que le maintien dans l’activité est déterminant pour retarder la perte d’autonomie des plus âgés. « La question est : ”Qu’est-ce que je vais faire de cette vie qui s’ouvre à moi ?” Si on ne prépare pas les Français à cette réflexion, cela donnera lieu à beaucoup de désenchantement. C’est d’ailleurs plus facile pour les catégories supérieures d’y penser, les grandes entreprises les ayant préparées à la retraite, mais les classes moyennes s’autocensurent sur la question. Il faut donc anticiper, accompagner l’engagement des seniors dans la vie associative, dans des petites entreprises locales, développer des outils comme la validation des acquis de l’expérience (VAE), des formations courtes », prévient-il.

La crise sanitaire pourrait offrir l’opportunité de redéfinir ces choix stratégiques pour éviter la perspective du décrochage entre générations. À court terme, le plan de relance à 100 milliards d’euros présenté par le gouvernement en septembre prévoit un programme d’accompagnement vers l’emploi « 1 jeune, 1 solution » doté de 6,5 milliards.

Alors qu’après la crise financière, il a fallu dix ans pour redresser les comptes sociaux, les déficits sont aujourd’hui deux fois supérieurs à ce qu’ils étaient en 2008, souligne Julien Damon. La situation supposera d’autres choix de solidarité. « Face à l’urgence sanitaire on a demandé un gros effort aux jeunes. Il va falloir maintenant les aider », conclut le spécialiste.

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Les chiffres clés

28 C’est le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif, en moyenne dans les pays de l’OCDE -soit les pays les plus riches-, en 2015. Ce « ratio de dépendance démographique des personnes âgées », qui s’élevait à 14 en 1950, devrait encore presque doubler pour atteindre 58 en 2075.

Les plus de 65 ans forment 28 % de la population au Japon, selon les données de la Banque mondiale en 2019. Ils sont 23 % en Italie, 22% en Finlande, comme en Allemagne. En France, le chiffre s’élève à 20 % de la population.

Les moins de 15 ans représentent 47 % de la population en Ouganda, au Mali, en Angola, ou encore au Tchad. Plus largement, dans de nombreux pays d’Afrique, plus de quatre habitants sur 10 ont entre 0 et 14 ans. La France en est loin, avec seulement 18 % de la population de moins de 15 ans.

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