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France-Cameroun : tensions diplomatiques aprèsles crimes commis par les forces gouvernementales

► Pourquoi Emmanuel Macron s’est-il exprimé récemment au sujet du Cameroun ?

Lors de sa visite annuelle au salon de l’agriculture, samedi 22 février, Emmanuel Macron a été interpellé sur les agissements de l’armée camerounaise par un activiste membre d’un groupe contestataire opposé à la présidence de Paul Biya. Emmanuel Macron a dénoncé des « violences intolérables ». Et il s’est engagé à « appeler la semaine prochaine le président Paul Biya » pour lui mettre « le maximum de pression pour que la situation cesse ».

Le président français fait allusion aux incidents impliquant l’armée camerounaise dans la nuit du 14 février. Ce jour-là, aux alentours de quatre heures du matin, une cinquantaine de soldats ont ouvert le feu et incendié des habitations du quartier de Ngarbuh sans distinguer les civils des rebelles. 23 personnes ont trouvé la mort dont 15 enfants et deux femmes enceintes. L’armée camerounaise s’est disculpée en expliquant que « les combats entre les rebelles et l’armée ont entraîné l’explosion de plusieurs contenants de carburant ».

► Quelle est la réaction au Cameroun ?

Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général du président camerounais, a rejeté lundi 24 février dans un communiqué les « propos surprenants du président de la République française ». Il a demandé aux « pays amis » comme la France de ne pas s’immiscer dans leurs affaires intérieures et encore moins d’accorder du crédit à des activistes sous peine de porter « préjudice aux bonnes relations avec le Cameroun ».

La presse camerounaise s’est étonnée des déclarations du président français et n’hésite pas à parler d’incident diplomatique. Indignés quelque 400 jeunes camerounais sont allés manifester devant l’ambassade française à Yaoundé. Munis de leurs pancartes « M. Macron, le Cameroun n’est pas un Dom-Tom », les partisans du président Paul Biya se sont mobilisés pour dénoncer cette ingérence française et pour apporter leur soutien au gouvernement dans sa politique de pacification dans le nord-ouest du pays.

Au Cameroun, c’est le fantôme colonialiste français qui dérange, et qui est agité comme un chiffon rouge. « Le Cameroun (…) entend rester maître de son destin », a ainsi indiqué le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, sans s’exprimer sur le fond du dossier – des attaques de villages qui font de nombreuses victimes civiles, y compris des enfants, et dans lesquelles l’armée est directement mise en cause.

► Quelle serait la bonne façon d’agir pour la France ?

« La France est dans une situation délicate en Afrique, constate Caroline Roussy, chercheuse à l’IRIS sur l’Afrique. Elle est perdante quoi qu’elle dise. D’un côté lorsqu’elle prend position, le pouvoir en place crie à l’ingérence. Mais lorsqu’elle n’intervient pas, elle est accusée de lâcheté et d’abandon par l’opposition ».

Le président français n’a pas commis d’erreur « sur le fond mais sur la forme » de ses propos, explique Caroline Roussy. « En s’offusquant des déclarations d’Emmanuel Macron, la présidence de Paul Biya permet d’aborder un sujet autre que celui des exactions militaires sur les civils. C’est un contre-feu pour éviter d’en parler ». Selon elle, il y a sur l’ensemble du continent « une accentuation de plus en plus inquiétante du « french bashing » ». La position de la France sur les pays africains francophones est instable, car les dirigeants « surfent » de plus en plus, selon elle, sur ce sentiment anti-français.

En attendant, la diplomatie – par des discussions bilatérales mais sans prise de parole publique ou par le biais d’instances multilatérales – reste la voie la plus adéquate. « Je travaille avec l’Union africaine pour mettre la pression », a ainsi précisé Emmanuel Macron, au sujet du Cameroun.