France

Gard : récit d'une vie confinée depuis deux mois dans un Ehpad épargné par le coronavirus

Mercredi 13 mai. Troisième jour de déconfinement en France. L'Ehpad du Bosquet, à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, où vivent actuellement 60 résidents, fait partie des 7 000 établissements pour personnes âgées dépendantes en France. Dans cette maison de retraite, comme partout dans l'Hexagone, du jour au lendemain, le quotidien a été totalement bouleversé avec la pandémie de Covid-19.

Avec les mesures de précautions sanitaires prises pour lutter contre la propagation du virus, les visites ont été interdites peu avant la mi-mars, période à laquelle l'entrée en confinement a été décrétée par le président de la République, Emmanuel Macron. 

Depuis, une nouvelle vie, en autarcie, a commencé. Face à la pandémie, l'Ehpad municipal du Bosquet, un immeuble de trois étages construit au début des années 70, fonctionne à huis clos. "On vit une crise exceptionnelle. On a dû s'adapter au jour le jour en essayant de suivre les directives et d'être imaginatif. D'autant plus que nous disposons d'un bâtiment qui n'est pas d'une première jeunesse. Il a fallu s'adapter au mieux", confie Céline Cavaillé, la directrice de l'Ehpad. 

Il a fallu être réactif et imaginatif pour créer une nouvelle organisation au sein de l'établissement qui n'est pas d'une toute première jeunesse.
Il a fallu être réactif et imaginatif pour créer une nouvelle organisation au sein de l'établissement qui n'est pas d'une toute première jeunesse. - Midi Libre - Vincent Pereira

Triste constat, l'évolution de l'épidémie en France montre que les personnes âgées sont les premières victimes de ce fléau. Ce dimanche 17 mai, les derniers chiffres publiés par Santé publique France faisaient état de 28 108 décès dans le pays depuis le 1er mars dont 10 642 dans les établissements sociaux et médicosociaux.

Très vite, il a donc été décidé d'interdire l'accès aux mineurs dans les Ehpad. Puis, dans la foulée, aux familles, pour éviter au virus de franchir le seuil de la porte. Dès le 26 mars, décision est prise de confiner les résidents dans leur chambre, la configuration de l'établissement ne permettant pas de pouvoir créer un secteur dédié aux patients atteints par le coronavirus. 

On a dû s'adapter au jour le jour en essayant de suivre les directives et d'être imaginatif

"Nous avons arrêté les activités d'animation en groupes, y compris la prise des repas en salle à manger", reprend la directrice, à la tête de cet Ehpad municipal depuis 2008. "Il a fallu alors réfléchir à une organisation des soins et des personnels. Nous avons fait le choix de sectoriser et de diviser les équipes par étage pour éviter au maximum les transmissions, permettre aux équipes de se protéger et de protéger les pensionnaires".

Depuis le 26 mars, les pensionnaires sont confinés dans leur chambre.
Depuis le 26 mars, les pensionnaires sont confinés dans leur chambre. - Midi Libre - Vincent Pereira

Un protocole sanitaire quasi militaire

L'ensemble des personnels ont pour obligation de mettre impérativement le masque, de se désinfecter les mains. Avant de prendre leur service, chacun passe par un sas de déshabillage pour s'équiper de sa tenue de travail. La prise de température est obligatoire avec une notation sur un registre. 

Pour les extérieurs, notamment tout ce qui relève des interventions techniques (plomberie, électricité), les règles aussi sont strictes. 

"J'ai parfois eu l'impression d'être un commercial"

En première ligne, le personnel soignant reste mobilisé, ce depuis la première heure. Sans faillir malgré la fatigue, le stress, les inquiétudes, le manque, parfois, de protection. Céline Cavaillé raconte son combat des semaines précédentes pour obtenir des masques et des outils de protection pour ses équipes. "C'est difficile d'avoir des équipements quotidiens. J'ai parfois eu l'impression d'être un commercial dans une course aux équipements".

Une course aux équipements

"J'ai, assez rapidement, proposé aux équipes de modifier les roulements habituels. Normalement, nous fonctionnons sur un dispositif de huit aides-soignants le matin, quatre l'après-midi et en effectifs réduits le week-end. Là, j'ai réfléchi à une stratégie d'organisation en 12 h sur trois équipes pour limiter le risque de contamination. Nous sommes partis sur 7 journaliers par semaine, avec donc une alternance de trois équipes, et une quatrième, au repos, qui permet, en cas d'absentéisme, d'avoir une marge de manœuvre", détaille Céline Cavaillé.

C'est une vie en autarcie qui a débuté depuis le 13 mars dernier.
C'est une vie en autarcie qui a débuté depuis le 13 mars dernier. - Midi Libre - Vincent Pereira

Concernant les mesures d'hygiène, elles ont été évidemment davantage renforcées, la distribution des repas réorganisée. Les agents de services hospitaliers (ASH) ou agents d'entretien, eux, n'ont pas vu leurs horaires modifiés mais leur organisation de travail repensée". 

J'ai préféré équiper les résidents de masques en tissu dès le début du confinement

Sur les quatre Ehpad que compte la Ville, celui du Bosquet a été jusqu'ici épargné par le virus. "Nous n'avons eu à ce jour aucun cas de Covid-19 et c'est tant mieux !", lâche, soulagée, Céline Cavaillé. "Cela a été dur en termes de gestion de stress, de pression... tous les jours, nous avions cette épée de Damoclès qui planait sur nos têtes. Néanmoins, la réflexion s'est faite de manière intuitive, raconte encore la directrice. En dépit de la polémique sur les masques, j'ai préféré équiper les résidents de masques en tissu dès le début du confinement en me basant sur la double stratégie soignant-soigné. Cela a peut-être fait son effet, je ne sais pas..."

La crainte d'une deuxième vague

Jour après jour, tout le monde continue à espérer que le virus fera le moins de dégâts possible. Avec le début du déconfinement et la crainte d'une deuxième vague, le coronavirus reste néanmoins une bombe à retardement, notamment sur l'état psychologique des soignants mais également des résidents privés de contacts physiques avec leurs proches. 

La prise du repas en petits groupes a été maintenu pour les résidents "désorientés".
La prise du repas en petits groupes a été maintenu pour les résidents "désorientés". - Midi Libre - Vincent Pereira

Alors que la France est entrée en phase de déconfinement depuis le 11 mai, "les directives de déconfinement ne s'appliquent pas pour l'heire dans les établissements médico-sociaux, parmi lesquels les Ehpad. Nous sommes aujourd'hui simplement sur quelques mesures d'assouplissement".

Les résidents souffrent moralement mais sont compréhensifs

Déserts, le hall d'entrée, les couloirs, la salle à manger et la salle d'animation prennent des sonorités de cathédrale. Chantal est animatrice au Bosquet depuis quatre ans. C'est bouleversée qu'elle montre la salle d'animation rompue au silence depuis deux mois. "C'est très éprouvant", lance-t-elle, les trémolos dans la voix. "On voit bien depuis plusieurs semaines que le moral des résidents est atteint. Ils en souffrent mais ils sont compréhensifs".

Les animatrices, elles aussi, ont dû se réadapter et proposer des activités individuelles. "Petits jeux, lecture, coloriage, réalisation d'un journal..." Les idées pour maintenir le lien social ne manquent pas. Mais pour beaucoup, les proches c’est essentiel. Les équipes sont donc très attentives aux signes d’ennui ou de déprime des résidents. 

Les couloirs sont silencieux. Seuls le bruit des chariots des soignants et des agents hospitalier de service viennent troubler cette troublante quiétude.
Les couloirs sont silencieux. Seuls le bruit des chariots des soignants et des agents hospitalier de service viennent troubler cette troublante quiétude. - Midi Libre - Vincent Pereira

Cette solitude qui pèse chez les résidents

Adossée à la fenêtre de sa chambre, Nicole, affiche un large sourire. Tout simplement heureuse de voir pour la première fois depuis deux longs mois, deux visiteurs dans la cour (notre binôme de journalistes), désormais désertée, de l'établissement. Avec son voisin du dessus, Pierre, le chanteur de la résidence, qui se délecte à pousser la chansonnette à son balcon. Privé de chanter pour ses camarades lors des habituelles animations de l'après-midi, du troisième étage, il perce le silence avec sa voix. Ce jour-là, Pierre est heureux de revisiter pour nous "Un gamin de Paris", la chanson d'Yves Montand.

Foyers de personnes à risques, les Ehpad sont particulièrement vulnérables à l'épidémie de coronavirus. Pour empêcher un drame sanitaire, comme celui vécu en 2003 avec la canicule, les mesures de confinement sont strictes. Mais nécessaires pour protéger nos aînés. Privés des visites de bénévoles d'associations et des proches, les résidents se sentent seuls. Un facteur de démoralisation, qui peut, parfois, s'avérer grave à leurs âges. 

L'enjeu du lien social

"C'est la durée du confinement qui leur pèse le plus", résume Céline Cavaillé. Alors, pour ne pas briser ce lien social primordial entre les résidents et leurs proches, l'Ehpad a décidé de mettre rapidement en place des visioconférences avec les familles. "Nous n'étions pas du tout équipés. C'est un dispositif apprécié des familles et des résidents. On essaye de leur emmener ce petit plus dans leur vie de confiné en chambre".

Avec les visioconférences, on essaye de leur emmener ce petit plus dans leur vie de confiné en chambre

À l’aide d'une tablette et d'une connexion internet, les aînés ont donc la possibilité de voir et de communiquer avec leur famille. Des partages de temps virtuels que beaucoup ont découvert pour la première fois, souvent teintés d'émotions, suscitant d'un côté comme de l'autre de l'écran, des rires et des pleurs.

Nicole, pensionnaire au Bosquet, raconte son confinement : "Rester toute seule dans ma chambre, c'est atroce"

Entre stress et inquiétude, l'esprit de famille avant tout

Chaque soir, à 20 h, partout en France depuis plus de deux mois, des applaudissements retentissent aux fenêtres pour rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui oeuvrent, sans relâche, sur le front de la Covid-19. "Le stress et l'inquiétude sont omniprésents. Mais je tiens à saluer l'implication des équipes. Je n'ai pas eu d'absentéisme. Depuis le départ, il y a un engagement sans faille".

Nous avons tous des familles, des enfants...

Les yeux rougis par l'émotion, Céline laisse ses larmes s'échapper. "C'est extrêmement dur puisqu'il faut à la fois protéger les autres et penser aussi à se protéger. Nous avons tous des familles, des enfants. Personnellement, je suis la maman d'une petite fille âgée de 5 ans. Mais parallèlement à ce sentiment d'angoisse, il faut avancer, être là, tenir le coup. C'est notre boulot, notre mission. Le stress, il va falloir vivre avec..."

Depuis le départ, un engagement sans faille.
Depuis le départ, un engagement sans faille. - Midi Libre - Vincent Pereira

Ce sentiment de se sentir parfois seuls et démunis a aussi accompagné Céline Cavaillé et ses équipes.

Ce qui est vrai un jour ne l'est plus forcément le lendemain

"Les directives peuvent changer en l'espace d'une journée. Ce qui est vrai une journée ne l'est plus forcément le lendemain. Je fais partie de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées. C'est une fédération très active et très réactive sur laquelle je me suis beaucoup appuyée. Nous sommes un certain nombre de collègues. Nous échangeons énormément. Nous avons aussi travaillé conjointement avec les autres établissements locaux. J'appelais régulièrement ma consœur de l'Ehpad Bonnefond. L'hôpital, aussi, car en terme de logistique, j'ai eu un grand soutien de leur part. Ce sont eux qui nous ont approvisionnés en masques, solutions hydroalcooliques, la mise en place du traitement du linge... Depuis le premier jour, également, la municipalité est à nos côtés pour répondre à nos besoins."

Evelyne, maman de Monique, 92 ans : "Pas de créneau de visite avant le 1er juin"

Monique, 91 ans, peut communiquer avec sa fille Evelyne grâce à l'outil Skype.
Monique, 91 ans, peut communiquer avec sa fille Evelyne grâce à l'outil Skype. - Photo - DR

Comment avez-vous appris qu'en raison du confinement décidé par le gouvernement, vous ne pourriez plus rendre visite à votre maman ?

J'allais voir maman à peu près tous les deux jours. J'ai pu la voir jusqu'au 8 mars. L'établissement m'a envoyé un message pour m'informer qu'en raison de l'épidémie, l'Ehpad allait être fermé au public. En nous indiquant bien dans ce message que l'on pourrait prendre contact avec les animatrices, et qu'ils allaient essayer d'installer des liaisons en visio. Au départ, les résidents n'ont pas été complètement confinés. Ils avaient encore le droit d'être dans les parties communes pour participer aux animations. 

Comment votre maman vit-elle ce confinement et cette absence de visites ?

Je me faisais du souci du fait que du jour au lendemain, elle n'allait plus me voir. J'avais peur qu'elle se laisse aller, dépérir. Finalement, ça a l'air d'aller. On lui a bien expliqué qu'il y a un virus circulait et qu'il était dangereux. J'essaye de l'avoir par Skype entre deux et trois fois par semaine. C'est vraiment super. Au départ, c'était un peu compliqué à cause de la connexion internet. 

Les animatrices Chantal et Candice font tout ce qu'elles peuvent pour agrémenter les journées de nos parents pendant ce confinement et nous permettre, selon leur moyen, de communiquer avec eux par Skype. Merci à elles et aussi pour les photos par Skype ! Internet a résolu beaucoup de choses en cette période de pandémie.

Avez-vous fait une demande de visite ?

Oui, j'ai effectué ma demande. Mais, j'ai un petit peu tardé puisque j'attendais que l'on me contacte pour me donner le feu vert. Du coup, je n'ai pu déposer ma demande de visite que lundi 11 mai. C'est déjà plein jusqu'au 1er juin.  

Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?

J'ai peur d'une deuxième vague... Je crois que nous n'en avons pas fini. La santé est en jeu et il ne faut pas faire n'importe quoi. En tout cas, je suis très heureuse qu'à ce jour, il n'y ait eu aucune contamination au sein de l'établissement. 

150 dessins réalisés par les enfants pour les aînés

Pendant la période de confinement, la Ville de Bagnols a ouvert une boîte mail invitant les enfants à envoyer leurs dessins à destination de leurs aînés. Une opération qui a rencontré un grand succès puisque pas moins de 150 dessins ont été reçus par le service communication de la municipalité bagnolaise. "Pour ne prendre aucun risque, les dessins ont tous été transmis par email aux Ehpad de la ville. Et ils ont été diffusés sur des écrans d'ordinateur".

De la couleur, de la tendresse, des encouragements, bref, un arc-en-ciel d'ondes positives qui a fait chaud au cœur des pensionnaires.

Le dessin d'Elsa, 5 ans.
Le dessin d'Elsa, 5 ans. - Photo - Ville de Bagnols-sur-Cèze
Le dessin d'Inès, 11 ans.
Le dessin d'Inès, 11 ans. - Photo - Ville de Bagnols-sur-Cèze
Le dessin d'Amine.
Le dessin d'Amine. - Photo - Ville de Bagnols-sur-Cèze
Le dessin d'Eva.
Le dessin d'Eva. - Photo - Ville de Bagnols-sur-Cèze

La reconstruction de l'Ehpad Le Bosquet

Les travaux de reconstruction de l’Ehpad Le Bosquet ont débuté pour une ouverture du nouvel établissement qui, initialement, devait ouvrir fin 2020. Il sera situé également Montée des Oliviers, entre l'Ehpad existant du Bosquet et l'Ehpas Bonnefond. 

Le nouvel établissement doit offrir une meilleure prise en charge des résidents. Il souhaite en effet favoriser les liens affectifs dans un cadre de vie apaisant et à taille humaine.

Le nouvel Ehpad pourra accueillir 75 résidents, âgés de 60 ans minimum, et disposera d’une unité spécialisée dans la prise en charge de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Deux chambres d’accueil temporaires seront également présentes.

Le coût de la reconstruction s’élève à 10 millions d’euros.

La future unité Alzheimer de l'Ehpad du Bosquet en cours de reconstruction.
La future unité Alzheimer de l'Ehpad du Bosquet en cours de reconstruction. - Photo - Ville de Bagnols

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