France

Il faut sauver le soldat Lagardère

SERIE - # 1 - Où l’on voit tous les défenseurs du capitalisme familial en France se mobiliser pour sauver un héritier aux abois. La situation financière de Lagardère n'est pas bonne et la crise sanitaire pourrait précipiter le groupe vers la catastrophe. Mais Arnaud Lagardère dispose de puissants relais sur lesquels il va pouvoir compter. Voici le premier épisode de notre série qui en compte cinq : "Lagardère ou le partage de l'empire. "

Arnaud Lagardère

Pris au piège entre une situation économique dégradée et le fonds Amber dirigé par Joseph Oughourlian (à gauche) qui réclame plus de droits, Arnaud Lagardère (à droite) appel à l'aide des grands noms du capitalisme français.

LUDOVIC MAILLARD/Photopqr/Voix Du Nord/Maxppp - Hamilton/Rea

Le feuilleton Lagardère ? « C'est la plus belle bataille capitalistique en France depuis la confrontation entre Pinault et Arnault », siffle un grand patron. Cette vigoureuse mêlée politico-patronale se déroule sur fond de drame économique. Le groupe Lagardère n'a pas échappé aux effets de la crise sanitaire : le pôle édition de Hachette Livres résiste mais la branche Travel Retail, soit la gestion de boutiques dans les aéroports et les gares, prend la crise de plein fouet. Et les derniers médias de Lagardère, Europe 1, Paris Match et Le Journal du dimanche (JDD) subissent le recul spectaculaire des investissements publicitaires.

Au cœur de la mêlée, Arnaud Lagardère reste zen. « Le groupe peut faire face, assure-t-il à Challenges. Nous avons de quoi tenir pas mal de temps, même avec des scenarii dégradés et des chiffres d'affaires à moins de 50 %. » Et lui, l'héritier de l'empire bâti par son père, combien de temps tiendra-t-il ? « Je ne lâcherai jamais , martèle-t-il. Je resterai, je me défends, je n'agresse personne. » Régulièrement critiqué et contesté sur son management, sa gouvernance et son manque de vision stratégique, fragilisé par les effets du Covid sur ses affaires, par un cours de Bourse très bas et par l'ampleur de ses dettes personnelles, il a vécu, ces derniers mois, les pires heures de sa carrière de patron.

Le dernier épisode en date, le 14 octobre 2020, sur l'île de la Cité, au tribunal de commerce de Paris, a relancé Arnaud Lagardère. Le juge a rejeté la demande déposée par Vivendi et le fonds britannique Amber d'organiser une nouvelle assemblée générale des actionnaires du groupe Lagardère. Vivendi a fait appel. Calfeutrés chacun dans leur QG, deux présidents de la République, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, les plus redoutables de nos capitaines d'industrie - Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Marc Ladreit de Lacharrière… -, un fonds d'investissement décidé à en découdre (Amber Capital), la fine fleur des banquiers d'affaires et des cabinets d'influence, même les discrets représentants de l'émir du Qatar, embarqués malgré eux dans ce western gaulois, ont aussitôt bondi sur leur téléphone.

Pour Arnaud Lagardère, le mal porte un nom : Amber Capital, le fonds d'investissement britannique, présent à son capital depuis 2016. C'est cet acteur financier qui est à l'origine de la tentative de putsch, lors de la dernière assemblée générale du groupe, le 5 mai. Son président, Joseph Oughourlian, a élaboré un plan pour prendre le contrôle du conseil de surveillance, lequel devait se prononcer, en mars 2021, comme il le fait tous les six ans, sur le renouvellement du mandat de gérant d'Arnaud Lagardère. Méthodiquement, face à la menace Amber, Lagardère et ses banquiers conseils ont cherché des appuis. « Ils ont sonné chez Bouygues, JCDecaux ou Lacharrière, chez des actionnaires familiaux », précise l'un des administrateurs de Lagardère.

Mais c'est Vincent Bolloré qui fait son entrée au deuxième acte, monte au capital du groupe et sauve le fils héritier de la déroute. Le premier actionnaire de Vivendi n'est pas venu en touriste. Il s'est fait ouvrir la porte de Lagardère par un ancien président de la République. Nicolas Sarkozy s'était autrefois démené pour épauler le jeune Arnaud, lors du décès de son père, le conseillant et l'encourageant à reprendre les rênes du groupe. Arnaud Lagardère a proposé, dès le mois de février, à Sarkozy d'entrer au conseil de surveillance de son groupe. Proche de l'émir du Qatar, l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine s'est assuré de la loyauté du fonds souverain lors de l'assemblée du 5 mai.

Sarkozy en scène

Depuis longtemps, Sarkozy plaidait la cause de l'entrée de Bolloré au capital. Ce dernier dispose d'un solide allié dans l'entourage de Lagardère, Ramzi Khiroun, directeur des relations extérieures et membre du comité exécutif du groupe. Cet ancien de Havas, que Vincent Bolloré a fusionné avec Vivendi, a récemment conseillé son ancien employeur dans ses affaires africaines. Mais Arnaud Lagardère a toujours été fondamentalement méfiant, comme le lui a appris son père. Et il a fallu que la situation soit désespérée, début 2020, pour qu'il accepte d'ouvrir la porte à Bolloré, qui en rêvait depuis longtemps.

Arnaud Lagardère a trouvé un premier appui. D'autres sont arrivés spontanément. Ainsi, Marc Ladreit de Lacharrière, le président de Fimalac et 24e fortune de France (4 milliards d'euros) a pris quelques pourcents du capital : « Personne - ni Arnaud Lagardère, ni Nicolas Sarkozy - ne m'a demandé quoi que ce soit et je n'ai aucun contact avec Bolloré », promet-il. Il est venu parce que le cours était très bas et par fidélité. Lors d'un déjeuner, il y a vingt ans, Jean-Luc Lagardère lui avait glissé : « S'il m'arrive malheur, tu t’occupes bien de mon fils » , confie le financier. Confiné à l’Ile Maurice au printemps, il rassure Arnaud : « Je suis là pour t’aider, je ne dépasserai pas 5 %. » Il a tenu parole. Lagardère poursuit sa course. Dès la fin de l’année 2019, ses émissaires et lui font le tour des amis de la famille pour leur proposer non pas une part du capital du groupe, mais directement de LC&M, son holding familial. Les Pinault notamment sont contactés. But de la manœuvre : récupérer du cash pour alléger sa dette personnelle et revenir dans des ratios acceptables par son banquier, le Crédit agricole. Une dette entièrement gagée sur sa participation de 7 % dans le groupe qui porte son nom et dont le cours de Bourse n’a cessé de dégringoler. Quelques mois avant l’assemblée cruciale, ses parts ne sont plus valorisées qu’à 160 millions d’euros, un niveau très inférieur à sa dette de 215 millions d’euros fin 2019. La crise s’amplifiant, « c’était le moment de me redonner de l’air et de clarifier ma situation auprès du Crédit agricole », explique-t-il.

Retrouvez demain le feuilleton Lagardère - Saison II

Commenter Commenter

Football news:

Steve McManaman: le Real est une équipe vieillissante. Ils ont besoin de nouveaux joueurs s'ils veulent atteindre les anciens sommets
ISCO pourrait déménager à Séville en janvier. Lopetegui est personnellement intéressé
Bilyaletdinov sur la Ligue des Champions: Loko peut quitter le groupe. Le Bayern non motivé peut être battu au 6e tour
Zlatan Ibrahimovic: je Pensais à la fin de ma carrière, mais je voulais changer la mentalité de l'AC Milan
Directeur sportif de Vasco da Gama: Balotelli sera pour nous comme Maradona
Le Real Madrid n'achètera pas Mbappé à l'été 2021 en raison de la crise (le Parisien)
Ibra marque à 39, Buffon traîne à 42, Ronaldo n'a pas l'intention de finir. Le football vieillit vraiment?