En plein débat sur les violences policières, plusieurs vidéos virales mettent en cause des agents de sûreté de la SNCF dans l’interpellation ultra-musclée d’une usagère du RER en gare d’ Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) mardi dernier. On voit sur ces vidéos, qui vont de quelques secondes à plusieurs minutes, trois agents de la sûreté ferroviaire pousser une femme avant de lui faire une clé de bras et de la mettre au sol afin de lui passer les menottes, tout ça sous le regard d’usagers interloqués. La cohue formée autour de la personne interpellée et des agents de sécurité poussera même ces derniers à faire usage de gaz lacrymogène au beau milieu de la gare pour disperser la foule.

Sur la page Facebook « Cerveaux non disponibles », se présentant comme une « page regroupant l’information alternative et indépendante sur le mouvement des « gilets jaunes » et toutes les luttes sociales et climatiques », la vidéo est accompagnée du commentaire suivant : « Placage violent d’une femme enceinte hier à Aulnay par des agents de la SNCF. Surtout, ne changeons rien. Tout va très bien. » 20 Minutes a tenté de reconstituer au mieux le fil des événements qui ont conduit à cette nouvelle scène de violence en France.

FAKE OFF

Pour commencer, que nous disent les images ? Au moment où débute la première vidéo, alors qu’elle s’approche des portiques pour accéder au quai de la gare d’Aulnay-sous-Bois, l’usagère en question semble déjà être en bisbille avec les agents de sécurité. « Tu me touches pas ! », répète-t-elle à plusieurs reprises à l’un d’entre eux avant que celui-ci ne la repousse et lui agrippe le bras pour la coucher au sol. Secondé par un collègue, l’agent plaque la femme au sol, ventre à terre, tandis que celle-ci hurle de douleur expliquant avoir très mal au bras.

Dans la foulée, l’homme qui l’accompagne, avec un maillot de foot noir sur les épaules, tente d’intervenir mais il est tenu éloigné de la scène. Il prévient par ailleurs les agents que sa compagne est enceinte. Tandis qu’elle se débat et que les agents essayent de lui mettre les menottes, la femme se retrouve sous les deux hommes et se fait écraser le visage par le pied de l’un d’entre eux sans que l'on puisse dire si c'est un geste volontaire ou non (à 1’18” sur la seconde vidéo).

La SNCF parle « d’interprétations trompeuses »

Face au torrent de messages outrés et voyant l’affaire remonter un peu partout sur les réseaux sociaux, la SNCF a publié un communiqué en urgence pour livrer sa version des faits. Pour elle, il s’agit là « d’interprétations trompeuses », puisque « en montrant uniquement la fin de l’intervention des agents de la surveillance générale, un moment forcément impressionnant, aucune contextualisation ni explication n’est apportée ».

Va pour l’explication, alors. « La personne mise en cause venait d’être verbalisée à trois reprises, notamment car elle ne portait pas de masque, qu’elle avait craché et qu’elle voulait prendre le train sans billet, affirme la SNCF. Les agents l’ont ensuite invitée à quitter la gare. Devant son refus, et un comportement agressif, cette injonction de quitter la gare est devenue contraignante. » La société avance ensuite que « les images diffusées font suite à plusieurs morsures et griffures subies par les agents de la sûreté ferroviaire », lesquels auraient ensuite déposé plainte et se seraient vu délivrer cinq et sept jours d’ITT. Pour ce qui est des ITT et des plaintes déposées, les informations ont été confirmées mercredi à 20 Minutes par le parquet de Bobigny.

La version de la SNCF impossible à confirmer

Mais qu’en est-il du reste ? Pour l’heure, absolument rien ne permet de confirmer que l’usagère a eu un comportement agressif et des gestes violents à l’égard des agents, la vidéo ne montrant que le moment où celle-ci est plaquée au sol. Malgré nos innombrables tentatives, nous n’avons pu récolter le moindre témoignage de personnes présentes sur les lieux au moment des faits. A l’inverse du Parisien, qui publie celui d’une personne témoin de la scène au moment de passer les portiques. Sa version ne permet cependant pas de recouper celle de la  SNCF. 

« Cette femme se trouvait entre les portiques dans le passage réservé aux handicapés. Moi, j’avais déjà validé mon passe Navigo et je m’apprêtais à emprunter le passage souterrain qui mène de l’autre côté de la gare lorsque les agents de la sûreté ferroviaire ont tenté d’interpeller cette femme, affirme ce témoin. L’un d’entre eux a même pris la veste de cette dame et l’a jeté de l’autre côté des portiques. Ça a duré dix secondes… »

Parole contre parole

Pour dénouer le vrai du faux, il faudra donc attendre l’enquête ouverte par le parquet. En effet, celui-ci nous a précisé que les bandes des caméras de vidéosurveillance de la gare RER d’Aulnay-sous-Bois allaient être décortiquées image par image pour avoir une vision claire de la scène dans son intégralité. En attendant, nous pouvons simplement confirmer que la dame interpellée a été conduite à l’hôpital pour y passer des examens médicaux et que son compagnon a lui été placé en garde à vue pour outrages et violences. Selon Le Parisien, l’usagère devait aussi être examinée mercredi à l’unité médico-judiciaire de l’hôpital Jean-Verdier de Bondy afin de se voir possiblement prescrire des jours d’ITT. Cette dernière a par ailleurs porté plainte mercredi matin au commissariat de Sevran.

Dernier point soulevé sur les réseaux sociaux : certains internautes se sont jetés sur l’affaire comme Donald Trump sur une « fake news » pour remettre en cause le fait que la femme attendait un enfant. Pourtant, selon France Info, qui a obtenu la confirmation via le parquet de Bobigny, le test de grossesse réalisé à l’hôpital dans la foulée a montré que celle-ci est bel et bien enceinte de sept mois. Quant aux agents SNCF, l’entreprise explique qu’« Il n’y a pas de suspension ou de réaffectation [prévue] tant que les résultats de l’enquête ne sont pas connus. »