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La poésie danse au chevet des malades

La poésie danse au chevet des malades

« Le chat ouvrit les yeux, le soleil y entra. Le chat ferma les yeux, le soleil y resta. (…) »Les mots de Maurice Carême flottent quelques instants dans le silence. Hélène penche légèrement la tête. Fama la regarde, laisse défiler quelques secondes puis propose : « Je vous lis un ­deuxième poème ? » Fama porte une blouse blanche et sous le bras un dossier d’une quarantaine de pages, le « Vidal poétique » qu’elle a composé avec les textes qui lui sont chers. Comme elle, chaque mercredi depuis décembre 2020, les artistes du Théâtre de la Ville, à Paris, viennent à la rencontre des résidents de l’unité de soins de longue durée (USLD) de l’hôpital Charles-Foix – AP-HP, d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) pour des consultations plutôt inattendues.

Ce jour-là, Fama est auprès d’Hélène. « Pas longtemps, hein ?, s’inquiète l’octogénaire, heureuse tout de même, de trouver une oreille attentive à ses souvenirs. Ses débuts d’ouvrière chez un fabricant de fourrure à Paris – « toutes les bêtes qu’il fallait tuer pour confectionner un seul manteau, c’était affreux ! » ; puis son entrée au Printemps comme vendeuse mais surtout, auparavant, « la guerre de 40 » qui revient au détour de chaque phrase. « J’espère que vous ne connaîtrez pas ça, dit-elle. Mais bon, malheureusement, tant qu’il y aura des hommes, il y aura des guerres ! »

Fama l’écoute patiemment et avec douceur, pose quelques questions : « Vous aimez les animaux ? Vous en avez eu, avant ? » Hélène ne parvient pas à dire depuis combien de temps elle réside à l’USLD mais les animaux, oui, elle se rappelle : « Des chats, des chiens… » Une vingtaine de minutes plus tard, Fama referme la porte d’Hélène. « Je choisis les poèmes en fonction de ce que je sens de la personne, de ce qu’elle me dit, indique-t-elle. Avec Maurice Carême, j’ai voulu apporter un peu de légèreté à cette dame. »

Fama est comédienne depuis vingt ans, et privée de scène depuis de long mois, pour la première fois de sa carrière. À l’hôpital Charles-Foix, rémunérée par le Théâtre de la Ville, elle explore des facettes jusqu’alors inconnues de son art. « Ce tête à tête avec les personnes malades, c’est tout autre chose que de monter sur scène et se cacher derrière un personnage, confie-t-elle. La poésie ouvre le champ des possibles… Je pense qu’elle a le pouvoir de redonner de l’espoir aux gens. »

En chemin vers la chambre de son prochain patient, Fama s’arrête, happée par le rythme du tambour Ngoma, qui réchauffe la salle commune. Debout, Ludovic fait sonner cette percussion, traditionnellement utilisée dans la thérapie musicale Kongo en Afrique centrale, tandis que Claire tournoie entre les tables et les fauteuils roulants. Ils portent tous deux la blouse du Théâtre de la Ville et le masque réglementaire.

Avant de se lancer dans son improvisation chorégraphique, Claire a discuté avec les personnes installées dans la grande pièce. Dressée sur ses jambes agiles, elle danse pour elles, qui sont condamnées à la chaise, et leur offre, sans compter, une énergie communicative.

Un pied bat la mesure, deux mains tapent l’une dans l’autre. Un immense sourire illumine les traits de Simone qui se relève dans sa chaise roulante. Ses bras répondent aux vagues dessinées dans l’air par ceux de Claire. Leur duo, simple et beau, dure plusieurs minutes.

Longtemps après que la musique s’est tue, la joie demeure sur le visage de Simone. Elle connaît sa date de naissance, quelque part à l’orée des années 1920, mais a depuis longtemps arrêté de comptabiliser les années. Un calcul rapide suffit à comprendre que Simone tutoie le siècle. Ce très grand âge lui a ravi une partie de sa mobilité et enraye parfois sa diction mais dans ses yeux bleus, la vie brûle encore, d’une flamme ragaillardie par l’expérience qu’elle vient de connaître.

« Ça m’a fait tellement de bien, articule-t-elle. J’aime la danse, elle permet d’exprimer tant de choses… Quand on danse, c’est tout l’être qui est là. » Et Simone, ancienne journaliste, de se remémorer, à une époque lointaine, son bonheur d’aller au bal, de valser avec les jeunes gens et de chanter avec ses amis.

Les yeux pétillants au-dessus du masque, le professeur Amina Lahlou n’a pas perdu une miette de cette scène qui vient renforcer ses convictions. À la tête de ce service de 82 lits, elle s’est portée candidate pour accueillir des consultations poétiques dès que le projet de collaboration entre le Théâtre de la Ville et l’AP-HP a vu le jour en juin 2020. « Nos patients, très âgés, souffrent de pathologies évolutives incurables, précise-t-elle. Ici, la médecine doit reconnaître qu’elle ne peut jouer qu’un rôle modeste : nous soignons, nous ne guérissons pas. Je suis convaincue qu’il faut développer des traitements non médicamenteux, qui peuvent vraiment aider nos patients. La culture, par les mots, la musique, le corps, leur apporte du réconfort et des émotions fortes qui les ramènent au sens deleur vie. Nous le voyons, ces expériences esthétiques ont des effets positifs sur l’anxiété et les troubles du comportement. »

Élodie Toussaint, ergothérapeute dans l’unité voisine, observe également ces bénéfices. Son service, où sont hospitalisées 12 personnes, de 27 à 72 ans, souffrant de pathologies neurologiques évolutives, a également intégré dans son programme de soins, deux fois par semaine, la visite des artistes du Théâtre de la Ville. « Ces patients subissent des soins lourds et invasifs, indique-t-elle. La poésie et la danse les aident à se décentrer de la douleur, à pousser les murs de l’hôpital pour vivre autre chose que leur difficile quotidien de malades. Cette échappatoire leur fait du bien mais aussi à leurs proches et aux soignants. »

Amina Lahlou retrouve ses collègues de l’AP-HP et l’équipe du Théâtre de la Ville pour des réunions régulières. « Nous évaluons au fur et à mesure les effets de ces interventions, explique-t-elle. Nous veillons aussi à répondreaux interrogations des artistes. Se confronter à des personnes particulières fragiles, atteintes de pathologies lourdes n’a rien d’évident. »

Pendant les consultations, l’émotion court souvent d’un interlocuteur à l’autre. « C’est une empathie circulaire », résume Claire, en quittant la chambre d’une patiente, larmes au coin des paupières. La dame, alitée et aphasique, s’est redressée autant que son corps entravé par la maladie le lui permettait, pour reprendre, en miroir, la chorégraphie de Claire. « Tout notre échange est passé par le regard », raconte cette dernière.

En ces lieux où la vie semble retranchée au-delà de la souffrance, l’art, plus que jamais et peut-être plus qu’ailleurs, tisse des liens salvateurs. « C’est un exercice magnifique, riche en couleurs intérieures, commente Ludovic, comédien et musicien, qui assure que « cette expérience me transforme. »

L’après-midi s’achève. Fama retire sa blouse, range sa collection de poèmes et avec elle, toutes les confidences reçues comme autant de concentrés d’humanité. Des visages, des histoires comme celle de Lucienne qui, dans sa jeunesse, aimait tant la campagne. Fama a choisi de lui lire Sensation d’Arthur Rimbaud : « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers/Picoté par les blés, fouler l’herbe menue (…). »

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