France

La réforme des retraites arrive à l'Assemblée nationale 

C'est une nouvelle étape importante qui s'annonce pour la réforme des retraites. Ce projet contesté arrive à l'Assemblée nationale ce lundi, après des semaines de contestation dans la rue et alors qu'un appel à une nouvelle journée de mobilisation lundi a été lancé. La macronie arrive chamboulée, le rapporteur du volet organique de la réforme Olivier Véran ayant dû prendre au pied levé dimanche la casquette de ministre de la Santé.

Agnès Buzyn lui a laissé sa place pour prendre le relais, dans la course LREM à la mairie de Paris, de Benjamin Griveaux, emporté vendredi par une affaire de vidéos à caractère sexuel. Des turbulences qui s'ajoutent aux couacs et aux voix discordantes qui se sont élevées dans la majorité. Au point qu'Emmanuel Macron avait appelé mardi les députés "à l'unité" pour "gagner la bataille des retraites" et "vendre" ce projet hautement sensible visant à créer un "système universel" de retraite par points, fruit d'un engagement de campagne du chef de l'Etat.

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41 000 amendements déposés

L'examen inachevé la semaine passée en commission pour cause d'avalanche d'amendements des députés LFI, un fait inédit après 75 heures de dialogue de sourds, n'était qu'un préambule. Le calendrier sera-t-il cette fois tenable alors que 41 000 amendements ont été déposés, encore davantage que les 22 000 en commission ? Pour l'heure, quinze jours de débats sont prévus, soit 84 heures. Mais "s'il faut une troisième (semaine de débat), nous prendrons la troisième", a affirmé le patron de la majorité à l'Assemblée Gilles Le Gendre, dimanche à RTL-LCI-Le Figaro.

Le gouvernement, représenté par le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski et donc le nouveau ministre Olivier Veran, table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales dans un mois et espère un feu vert définitif "d'ici l'été" sur les deux textes (ordinaire et organique). Face à l'obstruction des insoumis avec leurs amendements, les responsables de la majorité martèlent qu'un recours au 49-3 -arme de la Constitution qui permet l'adoption sans vote - "n'est pas l'objectif" mais des "marcheurs" ne l'excluent pas si le débat est "clairement impossible".

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"Amateurisme coupable"

"Totalement impensable", a prévenu LR. Ce serait même "du délire" pour le numéro un de la CFDT Laurent Berger. Mais les oppositions ont prévenu que le texte ne passerait pas "comme une lettre à la poste". Les quelques signaux envoyés en commission pour les enseignants ou avocats n'ont pas convaincu. S'y ajouteront de nouveaux amendements annoncés cette semaine sur la pénibilité ou les droits familiaux. Droite comme gauche dénoncent un "mépris" du Parlement et un projet "nébuleux" et "à trous", avec notamment la trentaine d'ordonnances programmées.

Les trois groupes de gauche - PS, PCF et LFI - qui dénoncent un "amateurisme coupable" du gouvernement, tablent en plus des amendements (près de 37 000 à eux trois) sur une motion référendaire lundi, voire une motion de censure, des étapes qui vont ralentir les débats. Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon qui revendique "une victoire" en commission, a promis une "noria" de son groupe afin "d'enfoncer la ligne de défense macroniste". Le PCF, qui juge la réforme "bien pire" que ce qui avait été annoncé, ne sera pas en reste tout comme le PS, persuadé qu'un "certain nombre de concitoyens vont se faire avoir".

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Un test pour l'opposition

LR fustige comme eux "l'impréparation" du gouvernement et estime que pour le financement "on marche sur la tête". Le vote de la réforme est programmé avant les conclusions de la conférence de financement, censée trouver d'ici avril des mesures permettant d'atteindre l'équilibre en 2027. Côté majorité, où l'on dénonce le "sketch" des insoumis, on affiche la volonté de faire aboutir cette réforme "de progrès social", "contre vents d'obstruction et marées d'amendements".

"On s'est organisés pour durer", indique à l'Agence France-Presse le co-rapporteur Jacques Maire (LREM), une source parlementaire tablant sur le fait que l'opposition va "mettre du bazar" les premiers jours mais que cela ne durera pas. Si le groupe soutient globalement la réforme, des interrogations ont émergé sur son impact budgétaire, et certains à l'aile gauche comptent faire entendre leur voix sur des sujets comme la pénibilité. Un "marcheur" prédit "un exercice de discipline collective forte".