France

Le bras droit de Coulibaly et la "dinguerie" de janvier 2015: "Je veux pas aller en prison pour ça !"

Après huit semaines, marquées aussi bien par des témoignages insoutenables de la part des survivants que par de sacrées dégonflades de la part des accusés, la voix d'Ali Riza Polat était, sans conteste, l'une des plus attendues à ce procès des attentats de janvier 2015. Des onze accusés, ce Franco-Turc de 35 ans était le dernier à être interrogé. Bras droit d'Amédy Coulibaly, Polat est suspecté d’avoir mis, pendant de longs mois, son entregent et son énergie au service des projets meurtriers de son ami. Ce trafiquant d’héroïne gouailleur originaire de Grigny (Essonne) est donc le seul à répondre de « complicité de crimes » terroristes, ceux commis par les tueurs de l’Hyper Cacher et de Charlie Hebdo.

Des menaces contre une policière

Tout comme le reste la salle du Tribunal de Paris — bondée, ce 26 octobre au matin — Polat semble lui-même trépigner d’impatience. Il est 9 h 45. Derrière le box vitré, il se lève prestement, ajuste sa grande chemise blanche, fait craquer ses doigts en guise d’échauffement et, aussi sec, attrape le micro devant lui. « Que ce soit fait dans le calme ! s’inquiète d'emblée Régis de Jorna, le président de la Cour. Il y a pu y avoir, de votre part, des énervements, des menaces… » Depuis quelques jours, Polat a eu une fâcheuse tendance à s'énever tout seul, à injurier ses co-accusés, à accabler tout l’auditoire avec ses vociférations loufoques, mais aussi à menacer directement une enquêtrice anti-terroriste... 
« C’était pas de menaces, Monsieur ! 
- Bon… »

Polat est un de ces hommes qui semblent transpirer le baratin à chaque phrase. On le suspecte d'avoir été un maillon essentiel dans les préparatifs des tueries (soutien logistique, recherche et fourniture d’armes). « J’aurais fait tout ça sans connaître les frères Kouachi, sans laisser une trace ADN, sans avoir une arme ? Je suis trop fort ! Les 5, 6 et 7 janvier j’étais chez moi. J’ai fait tout ça de chez moi ? », ironise-t-il.

Mais Ali Polat, alias « Zafer », est comme une colle forte qui lie les dix autres accusés entre eux. Entre l’été 2014 et janvier 2015, à un moment ou un autre, tout ce petit monde qui mêle à la fois des trafiquants d'armes et une voyoucratie plus traditionnelle a bel et bien cotoyé cet homme qui, à l'époque, frayait avec un futur terroriste. Comment Polat justifie-t-il ses contacts réguliers avec Amedy Coulibaly jusqu’au 7 janvier 2015 ? Ses déplacements mystérieux en Belgique ?  Ses relations à Grigny, Charleville-Mézières et Charleroi avec divers co-accusés ? Sa conversion-surprise à l’islam radical en août 2014 ? Sa fuite hâtive vers la Syrie quelques jours après les attentats ?

« Les attentats, j’étais vraiment pas au courant »

« Vous voulez absolument un coupable, mais ça va pas être moi », s’époumone Polat qui hurle son innocence. A travers de longs monologues torturés face à la Cour, il n’a de cesse de se draper en « bouc-émissaire ». Et se veut formel : « Je suis pas là pour raconter des salades (...) J’ai simplement essayé de faire des escroqueries pour faire de l’argent », lance-t-il. « Je vois pas comment on en est passé de ça au terrorisme. » 

Durant deux heures au micro, Polat alterne les dénégations (« Les attentats, j’étais vraiment pas au courant ») les réactions effarouchées (« Moi j’avais fait ça ? ») les postures morales (« Je vais pas tuer des gens pour de l’argent, j’ai des principes »). Audacieuse, sa défense consiste à traiter de menteurs tous ceux qui l’incriminent. Sa voix monte et effleure des octaves aigües lorsqu’il dénonce « des mensonges, des mensonges, des mensonges ! » Pourtant le catalogue des incriminations qui le concernent est épais. Que penser, par exemple, du transport de carabines auquel il a participé pour Coulibaly ainsi que l’a dévoilé l’accusé Willy Prevost ? « Un go-fast imaginaire ! » Du sac d’armes qu’il a confié au joueur de casino Michel Catino pour le compte du garagiste Abdelaziz Abbad, lui-même lié à Saïd Kouachi ? « Ils sont jamais venus acheter des armes ! » De son départ en avion pour le Liban juste après les attentats ? « J’allais me marier ! » De sa tentative d’exfiltration vers la Syrie par le biais du poste-frontière de Masnaa ? « J’allais à Damas ! (…) Je veux pas vivre sous la charia. »

« Je suis pas là-dedans moi ! Faut pas me mêler à ça moi ! », vocifère Polat, qui condamne d'une étrange façon les actions terroristes des Kouachi et Coulibaly alors que son débit s'accélère : « Ils ont fait une dinguerie, ma gueule ! J’ai jamais tremblé comme j’ai tremblé ce jour-là. Je le vois à la télé [Coulibaly] et je me dis mais ‘Qu’est ce que tu fais ?!’ » Cette fois il hurle dans le micro. Polat perd tout son calme : « Je veux pas aller en prison pour ça ! Je lui ai pas donné une arme ! » Face aux questions, il s’énerve, crie, râle, se répète obsessionnellement, avant de ne plus répondre aux questions posées. Le président tente de l’interrompre pour reprendre le contrôle de l’interrogatoire, en vain : « Quand vous voyez cette dinguerie… Qu’est-ce qui vous motive à aller en Belgique le 9 janvier ? » Mais Polat n’est plus vraiment là : « Tu réfléchis plus ! Le cerveau il disjoncte ! », répond-il.

« Qu’ils aillent tous se faire enc…. », finit-il à lâcher à l’égard de ceux qui l’ont « balancé ». Face à ce dialogue de sourds et cette montées en décibels de l’accusé, même Regis de Jorna dévie de son calme légendaire : « Attendez que je pose la question, Monsieur ! » Si ingérable, Polat, que des regards dépités aussi sur le visage de ses propres avocats.

Trafiquant de drogues dures

Depuis le tout premier jour, Ali Polat embrasse une défense limpide : il se présente comme un « bandit » qui cherche à amasser de l’argent, mais surtout pas un djihadiste. Ce musulman converti à un islam rigoriste le jure : il ne savait rien des assassinats prémédités par son ami « Dolly ». « Amédy [Coulibaly] faisait ses magouilles, je faisais mes magouilles, pas de problème », dit Polat en narrant ensuite ce qu'il présente comme son passé de trafiquant de drogues dures : « Je ramenais de la cocaïne d’Amérique latine, et de l’héroïne du Liban, de la blanche, j’allais en Guinée-Conakry, j’avais des plans de partout, ça marchait très très bien. » Des jours heureux selon ses souvenirs : « Il me suffisait de me gratter la tête, j’avais 50.000 euros qui tombent ! »

Affabulateur ? Ancien dealer d'exception ? Cette défense de magouilleur au train de vie fastueux vise en tout cas à casser son image de musulman intégriste, que pointe l'accusation. Mais cela entre en collision avec sa propre ligne de défense : car, sans relâche, Polat a affirmé avoir accordé toutes sortes de faveurs à Coulibaly… pour la seule et unique raison qu’il avait contracté auprès de lui une dette de 15.000 euros en 2009 ! Sans cette dette, liée à quelques kilogrammes de cannabis, il n’aurait pas côtoyé « Dolly », la terreur du quartier à Grigny (Essonne), ni ne lui aurait été redevable, ni ne lui aurait prêté assistance. Comment était-ce possible si l’argent coulait à flots ?

Son frère, Sercan, 28 ans et chef cuisinier, en témoigne à la barre : « Un jour, en 2011, Ali est venu me réveiller en me montrant 50 000 euros en billets de 500 ! » Or la dette était supposée exister à cette date. Pourquoi n’a-t-il pas gardé cet argent afin de rembourser Coulibaly, lui qui semblait lui inspirer tant de crainte ?

Auteur d'une liste d'armes

Safiye K., sa mère, brosse à la barre le portrait d'un fils dévoué, mais s'avoue anxieuse de sa conversion express à l’islam. « Je sais qu’il va pas faire de mal à une mouche », précise-t-elle néanmoins. « Il était trafiquant de drogue, il était dans les escroqueries, il était pas radicalisé (...) C’est pas un vendeur d’armes », abonde aussi son frère Sercan... qui néanmoins reconnaît avoir été tabassé à plusieurs reprises. « J’en garde encore des traces, il m’a amené plusieurs fois à l’hôpital. »

Quelques révélations tout de même jaillissent au cours de cet interrogatoire. Après deux heures de quasi-monologue, Ali Polat avoue par exemple finalement être l’auteur d’une liste d'armes manuscrite, retrouvée par des policiers dans les poubelles du garage de Metin Karasular, en Belgique. Une liste qui demande le prix de Kalachnikov, de détonateurs et de kilos de C4... « Oui je l’ai écrite ! » confesse Polat. Mais ces armes lourdes seraient sans rapport avec le terrorisme, assure le natif d'Istanbul. Il se serait agi de « taper » un fourgon blindé à Noël. Mais sans en faire usage du feu : « Je vais pas lui tirer dessus ! T’es pas obligé de tirer ! »

En quelques phrases seulement, Polat change du tout au tout. Jusque-là, depuis cinq ans, il avait constamment nié avoir ne serait-ce que touché des armes. Suite de son interrogatoire le 27 octobre.

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